"Destinée": que vaut le nouvel album de la queen Aya Nakamura?

Bien sûr, elle est au-dessus. Icône incontestable et inattaquable, colosse aux pieds de marbre, à jamais conquérante. Jeanne d'Arc des temps modernes pour certains, Céline Dion des années 2020 pour d'autres. Un an et quelques après avoir ensorcelé la cérémonie d'ouverture des JO de Paris aux côtés de la garde républicaine et du Chœur de l'armée française (séquence qui fut scrutée, rappelons-le, par 31 millions de téléspectateurs, soit le meilleur pic d'audience de l'histoire de la TV tricolore), Aya Nakamura n'a plus rien à prouver à personne - si tant qu'elle ait eu à le faire un jour.
Après huit ans de carrière, des tubes comme Djadja, Jolie nana, Pookie ou Comportement, et trois Stade de France remplis en un clin d'œil fin octobre, elle sort ce vendredi son cinquième album aux dix-huit titres efficaces et très ayanamuresques, quoiqu'un peu répétitifs parfois, voire très ressemblants les uns des autres. Destinée se situe dans la droite ligne de ce qu'elle sait faire de mieux, mais qu'on n'avait un peu moins vu dans son dernier disque DNK, sorti en 2023.
Sans prendre de risques incommensurés, tout en contrôle, la diva étale donc encore une fois ses émois amoureux et sa puissance papale, jacte ses mots simples et punchy, argotiques parfois, joue, assume, affirme et ose même quelques nouvelles sonorités, le shatta, ce rythme très martiniquais (Dis-moi, en featuring avec Shenseea, et Bueno), ou la douceur jazzy (le génial Blues notamment).
Emois amoureux
Comme à son habitude, celle qui est originaire d'Aulnay-sous-Bois parle d'elle et de ses amours, peut-être même encore un peu plus qu'avant. Elle évoque son cœur qui fond (ou s'étonne de fondre), qui rompt, son armure qui reste, ses déceptions, sa manière de faire couple ou de séduire, son ego aussi.
"J'l'ai fait bugguer/No stress, en détente/Même dans mes rêves, ta voix m'apaise/Je veux que tu m'aimes à la perfection", dit-elle dans No stress ou "On va trop bien ensemble/Nous deux, on se ressemble/Tu m'as jeté un sort" dans Carnet d'adresse. Elle ose même baisser un peu la garde dans Désarmer: "Il me rend petite, avec lui chui unique/Il me rend petite, avec lui chui d'humeur ta-taquine".
Plus dominante, l'artiste française la plus écoutée au monde clame "Il en redemande encore/Il se rapproche de moi/Il fait de moi sa reine/Il s'imagine des images/Il aimerait bien qu'on fasse des choses sur mesure/J'vais lui faire du sale" dans Obsession ou "J'les mène tous en bateau/Il est bâti comme j'aime" dans Baby boy (en duo avec Kali Uchis, chanteuse américaine d'origine colombienne, qui entremêle espagnol et anglais). Sur le même thème: "Je crois qu'il est tombé love de moi/Evidemment KO/M'a vu une fois, m'appelle bb" dans Il veut.
Aya se fait plus hargneuse, ou plus rappeuse dans Bueno, qui évoque une relation à distance: "Tu m'as vu en fille facile/Moi il faut venir me chercher/Ouhlala il habite loin, putain il m'a prise pour sa tchoin/Même quand c'est ma faute, c'est pas ma faute."
Puissance R'n'B
Surtout, la chanteuse de 30 ans, "au summum de sa féminité" chante-t-elle, s'affirme et se réaffirme. Avec la balade Anesthésie, elle dit d'emblée "Je m'en fous des gens maintenant/Je fais ce que je veux, je sais qui je suis". Le ton est posé. Puis regrette: "Où sont passés certains amis à qui je me confiais?/Je ne leur ferai plus confiance, même à des membres de la famille".
Elle ajoute, en référence peut-être aux critiques racistes qu'elle a essuyées lors de sa participation à la cérémonie des Jeux - plusieurs militants d'extrême-droite ont d'ailleurs été condamnés en septembre dernier pour provocation à la haine et injures racistes à son encontre -: "J’ai les sentiments anesthésiés/Par des souvenirs effacés/Par des moments qui m’ont traumatisée." Et conclut, toujours dans le même morceau: "Avant j'étais naïve, maintenant je connais le vice." Blindée mais pas verrouillée, la Franco-Malienne "n'a pas sa langue dans sa bouche", ne se laisse pas marcher dessus et n'oublie pas.
Fidèle à elle-même donc. Son écriture, mélange d'argot, d'oralité et de mots inventés, est elle aussi toujours aussi nette, efficace, prosaïque, entêtante et dansante. Toujours aussi facile à recracher dans une fosse ou à fredonner sans rougir, écouteurs dans les oreilles, dans un RER bondé. Et son rythme si singulier reste empreint de R'n'B, zouk, rap, pop et de mélodies afro. Ce qui a fait sa légende par le passé donc, et qui continue de la faire.











