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Guillermo del Toro "préférerait mourir" qu'utiliser l'IA

BFM Sophie Hienard
Guillermo Del Toro en septembre 2017 à Toronto

Guillermo Del Toro en septembre 2017 à Toronto - Geoff Robins - AFP

Le cinéaste doublement oscarisé rejette catégoriquement l'intelligence artificielle générative. Une position qu'il défend avec la sortie de son adaptation de Frankenstein, œuvre fondatrice sur les dangers de la création illimitée.

La ligne rouge est tracée. Guillermo del Toro livre une position sans appel vis-à-vis de l'IA, dans une longue interview accordée à la radio américaine NPR. Le réalisateur mexicain, qui sortira son adaptation de Frankenstein sur Netflix le 7 novembre, n'utilisera jamais d'intelligence artificielle générative, "ni maintenant, ni jamais". "Je préfèrerais mourir", lâche-t-il.

Pour Guillermo del Toro, le parallèle avec Victor Frankenstein n'est pas fortuit. Dans son prochain film, le scientifique incarne cette arrogance du créateur qui fabrique sans réfléchir aux conséquences. "Je voulais que l'arrogance de Victor soit semblable à celle des 'tech bros', explique-t-il. Il est aveugle, il crée quelque chose sans considérer les conséquences, et je pense que nous devons faire une pause pour réfléchir à la direction que nous prenons."

Le cinéaste ne cache pas son inquiétude face à ce qu'il appelle non pas "l'intelligence artificielle, mais la stupidité naturelle". C'est elle, selon lui, qui alimente "les pires aspects du monde". Une vision cohérente avec une filmographie qui n'a cessé d'explorer les créatures incomprises, les hommes qui se comportent comme des monstres et les expériences scientifiques qui tournent mal.

"Avatar personnel"

Cette adaptation de Frankenstein représente l'aboutissement d'un rêve d'enfant pour Guillermo del Toro. À sept ans, dans une salle de cinéma mexicaine, il découvre le film de 1931 avec Boris Karloff. La scène où la créature apparaît pour la première fois dans l'embrasure de la porte est pour lui "une épiphanie". "J'ai vu la résurrection de la chair, l'immaculée conception, l'extase, les stigmates. Tout avait du sens", se souvient-il. "J'ai mieux compris ma foi ou mes dogmes à travers Frankenstein qu'à travers la messe du dimanche."

Le monstre de Frankenstein devient alors son "avatar personnel" et son "messie personnel". Plus de cinquante ans plus tard, le réalisateur signe une relecture du roman de Mary Shelley de 1818, racontant la dernière partie de l'histoire du point de vue de la créature. Avec Oscar Isaac dans le rôle de Victor Frankenstein et Jacob Elordi dans celui du monstre, le film a été accueilli favorablement à sa première mondiale lors de la 82e Mostra de Venise fin août.

Cette fidélité au roman d'origine se double d'une obsession pour le travail manuel - le réalisateur a également conclu un partenariat avec Netflix pour lancer une école de stop motion à Paris. "Je veux des décors réels, martèle-t-il. Je ne veux pas de numérique, je ne veux pas d'IA, je ne veux pas de simulation. Je veux de l'artisanat à l'ancienne: des gens qui peignent, construisent, martèlent, plâtrent." Le laboratoire de Frankenstein et le navire du capitaine Anderson ont ainsi été entièrement construits en décors physiques.

Pour la créature elle-même, del Toro s'est inspiré des manuels de phrénologie du XIXe siècle, créant un être aux lignes élégantes, presque aérodynamiques, avec un aspect d'albâtre ou de marbre. "Je voulais cette sensation de statue, pour que cela ressemble à un être humain nouvellement créé", explique-t-il. Un choix esthétique qui, dit-il, rappelle aussi les images du Christ grandeur nature des églises de son enfance.

Frankenstein de Guillermo del Toro, disponible sur Netflix à partir du 7 novembre 2025.