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"Immature", "gâté", "obsédé", ami de Jeffrey Epstein: Andrew, l'ex-prince chouchou devenu radioactif pour le roi Charles III

BFM Magali Rangin , Cheffe de service culture et people BFMTV
Longtemps protégé par sa mère, la reine Elizabeth II, qui a tout fait pour cacher les différents scandales qui émaillent sa vie et sa carrière, le prince Andrew est aujourd'hui acculé à renoncer à ses titres.

Cette fois, c'est peut-être vraiment la fin pour le prince Andrew. De nouveau sur le devant de la scène après la publication des mémoires de Virginia Giuffre, qui l'accuse d'agressions sexuelles dans le cadre de l'affaire Epstein, le prince a été dépouillé de son titre de prince par son frère le roi Charles, ce jeudi 30 octobre. Quelques jours plus tôt, Andrew avait annoncé renoncer à ses titres, dont celui de duc d'York. Le prince sera désormais appelé Andrew Mountbatten Windsor.

La chute du prince Andrew, le scandaleux frère cadet du roi Charles
La chute du prince Andrew, le scandaleux frère cadet du roi Charles
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Cette annonce est le dernier épisode d'une affaire embarassante pour la monarchie et qui dure depuis près de 15 ans. Le frère cadet de Charles, éclaboussé par le scandale Epstein, avec lequel il était ami, renonce progressivement à ses prérogatives depuis 2011.

Protégé toute sa vie par sa mère, la reine Elizabeth II, dont il était notoirement l'enfant préféré, Andrew est aujourd'hui plongé dans des abîmes de disgrâce. Privé de rôle, de rente, et désormais de titre. Il est de surcroît détesté par les Britanniques: 82% d'entre eux ont une opinion négative de lui, selon un récent sondage. Il va en outre devoir quitter le Royal Lodge à Windsor, propriété d'une trentaine de pièces, qu'il occupe depuis 2003.

Le "Robert Redford" de la famille royale

Né le 19 février 1960, douze ans après son frère aîné, Charles, et dix ans après la princesse Anne, Andrew est le troisième enfant d'Elizabeth II et du prince Philip. Dès sa naissance, le bambin fait la joie de sa mère. "Le bébé est adorable. Dans tous les cas, je suis sûre qu'il va être terriblement gâté par nous tous", écrit-elle à sa cousine.

La reine Elizabeth II et le prince Andrew en 1960.
La reine Elizabeth II et le prince Andrew en 1960. © AFP

Cette préférence attise les rivalités entre les enfants de la reine, et suscite surtout l'amertume de Charles, qui a souffert de l'absence et de la froideur de sa mère. Enfant extraverti et turbulent, voire mal élevé, le jeune prince se révèle être un élève très moyen à l'école de Gordonstoun, fréquentée avant lui par son père et son frère aîné.

Et puis Andrew est à l'époque doté d'un physique avantageux, qui lui vaudra, à 16 ans, cette remarque du prince Charles qui le décrit comme "le Robert Redford de la famille".

Les princes Charles et Andrew, le 29 juillet 1981 au mariage de Charles et Diana.
Les princes Charles et Andrew, le 29 juillet 1981 au mariage de Charles et Diana. © AFP

Outre ce physique presque hollywoodien, le prince se forge une réputation de héros de guerre, réalisant ce que le prince Charles, en tant qu'héritier du trône ne peut se permettre. Pilote d'hélicoptère, Andrew s'illustre au combat, lors de la lointaine guerre des Malouines, que mène en 1982 le Royaume-Uni contre l'Argentine.

Héros de guerre et playboy

Il passera 22 ans dans la Royal Navy, de 1979 à 2001, servant en tant que pilote d'hélicoptère puis instructeur.

Le prince, auréolé d'une réputation de playboy et affublé du surnom de "Randy Andy", expression que l'on pourrait traduire par "Andy le chaud lapin", enchaîne les conquêtes. Il épouse cependant en 1986, Sarah Ferguson, fille de l'entraîneur de polo du prince Philip. Leur fille Beatrice naît deux ans plus tard, en 1988. Sa jeune sœur, Eugenie, voit le jour deux ans plus tard.

Le couple se sépare en 1992 - la fameuse "annus horribilis" de la reine Elizabeth - mais ne divorce officiellement qu'en 1996. C'est en 1992 également que paraissent dans la presse les photos volées de Sarah Ferguson, au bord d'une piscine, près de Saint-Tropez, en train de se faire amoureusement embrasser les pieds par son "conseiller financier", un certain John Bryan.

