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Fin de "Stranger Things": pourquoi dire adieu à sa série préférée nous bouleverse tant

BFM Carla Loridan
Will et Mike dans la saison 5 de "Stranger Things".

Will et Mike dans la saison 5 de "Stranger Things". - Netflix

Netflix diffuse l'ultime épisode de Stranger Things ce 1er janvier 2026. Dix ans après son lancement, la série culte s'achève, laissant fans et acteurs confrontés à la même épreuve: tourner la page d'une aventure qui a marqué toute une génération.

Alors que certains se remettent à peine de leur soirée de Nouvel An, l'heure est aux adieux sur Netflix. Après dix ans d'existence, Stranger Things tire sa révérence, laissant derrière elle une communauté de fans nostalgiques. Tous fébriles à l'idée de découvrir l'ultime épisode de la cinquième et dernière saison de la série, diffusé ce 1er janvier sur la plateforme.

Lancée en 2016, la série des frères Duffer s'est imposée comme un véritable phénomène mondial, devenant l'un des programmes les plus regardés de l'histoire Netflix, avec des records d'audience toujours plus impressionnants saison après saison.

Avec son ambiance rétro puisant dans l'esthétique aux années 1980 et ses personnages attachants, Stranger Things a également dépassé le cadre de l'écran pour s'ancrer dans la pop culture, transformant chacune de ses nouvelles saisons en un événement mondial, suivi par des millions de spectateurs.

La fin de la série marque ainsi un véritable tournant pour les fans, nombreux à redouter ce moment. Sur les réseaux sociaux ou devant son écran, une même sensation domine: celle d'un pincement au cœur à l'idée de dire au revoir à Eleven, Mike, Lucas, Dustin, Max et les autres habitants de Hawkins après dix ans de cohabitation.

"Ça va être dur", confie Christelle, 42 ans, rencontrée lors de l'avant-première de la saison 5 au Grand Rex à Paris en novembre dernier. "On n'a pas envie de les quitter, ils sont tellement attachants".

"Quand une série comme 'Stranger Things', qu'on regarde depuis dix ans se termine, on se dit: 'mais on va faire quoi après?', 'on va regarder quoi?' On est jamais vraiment préparé à ça, donc quand on va voir la fin, c'est sûr qu'on va tous pleurer", indique Lucie, une autre fan présente à l'avant-première.

La dépression post-série

Cette sensation de vide et de tristesse ressentie à l'approche du final a un nom: la dépression post-série. Un état émotionnel bien connu des fans de fictions au long cours qui s'explique, selon Vladimir Lifschutz, spécialiste des séries TV, titulaire d'un doctorat en audiovisuel et auteur de This Is the End / Finir une série TV, par le temps qu'on passe avec les personnages de cette série et l'attachement qu'on leur porte.

"Quand on regarde une série, on partage de manière périodique un certain temps de fiction avec des personnages et un univers qui nous accompagnent, dans le cas de 'Stranger Things, pendant quasiment une décennie".

"L'investissement émotionnel qui a pu être opéré pendant cette longue période, c’est un peu comme dans le cadre des relations humaines: quand il s'agit de dire au revoir à une relation, ce n'est pas facile. Il y a un enjeu émotionnel qui est très fort et on peut parfois se sentir abandonné par une œuvre", poursuit le spécialiste.

D'autant qu'avec Stranger Things, "l'investissement émotionnel" atteint des sommets: en dix ans, les spectateurs ont eu le temps de voir Eleven et ses amis grandir et évoluer sous leurs yeux et surtout, en même temps qu'eux. Résultat: la rupture est d'autant plus brutale.

"Souvent, quand on regarde la fin d'une série, on constate que le programme nous a accompagné pendant une période de notre vie, que ce soit l’adolescence, la trentaine...", souligne Vladimir Lifschutz.

"Ça nous rappelle aussi la manière dont on l'a suivie pendant toutes ces années, que ce soit avec des gens, seul, en couple, entre amis... Tout ça renvoie à une expérience qui vient finalement s'ajouter au poids émotionnel", ajoute l'auteur.

"Des vagues de sanglots"

Mais les fans de Stranger Things ne sont pas les seuls à vivre difficilement la fin de la série. Du côté du casting, l'émotion est tout aussi vive. Dans une interview au magazine Variety, David Harbour, l'interprète de Jim Hopper, raconte ainsi qu'à la lecture collective du script du dernier épisode de la saison 5, tout le monde a fondu en larmes.

"À mi-parcours, les gens ont commencé à pleurer. Et sur les vingt dernières minutes, c’était incontrôlable, des vagues de sanglots, chacun à son tour", explique-t-il.

Dans ce même entretien, Noah Schnapp (Will) et Gaten Matarazzo (Dustin) se rappellent également de l'émotion lors du tournage des toutes dernières scènes de la série. "Je ne voulais pas que ça s'arrête", se souvient Noah Schnapp. "Quand on nous a dit: 'c'est la dernière prise', à la fin, personne n'a voulu quitter le plateau".

