"Le Mage du Kremlin": Vladislav Sourkov, ce conseiller de l'ombre de Poutine, qui a inspiré le personnage joué par Paul Dano

Une plongée dans la tête du "Tsar" russe et des rouages du Kremlin. C'est la promesse de l'adaptation sur grand-écran du Mage du Kremlin, roman de Giuliano da Empoli. Aux manettes de sa version cinéma, en salles ce mercredi 21 janvier, les réalisateurs français Olivier Assayas et Emmanuel Carrère. Le film, tourné en Lettonie, narre l'histoire de Vadim Baranov, un conseiller de l'ombre cynique de celui qui deviendra "Tsar" de Russie, Vladimir Poutine.
Un personnage pas si fictif, inspiré d'un homme politique russe bien réel, Vladislav Sourkov. Il est ici incarné à l'écran par Paul Dano, connu pour ses rôles dans The Batman ou Little Miss Sunshine. Le dictateur en devenir est, quant à lui, campé par un Jude Law glacial à perruque blonde et au regard sévère. Alicia Vikander complète ce trio, dans le rôle de Ksenia, la compagne presque anecdotique - ses apparitions sont rares et son personnage peu développé - de Vadim Baranov.
"Faire vivre des personnages existants"
Paul Dano campe donc Vladislav Sourkov, conseiller de l'ombre fan de rap - surtout de Tupac - et de commedia dell'arte, tantôt comparé à Machiavel, tantôt surnommé "le marionnettiste".
"C'est difficile de faire vivre des personnages existants, souligne Olivier Assayas au micro de BFMTV. On a une sorte de responsabilité vis-à-vis de la véracité historique."
"Quand il s'agit de faits historiques, il faut être d'une rigueur absolue, et on s'aventure sur des terrains troubles. Aujourd'hui c'est à peu près établi que l'accession au pouvoir de Poutine est un complot du FSB. Mais il faut faire attention à ce qu'on dit".
C'est Vladislav Sourkov qui a accompagné Vladimir Poutine vers le pouvoir. Il avait alors théorisé le premier mandat du "Tsar" autour de son autorité et des concepts de "verticale du pouvoir" et de "démocratie souveraine".
L'ascension de Poutine
Le film débute au début des années 1990. Vadim Baranov, un jeune homme idéaliste traînant dans les soirées arty d'une jeunesse russe assoiffée de liberté, va trouver une place grandissante aux côtés d'un certain Vladimir Poutine, qui n'est alors "que" le chef du FSB - ancien KGB, les services secrets russes. Cet artiste et producteur va devenir le conseiller en communication du futur "Tsar". Et monter en grade.
L'histoire, racontée par un narrateur, fait défiler sous nos yeux l'ascension de Vladimir Poutine nommé Premier ministre sous l'impulsion d'oligarques russes, puis son élection comme président en 2000, le terrible naufrage du sous-marin nucléaire Koursk - qui a fait 118 morts cette année-là, les guerres de Tchétchénie, l'annexion de la Crimée en 2014...

Incontournable dans l'entourage de Vladimir Poutine et dans les décisions du Kremlin en général, il a par exemple participé aux réunions sur le sort de l'Ukraine en 2016 à Berlin, en s'asseyant à la table d'Angela Merkel et François Hollande. Deux ans plus tôt, il avait joué un large rôle dans l'annexion de la Crimée, ce qui lui avait valu de figurer sur les listes de persona non grata aux États-Unis et en Europe.
Vladislav Sourkov, qui n'a quasiment jamais donné d'interview, avait également orchestré une fausse opposition politique en Russie, financé des mouvements pro-Kremlin ou contrôlé les programmes télévisés du pays.
Réputé impitoyable et totalement dévoué au chef du Kremlin - dans la vie comme à l'écran pour son personnage dans Le Mage du Kremlin, Vladislav Sourkov a passé vingt ans à manœuvrer dans l'ombre au sommet du pouvoir russe et à en modeler le système politique, l'image et les expressions, avant de se retirer en 2020.
"C'est l'histoire de quelqu'un qui est devenu complice et qui a utilisé son pouvoir, pas forcément motivé par une idéologie politique qui lui tenait vraiment à cœur. Je pense que c'est surtout lié à son désir de réussir", souligne Paul Dano au micro de BFMTV.
Devant la caméra d'Olivier Assayas et Emmanuel Carrère, c'est après cette date que le personnage de Paul Dano confie son histoire au personnage de Jeffrey Wright (Casino Royale, Hunger Games), un universitaire américain qui prête sa voix à la narration - quelque peu monotone - de l'histoire du film.











