"Belphégor" dépoussiéré: que vaut le retour du fantôme du Louvre?

Un spectre tout de noir vêtu, arborant fièrement un masque en cuir, arpentait les allées du Louvre la nuit pour dérober des œuvres et commettre quelques homicides. Le monstre - en carton-pâte - terrorisait la France entière en 1965. Il faut dire qu'il en fallait peu pour effrayer les téléspectateurs d’alors - sans Exorciste ni Massacre à la tronçonneuse, le feuilleton Belphégor cristallisait toutes les peurs de l'époque.
Adaptée du roman d'Arthur Bernède de 1927, la série s'est ainsi érigée en mythe. L'œuvre avait alors réuni dix millions de téléspectateurs - une audience exceptionnelle pour l'époque, alors que seuls 40% des foyers possédaient un poste de télévision et que la France ne comptait que 48 millions d'habitants. La légende raconte que même le Général de Gaulle ne voulait pas être dérangé pendant sa diffusion - lors d'un discours, il y fait ainsi référence, évoquant une "atmosphère à la Belphégor".
Nombreux étaient donc les Français à mener l'enquête aux côtés de l’étudiant André Bellegarde (feu Yves Rénier) pour connaître la véritable identité de fantôme du Louvre - démasqué dans les toutes dernières minutes de l'ultime épisode. Le feuilleton était l'occasion de voir Juliette Gréco, dans le rôle de Laurence / Stéphanie - son unique apparition dans une fiction télévisée.
Avec ses images en noir et blanc, ses intonations chevrotantes et ses effets spéciaux à l'ancienne, le feuilleton fleure bon la nostalgie. S’attaquer à une telle madeleine n'est donc pas une mince affaire. La preuve: quand Jean-Paul Salomé s’y est risqué au cinéma avec Sophie Marceau en 2001, il s’est cassé les dents.
Fort heureusement, le Belphégor de Jérémy Mainguy (réalisateur de la série Chair tendre) et Nils-Antoine Sambuc (co-scénariste du très bon En thérapie et du très mauvais Soleil noir) ne suit pas le même chemin.
Un Belphégor surnaturel
Exit André Bellegarde. Place à Hafsa Moreau (la surprenante Shirine Boutella). Restauratrice de tableaux, la trentenaire vient tout juste d'intégrer le Louvre. Mais depuis qu'elle y travaille, elle est confrontée à des hallucinations et des cauchemars récurrents. La faute à Belphégor (on s'en doute).
Le dieu de l'orage s'abat sur Hafsa alors qu'elle s'incruste à un vernissage, sur les (mauvais) conseils de sa voisine et meilleure amie Chloé (Tiphaine Daviot). Au gré de migraines et d'amnésies, la jeune employée du Louvre se retrouve mêlée à une affaire de vol d'un masque mésopotamien représentant Baal - et donc Belphégor - conduisant la directrice du musée Élise Wagner (Aure Atika) et le chef de la sécurité Joseph Bellegarde (Vincent Elbaz) à ses trousses. Une échappée qui mène l’héroïne à retrouver ses origines, et interroger la relation avec Charles, son père adoptif (Kad Merad).
Là où Claude Barma avait ajouté une dimension ésotérique à un livre qui en était dépourvu, Jérémy Mainguy et Nils Antoine Sambuc choisissent de représenter Belphégor à travers des situations surnaturelles. Avec succès, quand la présence du spectre se fait ressentir au travers d’un climat inquiétant à la Paranormal Activity. Mais à trop vouloir en user - à coups d'effets sonores et de maux de têtes à tout bout de champ pour la pauvre Hafsa - la mécanique s'enraie et l'on se demande si ces moments ne viennent finalement pas masquer une intrigue mal ficelée.
Car hélas, la production pâtit de son hybridité entre HBO et M6. En d’autres termes, pour coller aux formats télévisuels, on délaisse les audaces des plateformes et on lisse le propos. Quand la série interroge les origines des pièces exposées au Louvre, on aurait pu attendre une réflexion sur la restitution des œuvres pillées.
Malgré ses quelques failles, Belphégor demeure divertissante. Certes, la série ne vaut pas nécessairement le détour, elle en vaut au moins la curiosité - rien que pour le Louvre, son immensité, sa dimension écrasante. Un écrin sublime qui saura satisfaire les avides d’aventures au musée, dont l’intérêt s’est accru quelques heures après le braquage du Louvre survenu le 19 octobre dernier. Finalement, n’y a-t-il pas meilleur moment pour son lancement?











