"Formés à vendre du vent": une plainte collective déposée après des soupçons sur une possible pyramide de Ponzi

Un café posé à côté d'un ordinateur. (photo d'illustration) - Elena Kloppenburg/Unsplash
Trente-cinq équipes de ventes, plus de 20 millions d'euros de chiffre d'affaires et près de 980 collaborateurs... Comme bien d'autres, Jérémy* s'est laissé séduire par les chiffres attractifs qu'affiche Closers Group sur son site et dans ses publicités. Établi à l'étranger et ne revenant en France que quelques mois dans l'année, cet ex-conseiller financier tombe sur une annonce du groupe sur Indeed.
L'offre est alléchante: celle d'un job de "closer" (des vendeurs à distance, en télétravail) accessible au plus grand nombre, un emploi flexible et stable, ainsi que des revenus croissants.
Le quadragénaire passe deux entretiens par téléphone et apprend qu'il va devoir, pour intégrer l'écosystème, suivre une formation obligatoire coûtant environ 2.500 euros et dispensée par l'organisme Citron Formation. Pour le convaincre, son interlocuteur lui propose d'utiliser les crédits dont il dispose sur son Compte Personnel de Formation (CPF). "Si j'avais dû payer en cash, je n'aurais pas accepté. Mais les CPF, je ne les avais jamais utilisés", raconte-t-il.
Jérémy se lance, suit cette formation qu'il décrit comme inutile au vu de ses expériences passées dans la vente, puis intègre l'écosystème Closers. Et déchante rapidement en découvrant que le seul moyen d'y gagner réellement des commissions est de vendre à son tour la même formation à de nouveaux entrants: "Je savais que c'était une pyramide de Ponzi." Seulement quelques semaines après y être entré, il décide de quitter le groupe.
Le 1er décembre dernier, avec sept autres personnes, il a déposé une plainte collective à l'encontre de Closers Group, Closers LLC, Citron Formation et Consumedias, nous confirment des sources concordantes, après une information de Marianne.
Ensemble, les huit plaignants dénoncent une "escroquerie en bande organisée", des "pratiques commerciales trompeuses", des "prestations de services à la boule de neige", l'"exercice illégal d'une activité professionnelle", du "travail dissimulé" et une "association de malfaiteurs".
3.000 victimes potentielles
Leur avocat, Me Charles Morel, estime qu'environ 3.000 personnes ont déjà été victimes de ce système et que le préjudice financier s'élève à "plusieurs millions d'euros". Selon lui, les plaignants "ont chacun à la fois un parcours singulier et un point commun: ils sont en recherche de revenus, dans une situation généralement financière compliquée, ou croient voir parfois la possibilité de se reconvertir."
Annonces sur LinkedIn, publicités sur les réseaux sociaux... Closers utilise de multiples canaux pour poster "des annonces caractéristiques de pratiques commerciales trompeuses, qui sont très alléchantes, avec des perspectives de gains élevés et rapides", explique encore l'avocat.
Après avoir suivi ce que Me Charles Morel décrit comme une formation "inconsistante, ni diplômante, ni professionnalisante" payée bien souvent avec leurs crédits CPF, les nouveaux entrants découvrent l'existence de plusieurs groupes de vente, mais aussi que la plupart d'entre eux ne permettent pas de gagner véritablement sa vie.
"Je me suis retrouvé à vendre des formations en intelligence artificielle à trois grands-mères à la retraite et un routier qui n'y connaissait rien. C'est là que je me suis vraiment réveillé", raconte Jérémy.
Il dit avoir alors compris que le seul moyen d'avoir des revenus était de rejoindre le groupe Closers University pour vendre la formation Citron à près de 2.500 euros. Des ventes qui constitueraient l'essentiel du chiffre d'affaires de l'écostytème. "Ils se rendent compte qu'ils sont formés à vendre du vent, à recruter des gens qui vont suivre la même formation, pour vendre eux-mêmes des formations", commente Me Charles Morel, décrivant un schéma typique d'une pyramide de Ponzi, strictement interdit par la loi.
"Tu mens, comment tu peux faire ça?"
Pour Lucie*, également passée par la galaxie Closers et qui réfléchit à porter plainte elle aussi, c'est une remarque de son mari, présent alors qu'elle tentait de vendre une formation à un prospect par téléphone, qui lui a fait ouvrir les yeux. "J'étais en appel, il écoutait et m'a dit: 'Mais en fait, tu mens, comment tu peux faire ça?'. Je lui ai dit 'oui, je sais'."
Lucie et Jérémy expliquent avoir aussi assisté à des scènes humiliantes lors de réunions groupées en visioconférence avec les dirigeants de Closers. "J'ai vu des personnes de 60 ans pleurer en plein milieu des réunions. Pour moi, parler à une personne de 60 ans comme si elle en avait 20, c'est humiliant", explique Lucie. Elle raconte avoir tenté d'en discuter avec la direction et avoir été poussée vers la sortie pour cela.
Parmi les plaignants, certains décrivent s'être sentis floués financièrement, mais aussi psychologiquement. "Ils sont atteints profondément dans l'estime qu'ils peuvent avoir d'eux-mêmes. Ils se disent 'comment est-ce que j'ai pu me faire avoir?'", décrypte Me Charles Morel.
"Certaines personnes à qui l'on a promis des gains miraculeux s'endettent et se retrouvent dans une situation catastrophique", témoigne de son côté Jérémy.
Une seconde plainte collective en préparation
Contacté, l'un des cofondateurs de Closers Group, Romain Baillet, indique que l'accès aux missions commerciales et aux volumes de leads "est déterminé par les exigences exprimées par les entreprises clientes ainsi que par la capacité opérationnelle des équipes disponibles à un instant donné".
"Closers Group conteste toute qualification d’escroquerie, de système pyramidal ou de dispositif organisé au sens des qualifications évoquées", nous écrit-il, ajoutant n'avoir reçu "aucune notification émanant d’une autorité administrative ou judiciaire compétente".
Même discours du côté de Citron Formation, dont la dirigeante Eugénie Halgrain rejette en bloc toute "confusion d'activités" entre l'organisme et Closers Group, ainsi que toutes "communauté de gouvernance" et "intégration dans un dispositif unique et organisé". Les formations proposées "ne sont pas présentées par Citron Formation comme un accès garanti à une activité, un emploi ou un niveau de revenu déterminé", appuie-t-elle.
Selon nos informations, une seconde plainte collective est actuellement en préparation à l'encontre des mêmes entités, une dizaine de nouveaux plaignants s'étant manifestés ces derniers jours.