Le mariage du prince Andrew avec Sarah Ferguson le 23 juillet 1986 à Londres.
Le mariage du prince Andrew avec Sarah Ferguson le 23 juillet 1986 à Londres. © MICHEL GANGNE / AFP

Après avoir pris sa retraite de la Royal Navy, le prince, auquel la reine a transmis en 1986 le titre de duc d'York, précédemment porté par son père, George VI, est nommé représentant spécial du Royaume-Uni pour le commerce international et les investissements. Une position qui lui permet de parcourir le monde à grand frais jusqu'en 2011.

Ses dépenses suscitent d'ailleurs des articles dans la presse britannique, qui note également que les voyages du prince, censés être liés à des affaires gouvernementales, "semblaient passer par des pistes de ski, des terrains de golf haut de gamme et d'autres lieux exotiques", écrit la BBC.

Certaines de ses amitiés ou relations font polémique au Royaume-Uni en 2011, notamment celles avec Saïf Kadhafi, le fils du dirigeant libyen, le colonel Kadhafi; Tarek Kaituni, trafiquant d'armes libyen condamné; ou encore avec gendre du président déchu Zine al-Abidine Ben Ali, invité à Buckingham.

"N’est-il pas temps de nous passer des services du duc d’York?", s'interroge ainsi le député travailliste Chris Bryant à cette période.

Le prince Andrew incarne tout ce que les détracteurs de la monarchie peuvent reprocher à un membre de la famille royale. Très conscient de ses privilèges, il en a usé et abusé toute sa vie, mélangeant allègrement son rôle officiel et ses intérêts personnels. Dans une récente biographie parue en août 2025, L'ascension et la chute de la maison d'York, par l'historien britannique Andrew Lownie, le prince est décrit comme colérique, cruel notamment avec le personnel, vain et arrogant.

"Il a bénéficié de tous les privilèges, toute sa vie, tout en faisant preuve d'un très mauvais jugement et en se mettant dans des situations extrêmement compromettantes", décrit dans une interview à la BBC le journaliste Peter Allen, qui a témoigné dans le livre d'Andrew Lownie.

"Enfant gâté"

"C'est un homme totalement immature", souligne également Stéphane Bern, interrogé sur BFMTV, le 17 octobre 2025. La reine Elizabeth "lui a tout passé, tout pardonné", estime le spécialiste des têtes couronnées. "Il a quelque chose d'un enfant gâté, qui ne se rend pas compte de ce qui est autorisé et ce qui l'est pas".

C'est d'ailleurs ce qu'écrit Virginia Giuffre dans ses mémoires consignées avant de se suicider en avril dernier et qui viennent de paraître: "Il croyait que coucher avec moi était son droit".

Dans son livre, Andrew Lownie évoque, lui, une interview de Jeffrey Epstein, qui en 2007 expliquait qu'Andrew était "son ami le plus proche au monde", parce qu'il sont "très similaires". "Nous sommes tous deux accro au sexe. Il est la seule personne que je connaisse qui est plus obsédé par les cha**** que moi. Nous avons partagé les mêmes femmes".

Le prince Andrew, arborant les médailles qu'il avait reçues en tant que pilote d'hélicoptère pendant la guerre des Malouines en 1982, visite le 17 novembre 1994 la base aérienne de Bahia Blanca en Argentine.
Le prince Andrew, arborant les médailles qu'il avait reçues en tant que pilote d'hélicoptère pendant la guerre des Malouines en 1982, visite le 17 novembre 1994 la base aérienne de Bahia Blanca en Argentine. © DANIEL GARCIA / AFP

Malgré les nombreux scandales financiers associés au prince, c'est sa proximité avec le milliardaire Jeffrey Epstein, rencontré en 1999, et les accusations de Virginia Giuffre qui font tomber Andrew.

Une relation décrite par Andrew Lownie comme "déséquilibrée". "Il est clair qu'Epstein a manipulé Andrew, écrit-il. Le prince était un idiot utile qui lui a apporté respectabilité et accès aux dirigeants politiques et aux opportunités commerciales."

Malgré la première condamnation du milliardaire en 2008, assortie d'une courte peine de prison, Andrew poursuit leur relation. En 2010, après la libération du financier, Epstein et Andrew sont pris en photo dans Central Park à New York. Andrew affirme que cette rencontre servait à couper les liens. De récents e-mails publiés dans la presse en 2025, indiquent qu'Andrew a menti.

De nouveau emprisonné en juillet 2019 et dans l'attente de son procès trafic sexuel de mineures, Jeffrey Epstein est retrouvé pendu dans sa cellule le 10 août. En 2019, également, Virginia Giuffre qui a entamé en 2015 une poursuite judiciaire contre Epstein pour l'avoir livrée, entre autres, au prince Andrew, témoigne dans différents médias.

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Aucune compassion

Virginia Roberts (son nom de jeune fille) affirme avoir été forcée d'avoir des relations sexuelles avec le prince Andrew à Londres en 2001 alors qu'elle avait 17 ans, puis à deux autres reprises à New York et sur l'île privée de Jeffrey Epstein dans les Caraïbes.

