Affaire Omar Raddad: la justice rouvre le dossier

Depuis 1945, il y a eu neuf procès en révision en France. Depuis ce jeudi, un dizième pourrait bientôt s'ajouter. La commission d'instruction de la Cour de révision a rendu sa décision concernant la demande en révision de son procès déposée par Omar Raddad, qui clame son innocence depuis 30 ans dans le meurtre de sa patronne, une riche veuve. Aujourd'hui, la justice rouvre le dossier.
Omar Raddad n'était pas présent ce jeudi pour entendre la décision de la justice, lui qui "avait trop peur", selon son avocate, d'entendre le prononcé de la Cour de révision. Cette cour a pourtant validé en partie les arguments mis en avant par sa défense pour tenter d'obtenir un nouveau procès après celui qui a condamné en 1994 ce jardinier marocain à 18 ans de réclusion criminelle. Si la juridiction n'a pas donné son feu vert à un procès en révision, elle a demandé un supplément d'information sur la base de nouveaux éléments qui vont être réexaminés.
Nouveaux éléments ADN
Dès le début de l'affaire, Omar Raddad est apparu comme le principal et unique suspect dans ce meurtre perpétré au domicile de Ghislaine Marchal à Mougins, dans les Alpes-Martimes. Les lettres de sang, le célèbre "OMAR M'A TUER, OMAR M'A T", inscrit sur les murs de la cave de la villa où a été découvert le corps le désignaient nommément.
La défense s'est appuyée sur les progrès de la science en matière d'ADN pour motiver sa requête. Un rapport commandé à un expert par l'avocate d'Omar Raddad, Me Noachovitch, a mis en évidence la présence d'un ADN masculin, n'appartenant pas au jardinier, et qui a été découvert à 35 reprises sur l'inscription ensanglantée "OMAR M'A T". L'expert a conclu en faveur de l'hypothèse que cette présence n'est pas liée à une pollution postérieure au meurtre mais à un dépôt au moment du meurtre.
La défense a présenté à la justice les conclusions d'un rapport d'expertise à partir de prélèvements sur des scellés. Quatre empreintes génétiques correspondant à quatre hommes, deux empreintes parfaitement exploitables et deux autres partiellement, avaient été trouvées sur deux portes, où ont été inscrites les lettres de sang, et un chevron de la scène de crime. Quatre empreintes qui ne correspondent pas à celles d'Omar Raddad.
Un long parcours judiciaire
Par ailleurs, la présence d'un ADN qui a matché au Fichier national automatisé des empreintes génétiques motivait, selon la défense, une demande de recherche en parentèle. La personne qui correspondait au fichier policier ne pouvant avoir été sur les lieux. L'ensemble de ces éléments pouvait alors alimenté l'hypothèse que l'inscription avec le sang de la victime a été faite par le meurtrier, cherchant à accuser le jardinier. Une hypothèse mise en avant par la défense dès le procès d'Omar Raddad en 1994.
Depuis sa condamnation, Omar Raddad clame son innocence. Grâcié partiellement par le président Jacques Chirac, puis libéré sous conditionnelle en 1998, cet homme aujourd'hui âgé de 59 ans, avait déjà déposé une requête en révision en 2001. A l'époque, la justice avait refusé sa demande. Mais depuis 2014, et une nouvelle loi, les conditions d'obtention pour obtenir une révision ont été assouplies.
Aujourd'hui, la chambre de l'instruction de la cour de révision a estimé que "les nouveaux éléments étaient suffisamment intéressants pour justifier un approfondissement de cette enquête", explique à BFMTV.com une source judiciaire. Après l'examen de ces nouveaux éléments, étude qui sera menée sous l'égide du parquet de Nice, la chambre de l'instruction se prononcera à nouveau et devra dire si oui ou non le dossier doit être transmis à la cour de révision. La seule instance habilitée à décider d'un nouveau procès.












