Condamné à 132 ans de prison en Tunisie, un homme expulsé de France malgré des risques de torture

La justice représentée. (Photo d'illustration) - Michael Coghlan - CC - Flickr
À peine sorti de détention, il risque déjà de retourner derrière les barreaux. Alors qu'une décision de la cour d'appel rendue en janvier dernier interdisait son extradition en Tunisie, Mohamed Fahem a été reconduit dans son pays d'origine par des agents du ministère de l'Intérieur ce vendredi 11 juillet. Il venait tout juste d'être libéré après six ans d'emprisonnement à Nanterre (Hauts-de-Seine).
"Nous n'avons, depuis, plus aucune nouvelle de lui", indique ses avocats, Mes Romain Ruiz, Léo Boxelé et Raphaël Kempf.
"Un risque élevé d'être torturé"
L'homme avait été condamné à six ans d'emprisonnement pour "association de malfaiteurs terroriste". Après avoir purgé sa peine au centre pénitentiaire de Nanterre, il devait retrouver sa liberté ce vendredi matin. C'était sans compter sur les agents du ministère de l'Intérieur qui l'attendaient devant l'établissement à sa sortie, et qui l'ont conduit à l'aéroport, une place réservée à son nom dans un avion à destination de Tunis.
En Tunisie, Mohamed Fahem a été condamné à 132 ans d'emprisonnement pour des faits à caractère terroriste sur lesquels ses avocats n'ont aucune information précise. Mais alors qu'il purgeait déjà une peine d'emprisonnement en France, le président Kaïs Saied a demandé à ce qu'il soit extradé en Tunisie.
Requête rejetée en janvier dernier par trois juges spécialisés de la Cour d'appel de Paris, qui ont interdit cette expulsion, au regard des risques de torture que Mohamed Fahem encourt dans son pays d'origine.
"Ils avaient clairement jugé que M. Fahem courait un risque excessivement élevé d'être torturé s'il y était reconduit et qu'il y subirait un 'déni de justice flagrant'", détaillent ses avocats dans un communiqué.
Nouvelle demande d'extradition, cette fois acceptée
Pourtant, il y a quelques jours, ses avocats apprennent que le ministère de l'Intérieur a a demandé son extradition, dès ce vendredi matin. Une audience est organisée jeudi en urgence, et cette expulsion est finalement acceptée par un juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. "On a été pris de court", commente Me Léo Boxelé. "On a essayé de saisir en urgence le Conseil d'État, jeudi soir.". Mais lorsque leur recours est enregistré, ce vendredi matin, leur client est déjà dans l'avion pour la Tunisie.
Si cette nouvelle demande d'extradition n'a rien d'illégal, "le ministère de l'Intérieur a fait en sorte que ça aille tellement vite que l'on n'a pas eu le temps de la contester", estime l'avocat. La défense de Mohamed Fahem, qui a seulement pu apprendre par une consœur à Tunis que leur client a bien atterri, voit avant-tout dans cette décision un choix "politique" du gouvernement.
"Sans salir les siennes, Bruno Retailleau livre ainsi notre client aux mains des tortionnaires", écrivent les trois avocats dans le communiqué. "Nous nourrissons les plus grandes inquiétudes pour notre client et pour celles et ceux qui subiront après lui la politique xénophobe de M. Retailleau, des deux côtés de la Méditerranée."












