"La Guerre des Rose" version Disney: amour, gloire et brutalité

Bien sûr, la comparaison était rude. Dans notre imaginaire cinéphile, tiroir "films sur les querelles conjugales", il y avait les diamants Anatomie d'une chute, Kramer contre Kramer, Marriage Story, Scenes from a marriage réalisés par les plus grands. Ou encore La Guerre des Rose version années 1980, pilotée par le comédien et cinéaste Danny DeVito (Matilda, Un duplex pour trois), avec Michael Douglas et Kathleen Turner dans la peau du couple au bord de la crise de nerfs.
Un héritage musclé, qui n'a néanmoins pas refroidi le vaillant Jay Roach (Scandale, Mon beau-père et moi ou encore The Dinner, adaptation américaine du Dîner de cons) d'imaginer un remake corrosif de La Guerre des Rose, lui-même tiré du roman éponyme de Warren Adler, publié en 1981. Saluons au moins l'audace.
Haine absolue
Dans cette nouvelle mouture distribuée par Disney, en salles ce mercredi, ce sont cette fois Benedict Cumberbatch et Olivia Colman (casting pas des plus déplaisants, disons-le) qui se donnent la réplique. Ils forment un couple uni, aimant, taquin, servi par des réparties bien troussées, avec marmots parfaits, sourires faciles, carrières ascendantes, gros SUV, grande maison avec baies vitrées lumineuses.
Mais patatras. Tout bascule un soir de tempête: lui est mis à la porte de son cabinet d'architecture, tandis que sa femme, elle, est vivement applaudie et commence à se faire un nom parmi les plus grands chefs cuisiniers du pays. Destins croisés, destins opposés.
Dévorés par leur ego (l'un plus que l'autre quand même) et leurs frustrations (elle lui reproche d'avoir transformé leurs enfants en machines à performances sportives, il blâme son manque d'implication et son égoïsme; elle vise la liberté, il cherche la réussite), les deux vont peu à peu s'éloigner. Se détester, s'écharper. Jusqu'à l'escalade de trop, et la haine absolue.
Couleurs saturées
La comédie dramatique n'évite malheureusement que rarement la surenchère. Au commencement, les deux tourtereaux s'aiment à la folie, en un regard (peut-on encore croire à ce genre de mise en couple franchement?), se promettent plusieurs fois un amour éternel, espèrent, se projettent, se promènent tranquillement avec leur American way of life réussi et leur sentiment d'invincibilité sur le dos. Et, à la fin, ils se déchirent un peu trop brutalement pour être pleinement crédibles.
Bien sûr, le réalisme n'est pas l'objectif de son réalisateur ni de son scénariste Tony McNamara (auteur du cynique Pauvres créatures), mais leur satire semble si démonstrative qu'elle empêche toute émotion et finit par ennuyer.
Au contraire de La Guerre des Rose de 1989, la comédie domestique nouvelle génération se révèle meilleur dans ses interstices. Ni dans le bonheur conjugal béat, ni dans la rivalité sauvageonne, mais plutôt dans la mise en scène des petites lâchetés quotidiennes des époux, et leur envie, mutuelle, sincère, de se comprendre, d'essayer encore.
Surtout, le remake de Disney s'affiche dans des couleurs bien trop saturées, trop léchées. Trop polies. La réalisation de Jay Roach manque de style, d'un rythme, d'une mélodie doucereuse et ironique en fond, de plans travaillés, multiples ou foisonnants, d'un-je-ne-sais-quoi qui l'aurait distingué d'une production Netflix.
Olivia Colman, narquoise
Reste que l'oscarisée Olivia Colman (La Favorite, Empire of Light, The Crown…) s'en sort à merveille dans ce registre d'épouse piquante, avec cet air narquois et tendre qui habite depuis toujours son visage, et ses saillies presque naturelles. Benedict Cumberbatch, épaules carrées et buste altier, lui oppose un regard retors, parfaitement orgueilleux.
Mais leur déconstruction bravarde des illusions de l'American dream semble déjà vue, voire surannée. Et l'on se demande quand même si l'ultime scène, quand le couple se rabiboche après avoir sorti la machette et le revolver, n'est pas dérangeante, si ce n'est provoquante à l'heure de #MeToo. Même dans la version initiale de 1989, ils n'avaient pas osé.











