Complice de criminels mais pas de terroristes, 4 ans requis contre Jawad Bendaoud

Jawad Bendaoud est jugé au tribunal de Paris. - Benoit Peyrucq - AFP
"On peut leur reprocher le recel de malfaiteurs, mais pas le recel de malfaiteurs terroristes." C'est en ces termes que le procureur de la République de Paris a conclu ses réquisitions mardi après-midi à l'encontre de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah contre lesquels il vient de demander une peine de prison de quatre années assortie d'un maintien en détention. Les deux hommes encourent jusqu'à six ans de prison dans un jugement qui pourrait être rendu d'ici la fin de la semaine.
L'enjeu de ce procès, "très attendu" par les "victimes, les "médias" et "l'institution judiciaire" était de répondre à deux questions, avance le procureur: Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah pouvaient-ils ignorer que les deux fuyards avaient commis un crime? En cas de réponse par la négative, avaient-ils une connaissance précise de la nature du crime? "Il est évident que seule une réponse positive pourrait me permettre de requérir la peine maximale", a alors argué le procureur.
"Volonté de dissimulation"
Dans une argumentation, jugée légère par les avocats des parties civiles, le procureur a tenu à démontrer que les deux prévenus, "des délinquants chevronnés", ne pouvaient pas "ignorer" qu'"être en fuite dans ce contexte particulier (celui des post-attentats , NDLR) signifie que les individus avaient commis quelque chose de grave". "Venir s'établir chez Jawad Bendaoud, c'est déjà qu'on est dans une volonté de dissimulation, note le procureur. Si l'on a rien à se reprocher, on va dans un hôtel normal."
Le représentant du ministère public tranche alors: "Ni Jawad Bendaoud, ni Mohamed Soumah ne pouvaient ignorer qu'ils apportaient leur aide à des criminels en fuite."
Les deux prévenus savaient-ils qu'il s'agissait de deux terroristes du 13-Novembre? "Nous avons des éléments troublants mais nous n'avons pas assez d'éléments pour établir avec certitude qu'ils apportaient leur aide à Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh (...) malgré leurs mensonges et les éléments relevés", estime le procureur avant d'argumenter, sans faire appel à des "éléments objectifs" va critiquer une avocate de victimes.
"Décrédibiliser Abaaoud"
Le procureur va noter l'"incohérence" du comportement de Mohamed Soumah qui "viendrait en aide à l'homme le plus recherché au monde et en même temps draguerait Hasna Aït Boulahcen". Il relève aussi que Jawad Bendaoud a enregistré dans son téléphone le contact de la jeune femme à "Hasna domicile", soit "le nom de celle qui le met en relation" avec les terroristes. Il relate alors l'élément le plus important pour lui: "Jawad Bendaoud n'aurait pas logé ces deux terroristes pour une somme aussi modeste (50 euros, NDLR)."
"Ce n'est pas là le comportement de deux individus qui viennent en aide à Abdelhamid Abaaoud", maintient le procureur, allant même à appeler à la prudence quand des éléments pourraient laisser à penser que Jawad Bendaoud pourrait avoir aidé à confectionner une ceinture explosive. "A vouloir mettre un costume trop grand à Jawad Bendaoud, on en viendrait à décrédibiliser Abaaoud, et ça il ne le faut surtout pas."
"A force de détailler chaque anecdote, de répéter les choses pour que ça rentre, dans un sens, l'attitude de Jawad Bendaoud, qui n'est pas forcément stratégique, lui sert", note une avocate des parties civiles. Car face au "spectacle" Bendaoud, c'est lle comportement discret de Youssef Aït Boulahcen, troisième prévenu jugé lui pour "non-dénonciation de crime", qui a fait réagir le procureur. "Il a le profil le plus inquiétant, pour moi ce n'est pas le procès Jawad Bendaoud, c'est le procès Youssef Aït Boulahcen", a martelé le procureur avant de requérir 5 ans à l'encontre du jeune homme de 25 ans. La peine maximale pour ce délit.












