La Philharmonie de Paris, prête pour son inauguration ce mercredi?

La Philharmonie de Paris doit être inaugurée ce mercredi soir par François Hollande. - Jacques Demarthon - AFP
Révolutionner l'approche de la musique classique et égaler les plus belles salles de concert au monde. C'est l'ambitieux défi de la Philharmonie de Paris, gigantesque paquebot conçu par l'architecte Jean Nouvel, qui doit être inaugurée ce mercredi soir par le Président François Hollande. Un coup de baguette inaugural qui sera toutefois entaché par des travaux pas complètement terminés, au budget explosé.
Preuve de la véritable course contre la montre qui s'est engagée, l'ensemble du bâtiment aux courbes surréalistes ressemble actuellement à une ruche où travaillent jour et nuit 600 ouvriers. La veille du concert de gala, l'Orchestre de Paris a répété au son des perceuses dans la grande salle de 2.400 places, qui doit rivaliser avec les plus grandes salles de concert mondiales, de Berlin à Tokyo.
Des musiciens (déjà) conquis
Pour la première fois lundi soir, les musiciens ont pu tester l'acoustique en jouant devant les ouvriers, les personnels et leurs familles. "J'ai été ébloui par la transparence de cette sonorité", a témoigné le violoniste Gilles Henri.
"Quand nous sommes montés sur scène, à la première seconde, avant la première note, on est restés émerveillés à regarder, subjugués", ajoute sa consoeur flûtiste Florence Souchard-Delépine.
La grande salle, avec son dispositif audacieux de balcons flottants suspendus autour de la scène et sa "canopée" de nuages en guise de réflecteurs du son, a été conçue avec les plus grands acousticiens, le Néo-Zélandais Harold Marshall et le Japonais Yasuhisa Toyota. "Le système de balcons flottants détachés de la paroi permet au son de circuler librement, le public est comme imprégné de musique", explique Emmanuel Hondré, directeur des programmes.
Des spectateurs au plus près de l'orchestre
La forme enveloppante, avec l'orchestre au coeur du public comme à Berlin, met le spectateur le plus éloigné à 32 mètres du chef d'orchestre, contre 48 mètres pour la salle Pleyel.
A 20h30 ce mercredi, l'Orchestre de Paris, dirigé par le chef estonien Paavo Järvi, doit donner le coup de baguette inaugural du concert de gala, avec le violoniste Renaud Capuçon et la pianiste Hélène Grimaud.
Mais le chantier va se poursuivre après l'ouverture. Pour l'architecte Jean Nouvel, idéalement, "il aurait fallu attendre quelques mois" pour l'inauguration. Jean Nouvel, qui a engagé sa réputation dans le projet, a tenu à affirmer dans un communiqué "qu'en aucun cas, (il) n'a été à l'origine d'un quelconque dépassement de budget de ce projet", dont le coût global s'est envolé, de 200 millions d'euros en 2006 à 386 millions aujourd'hui.
Les tests acoustiques vont se prolonger plusieurs mois, et les musiciens devront s'adapter à leur nouvelle salle. "On ne sait pas trop si on doit jouer fort ou moins fort, on a nos repères à prendre", explique Florence Souchard-Delépine, tout en décrivant, "du côté du public, un son aérien, très agréable". "Il ne faudra pas juger l'acoustique au premier concert", souligne le directeur de l'Orchestre de Paris Bruno Hamard. "Même un Stradivarius doit être apprivoisé. La probabilité, c'est que le résultat sera très bon, mais qu'il deviendra exceptionnel avec le temps".
Révolutionner l'approche de la musique classique
Au-delà de la qualité de l'équipement, la Philharmonie ambitionne de révolutionner l'approche de la musique classique, en offrant une multitude d'activités: pratique musicale en ateliers, concerts pour les familles, expositions, bref, un "Centre Pompidou de la musique", selon les mots de celui qui l'a imaginée dès les années 70, le compositeur Pierre Boulez. Elle comprend six salles de répétition, un espace d'exposition (qui ouvrira avec une grande exposition David Bowie en mars), des restaurants et des cafés, des ateliers pédagogiques et une "promenade" sur le toit.
Sur 270 concerts de janvier à juin, 70 sont dédiés au jazz, au rock et aux musiques du monde.
"En vitesse de croisière, nous attendons 1 million de personnes par an", espère Laurent Bayle, en additionnant concerts, ateliers pédagogiques et visites des expositions. "La Philharmonie est le premier vrai projet du Grand Paris", souligne-t-il, promettant un "travail énorme le week-end" pour faire venir les familles, y compris du département voisin de Seine-Saint-Denis.
Avec un enjeu majeur: renouveler le public de la musique classique. Le défi est immense, alors que la moitié des spectateurs du concert classique a plus de 61 ans.











