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"Coup d'État feutré", "dysfonctionnements": le festival d'Angoulême au cœur d'une polémique

BFM B.P. avec AFP
Photo prise lors de la dernière édition du Festival d'Angoulême, le 30 janvier 2025

Photo prise lors de la dernière édition du Festival d'Angoulême, le 30 janvier 2025 - Romain Perrocheau - AFP

Le festival est sous le feu des critiques pour un "projet de rapprochement" avec la société 9e Art+, organisatrice de l'événement depuis près de 20 ans, épinglée par une enquête de l'Humanité magazine dénonçant des "dérives".

Menaces de boycott, accusations de "coup de force": déjà contestée, la société 9e Art+ qui organise depuis près de 20 ans le festival de la BD d'Angoulême (FIBD) suscite l'inquiétude avec un projet qui, selon ses détracteurs, lui éviterait toute mise en concurrence.

Lors de la dernière édition, la société dirigée par Franck Bondoux avait été vivement critiquée après une enquête de l'Humanité magazine dénonçant des "dérives" commerciales ou le licenciement en 2024 d'une salariée peu après sa plainte pour viol. Le ministère de la Culture s'était dit "particulièrement interpellé" par des "dysfonctionnements".

Plusieurs voix avaient alors appelé à remettre en cause le contrat confiant la gestion du festival à 9e Art+ depuis 2007.

"Projet de rapprochement"

La société envisage désormais de créer une S.A.S commune avec l'association fondatrice du FIBD: "Il s'agit d'un projet de rapprochement dans laquelle l'Association conserverait la propriété de l'événement et aurait la possibilité de sortir de cette structure. Et nous conserverions la gestion de cet actif qui ne nous appartient pas et ne nous appartiendra jamais", a précisé Franck Bondoux vendredi à l'AFP.

Libération, qui a révélé jeudi 3 avril ce projet, évoque un "coup d'État feutré" "qui donnerait les pleins pouvoirs" au directeur général de 9eArt+. "Des fantasmes", balaie le principal intéressé, affirmant avoir informé "depuis des mois" les partenaires publics du projet qui financent le festival à hauteur de 45%. Ce qui est sûr, selon lui, c'est que "la tacite reconduction du contrat de concession (qui court jusqu'en 2027) sera dénoncée".

"L'idée est de pouvoir pérenniser une structure qui pourra continuer à organiser le festival en ayant une plus grande légitimité: celle du propriétaire de l'évènement, et celle de l'organisation qui détient le savoir-faire", développe-t-il.

La présidente de l'association historique du FIBD, Delphine Groux, confirme aussi dans Charente Libre que cette piste sera "poussée jusqu'au bout" et n'envisage pas, pour l'instant, d'appel d'offres pour mettre en concurrence d'autres projets.

"Dans l'hypothèse où ce projet aboutirait, il y a une concession d'usage de la marque pour une durée limitée", restant à définir mais "inférieure à dix ans", précise Franck Bondoux.

Et "si les discussions n'aboutissent pas, la possibilité d'une mise en concurrence peut parfaitement exister", insiste-t-il.

La gronde du milieu

Jeudi, le Syndicat des Travailleur·euses Artistes-Auteur·ices (STAA), le collectif MeTooBD et la Ligue des auteurs professionnels, ont dénoncé dans un communiqué la "gestion opaque de la société 9eArt+".

Pour eux, la création de cette S.A.S. entraînerait "l'impossibilité de fait de repenser un FIBD digne de ce nom" et les pousserait à appeler "l'ensemble des travailleur·euses de la BD à boycotter le festival 2026".

Contacté vendredi 4 avril par l'AFP, le Syndicat national de l'édition, qui suit attentivement le dossier, n'a pas souhaité commenter à ce stade. Il avait exprimé en janvier sa "profonde préoccupation" et demandé "instamment qu'un appel d'offres en bonne et due forme soit organisé". De son côté, Franck Bondoux a appelé à "des discussions bilatérales en profondeur" avec tous les acteurs.