"Une entreprise multiforme": Frédéric Ploquin, spécialiste du grand banditisme, décrypte l'organisation du narcotrafic en France

Les narcotrafiquants frappent encore. Jeudi 13 novembre, le petit frère du militant écologiste marseillais Amine Kessaci, connu pour son engagement contre le narcotrafic dans la cité phocéenne, a été assassiné par balle. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a dénoncé un "crime d'intimidation", qui porte le sceau des narcotrafiquants.
Lundi, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, avait déjà évoqué "un acte délibéré" ayant probablement pour objectif "de faire taire" Amine Kessaci, qui fait l'objet de "menaces" et de "pressions très fortes, à tel point qu'il était placé sous protection policière".
Ce nouveau drame remet au-devant de la scène ces organisations mafieuses assises sur des millions d'euros.
Frédéric Ploquin, journaliste spécialiste du grand banditisme, décrypte pour BFMTV l'organisation des structures du narcotrafic.
Pouvez-vous nous faire la hiérarchie du narcotrafic?
Le narcotrafic est une entreprise multiforme. Ce n'est pas la mafia italienne, il n'y a pas de grand chef, mais de multiples organisations criminelles qui se partagent le terrain : ce sont les "supérettes" du trafic des stupéfiants en France.
Ils sont maintenant installés partout sur le territoire.
Un mineur isolé de 12 ans est encore entre la vie et la mort, il a été touché à 2 heures du matin sur un point de deal à Grenoble. Ces jeunes sont-ils de la chair à canon pour les trafiquants?
Oui, c'est de la chair à canon. Sur le terrain, il y a des petites mains qui sont malléables, corvéables à merci. On pourrait parler d'esclavage moderne, d'une certaine manière. Ils touchent 100 à 200 euros par jour et risquent leur vie comme un ouvrier au fond de la mine en Afrique du Sud.
S'ils se font arrêter, ces jeunes présentent l'avantage de ne connaître personne: ils ne connaissent même pas le nom de la personne qui les a embauchés, ni le nom de la personne qui leur amène le produit. Donc ils ne vont rien dire, ils vont tomber, et pourquoi pas tomber comme ce jeune à Grenoble qui est entre la vie et la mort.
Mais où sont les chefs de ces réseaux?
Au-dessus, nous avons des organisations qui sont la "Ligue 2" du trafic de stupéfiants, comme la DZ Mafia, qui est implantée à Marseille et qui essaye de prospérer. Mais au-dessus de cela, c'est la grande nouveauté de ces dernières années, c’est qu’au-dessus, nos services de renseignement ont identifié pour la première fois de l'histoire de France la création d'un véritable cartel de la drogue.
On a à Dubaï, avec des frontières qui les séparent de la justice française, cinq ou dix personnes issues de ce qu'on a appelé la "mafia des cités", qui a accouché aujourd'hui de véritables barons de la drogue qui pèsent des millions et des millions d'euros.
Depuis Dubaï, ils (les barons de la drogue, NDLR) s'organisent, partagent leurs moyens logistiques et sont capables de mettre 10 millions d'euros sur la table pour faire venir le produit (la drogue, NDLR) (...) donc ils s'entendent sur les prix, ils s'entendent sur les moyens, on va dire, logistiques, et ces individus, évidemment, sont la cible numéro un des services de renseignement français qui, parfois, arrivent à en faire tomber.













