INFO BFMTV. Bétharram: comment et pourquoi la justice a remis en liberté le père Carricart, mis en examen pour viol
Vue générale du collège "Le Beau Rameau" à Lestelle-Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, à l'occasion des journées portes ouvertes, le 28 mars 2025 - Gaizka IROZ © 2019 AFP
Comment un tel enchaînement a-t-il pu se produire? Le 29 juin 1999, la chambre d'accusation de la cour d'appel de Pau a autorisé Pierre Silviet-Carricart, père directeur de Bétharram, à quitter la France pour rejoindre Rome et la congrégation du Sacré-Coeur de Jésus de Bétharram. Une décision étonnante, alors que l'homme était alors mis en examen pour viol sur mineur de 15 ans par personne abusant de son autorité depuis mai 1998.
Pour rappel, un ancien pensionnaire de Bétharram avait expliqué en décembre 1997 avoir été victime en 1987 et 1988 d'une agression sexuelle et d'un viol particulièrement sordide de la part du religieux, au moment de la douche du petit garçon, et alors même que ce dernier s'apprêtait à se rendre aux obsèques de son père.
Alors qu'il est placé en détention provisoire pour ces faits, le 26 mai 1998, l'homme fait appel le même jour de cette décision. À la surprise du juge d'instruction en charge de l'affaire, qui s'était opposé à cette demande, il est finalement remis en liberté sous contrôle judiciaire le 9 juin 1998, conformément aux réquisitions du procureur général de Pau.
Les arguments retenus par la justice
Selon nos informations, le religieux est alors remis en liberté à la faveur de plusieurs arguments: parce que les faits dénoncés sont anciens, parce que Pierre Silviet-Carricart se présente de lui-même aux enquêteurs et donc qu'il ne représente pas de risque de fuite, mais aussi parce que l'affaire ne trouble pas l'ordre public.
Pierre Silviet-Carricart est alors libre, même s'il lui est interdit de quitter la France. Mais un an plus tard, en mai 1999, le religieux et ses avocats forment un nouvel appel, concernant cette fois-ci les modalités de son contrôle judiciaire.
Selon l'arrêt de la chambre d'accusation de l'époque que BFMTV a pu consulter, il fait alors valoir qu'il "a été élu assistant secrétaire économe général de la congrégation du Sacré Coeur de Jésus de Bétharram et qu'il souhaite pouvoir exercer ces fonctions qui nécessitent qu'il réside à Rome".
Et de nouveau, la justice, en appel, va donner raison au père Carricart. Pour les mêmes raisons pour lesquelles sa détention provisoire avait été levée en juin 1998. Et alors même que le juge d'instruction en charge de l'affaire s'oppose à nouveau à cet assouplissement.
En effet, et toujours selon l'arrêt de la chambre d'accusation, "les risques de le voir s'enfuir sont très limités". Il est aussi expliqué que l'enquête peut se poursuivre sans qu'il soit nécessaire que le père Carricart reste sur le territoire Français. En revanche, la justice lui demande de signaler tous ses changements d'adresse.
Retrouvé mort dans le Tibre
Ainsi, le père Carricart se voit autorisé à sortir du département des Pyrénées-Atlantiques, mais aussi du territoire national. La justice semble alors oublier le risque de récidive mais aussi l'existence éventuelle d'autres victimes. Quatre mois plus tard, en novembre 1999, le père Carricart fait justement l'objet d'une nouvelle plainte pour des faits similaires par un autre ancien élève.
Le père Carricart est alors à nouveau convoqué par la justice le 11 janvier 2000 pour s'expliquer sur cette seconde accusation.
Celui qui "ne représentait aucun risque de fuite" fait alors savoir à son avocat, selon nos informations, "qu'il ne supporterait pas une seconde mise en examen et qu'il mettrait fin à ses jours".
Il ne se présente pas le 11 janvier 2000, et pour cause, son corps est finalement repêché le 2 février 2000 dans le Tibre, l'homme s'est suicidé.
Le 30 mars 2001, en raison de la mort du père Carricart, un non-lieu est rendu pour extinction de l’action publique malgré la connaissance des magistrats et enquêteurs de probables autres faits et autres agresseurs.













