L'automutilation en prison, une pratique courante

La prison de Fleury-Mérogis - -
Le doigt d’un détenu a été découvert jeudi dans un colis adressé à Christiane Taubira, la ministre de la Justice.
Dans un geste de désespoir, le prisonnier se l'était lui-même coupé, afin d'alerter la garde des Sceaux sur les délais d’attente des prisonniers qui font une demande de transfert plus près de leurs proches.
Incarcéré à Fleury-Mérogis, cet homme de 37 ans souhaitait en l'occurrence être transféré à Dijon pour se rapprocher de sa famille. Sa demande avait été acceptée le 26 juillet dernier, mais il fallait encore trouver une place dans la région demandée.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête, et le détenu risque maintenant des poursuites pour violences volontaires à l’égard du fonctionnaire de la Chancellerie qui a découvert son doigt.
« Ils veulent alerter en s’automutilant »
Ce genre de mutilation est malheureusement courant en milieu carcéral. « Dans ma carrière, j’ai vu des doigts coupés, certains se sont coupé le sexe, d’autres se sont coupé les bras, le ventre, et même parfois la carotide, et ils en sont morts », raconte Christophe Marquès, secrétaire général de FO pénitentiaire. Un geste extrême qui n’est pas forcément une tentative de suicide. « C’est dramatique, quand vous êtes enfermés, quand vous ne pouvez pas gérer votre vie privée, voir vos proches. Souvent on ne veut pas se suicider, on veut alerter en s’automutilant ».
« Il y a certaines prisons où le temps d’attente est de plus d’un an »
Coordinateur Ile-de-France pour l'Observatoire international des prisons, François Bès a lui aussi vu de nombreux cas de mutilations. « J’ai vu encore récemment un monsieur qui venait de se coudre la bouche. Il faisait des écrits, des demandes au personnel pénitentiaire, il n’obtenait pas de réponse, il en est arrivé là ».
Comme Christophe Marquès, François Bès dit comprendre la douleur des détenus : « Tout cela est extrêmement anxiogène, on ne sait pas si on va bouger dans une semaine ou six mois, parfois plus. Il y a certaines prisons où le temps d’attente est de plus d’un an. Donc le détenu attend, les liens avec ses proches se coupent, ils ne peuvent pas aller au parloir aussi souvent que s’ils étaient incarcérés dans leur région. Se rajoutent à ça les conditions de vie dans les prisons surpeuplées, c’est une source énorme d’angoisse ».