De son côté, le prince est interviewé en novembre 2019 par la BBC. L'opération, sensée lui permettre de redorer son blason se révèle être un véritable fiasco. Il nie les faits, et assure n'avoir "aucun souvenir" de l'avoir jamais rencontrée, même lorsqu'il est confronté à la photo sur laquelle il l'enlace, aux côtés de Ghislaine Maxwell, amie de Jeffrey Epstein, aujourd'hui en prison pour complicité de trafic sexuel.

Une photo non datée prise publiée le 9 août 2021 par le United States District Court for the Southern District of New York montre le prince Andrew, Virginia Giuffre et Ghislaine Maxwell.
Une photo non datée prise publiée le 9 août 2021 par le United States District Court for the Southern District of New York montre le prince Andrew, Virginia Giuffre et Ghislaine Maxwell. © Handout / US District Court - Southern District of New York (SDNY) / AFP

"C'est bien moi sur le cliché, mais est-ce que c’est ma main sur sa taille?", déclare-t-il. Andrew ne produit que des réponses insensibles et hors sol. Montrant une fois encore sa personnalité peu empathique, il n'exprime aucune compassion pour les victimes d'Epstein, et n'affiche aucun regret concernant sa relation avec le milliardaire, qu'il qualifie "d'utile".

L'effet de cette interview sur l'opinion publique est si dévastateur qu'Andrew est contraint d'annoncer son retrait de la vie publique. La reine ne coupe cependant pas les vivre à son fils et continue de lui verser une allocation annuelle prélevée sur la fortune privée des Windsor, estimée à un million de livres sterling par an, selon le Guardian. Une allocation suspendue par le roi Charles en 2024.

L'affaire Virginia Giuffre est pourtant loin d'être terminée pour Andrew. En août 2021, elle porte plainte au civil à New York contre Andrew. Celui-ci tente de faire classer la plainte, que la justice déclare recevable le 12 janvier 2022.

Andrew et le roi Charles, le 16 septembre aux obsèques de la duchesse de Kent à Londres.
Andrew et le roi Charles, le 16 septembre aux obsèques de la duchesse de Kent à Londres. © ADRIAN DENNIS / AFP

Le lendemain, la reine Elizabeth II prive son fils de ses titres militaires et patronages royaux. Le palais de Buckingham indique qu'Andrew se défend "comme citoyen privé" dans cette affaire. Affaire qui se règlera avec un gros chèque, estimé à plus de 12 millions de dollars par la presse britannique, pour éviter un procès, à quelques mois du jubilé de platine de la reine, célébrant ses 70 ans de règne.

Loin des yeux du public, et assigné en Angleterre, Andrew n'en demeure par moins actif... Et en 2024, surgit un nouveau scandale, lié cette fois-ci à une affaire d'espionnage. Andrew aurait, moyennant rémunération, aidé un espion chinois à pénétrer le haut establishment britannique.

"Andrew est un être naïf et cupide, qui se cherchait un rôle, après son limogeage de la famille royale", analyse fin 2024, le journaliste Marc Roche dans le Podcast royal, rappelant qu'Andrew "vit de l'aide de son frère et de sa pension de la royal navy".

Le duc et la duchesse d'York, le prince Andrew et Sarah Ferguson aux obsèques de la duchesse de Kent le 16 septembre à Londres.
Le duc et la duchesse d'York, le prince Andrew et Sarah Ferguson aux obsèques de la duchesse de Kent le 16 septembre à Londres. © JORDAN PETTITT / POOL / AFP

Son amour de l'argent, son sentiment d'impunité et son art de s'entourer des mauvaises personnes ont fini par représenter un véritable danger pour la monarchie britannique. Face à la pression publique, le roi Charles a fait ce que la reine Elizabeth II ne s'était jamais résolue à faire: lui retirer son titre de prince et l'expulser, enfin, du Royal Lodge.

Cette somptueuse demeure royale de 30 pièces dans le domaine de Windsor, où il vit - sans payer de loyer - depuis 20 ans avec Sarah Ferguson, formant "le couple divorcé le plus heureux du monde", selon les termes de la duchesse. Un couple lié, assure le Times par leur caractère de "profiteurs invétérés".

Pour autant, la chute d'Andrew et Sarah Ferguson n'est sans doute pas terminée. D'autres révélations de l'affaire Epstein, mêlant sexe et argent pourraient faire surface, si les dossiers du FBI sont rendus publics.

"Il est ironique que le duc et la duchesse d'York, prétendument les plus fervents défenseurs de la monarchie, aient peut-être, par leur comportement, contribué le plus à précipiter sa chute", conclut Andrew Lownie dans son livre.