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De vrais jumeaux arrêtés pour viols, un seul jugé devant les assises

BFM H. M. avec AFP
L'un des jumeaux est présenté aujourd'hui devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence (photo d'illustration).

L'un des jumeaux est présenté aujourd'hui devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence (photo d'illustration). - AFP - Philippe Huguen

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Jumeaux identiques, quasiment indissociables, deux frères ont posé bien des problèmes aux policiers dans une enquête pour viols et agressions sexuelles à Marseille. L'un d'eux a finalement été trahi par un défaut de langage. Son procès s'ouvre aujourd'hui devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence.

Il s'agissait au départ d'une enquête assez classique sur une série de viols, tentatives de viols et agressions sexuelles commis à Marseille entre septembre 2012 et février 2013. Le mode opératoire était à chaque fois similaire: l'agresseur arrivait derrière ses victimes, souvent la nuit très tôt le matin, les ceinturait et les amenait sous la contrainte dans un endroit "à l'écart" avant de leur demander avec plus ou moins de réussite, une fellation. Puis il s'enfuyait avec leur sac et leurs téléphones.

Dans un premier temps, les enquêteurs réussissent bien à isoler un ADN masculin, mais celui-ci n'est pas répertorié dans le fichiers national des empreintes génétiques (FNAEG). Ils ont en revanche plus de chance en se procurant les bandes de vidéosurveillance des bus qui circulaient près des lieux des faits, selon Le Parisien. Une victime reconnait en effet son agresseur sur l'une des vidéos, ce qui mène les investigations jusqu'à un appartement du 3ème arrondissement de Marseille.

"Vrais jumeaux"

L'enquête aurait alors pu être rapidement bouclée, sans un obstacle majeur: dans l'appartement vivent Elvin et Yoan Gomis, des frères jumeaux monozygotes, aussi appelés "vrais jumeaux", car ils partagent un patrimoine génétique quasiment identique. Les deux frères entretiennent par ailleurs une "relation fusionnelle", selon les enquêteurs, partageant leurs vêtements, téléphones et voiture, ainsi qu'un compte Facebook intitulé "Jumo Gomis".

À l'époque des faits, aucun test n'existe pour différencier l'ADN des jumeaux, âgés alors de 24 ans, et il coûterait de toute façon beaucoup trop cher. Les enquêteurs utilisent donc des méthodes plus classiques, études de téléphonie et mise sous surveillance. Puis décident finalement de les interpeller tous les deux le 7 février 2013. Pendant dix mois, ils seront tous les deux placés en détention provisoire. Dans un premier temps, l'un comme l'autre nient les faits qui leurs sont reprochés.

Un "zozotement" qui fait la différence

Mais coup de chance pour les enquêteurs, un détail majeur différencie les jumeaux. Yoan est atteint, de naissance, d'une surdité partielle, plus forte à une oreille qu'à l'autre. Parfois appareillé, parfois non, il a une élocution plus difficile, avec un "zozotement" et connaît la langue des signes. Difficulté de langage reconnu par les victimes lors des confrontations. Elvin a par ailleurs un alibi solide pour certaines agressions, pour d'autres, son téléphone a été détecté par des bornes éloignées du lieu des faits.

Face à des éléments de preuve accablants, Yoan finit par livrer des aveux partiels: il reconnaît les agressions, mais pas leur caractère sexuel. Un non-lieu est délivré à l'encontre de son frère tandis que lui, toujours en détention, est renvoyé devant la cour d'assises. Son procès s'ouvre lundi et doit se tenir jusqu'à vendredi.