"À la fin de la journée, c'était très bizarre de voir la vitesse à laquelle tout le monde passait à autre chose, démontait les décors, nous demandait de partir... Donc, on a eu besoin d'un moment un peu sacré, où on a demandé aux techniciens de ne toucher à rien pendant un certain temps", abonde Gaten Matarazzo.

L'actrice Sadie Sink, arrivée dans la série dès la deuxième saison dans le rôle de Max, confie quant à elle avoir vécu la fin de Stranger Things comme un "deuil". Un sentiment à la hauteur de l'importance qu'a eu le programme dans la vie de ces jeunes comédiens, devenus adultes au fil des saisons et qui ont fini par forger de véritables amitiés sur les plateaux de tournage.

"C'est un chapitre immense de nos vies qui se tourne. C'est plus émouvant encore que quand tu dis adieu à tes amis au lycée ou à la fac", assure Sadie Sink dans une interview pour Glamour Magazine.

"Nous étions tellement connectés et nous avons vécu tellement de choses uniques ensembles. Et même si ces personnes seront toujours là, mettre un terme à la série et à tous ces souvenirs, c'est comme dire adieu à son enfance", poursuit la comédienne.

Millie Bobby Brown, figure emblématique du show depuis ses débuts, décrit, elle aussi, une séparation douloureuse, à la fois avec le reste du casting, mais surtout avec son propre personnage.

"J’ai eu l'impression de dire adieu à une partie de moi-même. C’était comme si quelqu’un était mort", confie l’actrice auprès de l'Associated Press, consciente de laisser derrière elle un rôle qui l'a construite autant qu'il l'a révélée. "On a eu beau se préparer à cette fin, ça nous a quand même percuté comme un camion", abonde Gaten Matarazzo auprès de Variety.

La fin parfaite existe-t-elle vraiment?

Mais au-delà de la tristesse ressentie par les fans et les acteurs au moment de dire adieu à leur série préférée, la fin d'un programme cristallise également des années d’attentes, d’espoirs et de projections. Une conclusion très attendue peut ainsi, en un épisode, bouleverser le souvenir laissé par une œuvre entière.

L'histoire récente de la télévision en offre plusieurs exemples, à commencer par Game of Thrones. Diffusée en 2019, la dernière saison de la série phénomène de HBO avait suscité une vive controverse, de nombreux fans dénonçant une fin jugée bâclée par rapport à la qualité du reste du programme.

Un précédent qui hante encore les communautés de fans et qui renforce, aujourd’hui, la pression autour du final de Stranger Things. Après dix ans de fidélité et d'investissement émotionnel, les spectateurs espèrent ainsi une conclusion à la hauteur de l'attachement qu'ils ont noué avec l'univers de Hawkins.

Mais, comme le rappelle Vladimir Lifschutz, trouver la fin "parfaite", capable de satisfaire à la fois les attentes du public et la trajectoire des personnages, est un exercice délicat. "Comme disait le showrunner Shawn Ryan, qui a fait la série policière 'The Shield', une bonne fin, ce n'est pas le moment où on nous donne ce qu'on attend, c'est le moment où on nous donne ce dont on a besoin".

"C'est à dire que la fin doit avoir un élément de surprise. Elle doit nous emmener là où on n'imaginait pas aller, mais, une fois qu'on y est, on doit se dire: 'ok, en fait c'est bien là que je devais aller'", poursuit-il. "Dans cette fin, on cherche aussi à trouver quelque chose de l'ordre du sens, une sorte de consolation".
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Prolonger l'aventure après le final

Une fois le générique final terminé, que peut-on alors faire pour atténuer le vide laissé par la fin de la série préférée? Selon Vladimir Lifschutz, il n'y a pas de recette miracle. La première étape consiste justement à accepter ce manque, sans tenter de le combler à tout prix.

"Je crois que le deuil est nécessaire", assure le spécialiste. "Quand une œuvre nous touche, nous bouleverse au point où, quand elle se termine, ça nous met mal pendant quelques jours, ça montre aussi l'impact qu'elle a eu sur nous et c'est aussi une manière de voir tout ce qu’elle nous a apporté et tout ce qu'on a vécu avec elle".

Du côté des fans, chacun imagine déjà une façon de prolonger l'aventure Stranger Things afin d'éviter que la tristesse ne s'installe trop brutalement après le final. "Je vais me mettre à jouer à 'Donjons et Dragons', je pense", confie avec humour une spectatrice rencontrée lors de l'avant-première de la saison 5 au Grand Rex. D'autres, plus nostalgiques, envisagent déjà de s'organiser des marathons de la série pour se replonger régulièrement dans l'univers de Hawkins.

Mais, que les fans se rassurent, l'univers de Stranger Things ne s’arrête pas complètement avec cette cinquième et dernière saison. Depuis 2023, un préquel sous forme de pièce de théâtre baptisé Stranger Things: The First Shadow, est joué à Londres et Broadway. Netflix a également annoncé la sortie en 2026 d'une série animée se déroulant entre les saisons 2 et 3 du programme d'origine.

"Ça rattrape un peu le coup de blues de fin de série", affirme un fan de la série présent à l'avant-première au Grand Rex. "On se raccroche à ça pour se convaincre que 'Stranger Things', c'est pas vraiment fini".