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Tags au Mémorial de la Shoah à Paris: ce que l'on sait de la piste bulgare suivie par les enquêteurs

BFM Florian Bouhot , Journaliste BFM Régions
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Trois personnes sont suspectées d'avoir vandalisé le Mur des Justes, peignant des mains à l'aide de peinture rouge dans la nuit du 13 au 14 mai. L'hypothèse d'un nouvel acte d'ingérence russe est à l'étude.

Nuit du 13 au 14 mai 2024, 4 heures du matin environ. Les agents de sécurité du Mémorial de la Shoah, à Paris, sonnent l'alerte. Ils viennent de découvrir que le Mur des Justes, sur lequel figurent les patronymes des près de 4.000 hommes et femmes qui ont contribué à sauver des juifs durant la Seconde Guerre mondiale, a été vandalisé.

Contactée, la police arrive sur les lieux et constate que des mains ont été taguées à la peinture rouge sur d'autres bâtiments des 4e et 5e arrondissements, dont des crèches et des écoles.

La nouvelle est relayée dans la presse et la machine à réactions politiques s'emballe: tous fustigent un acte antisémite. En cause, ces mains rouges, symbole polémique à la fois utilisé par des étudiants de Sciences-Po pour appeler au cessez-le-feu à Gaza et par des Palestiniens après le lynchage de soldats israéliens en 2000. Mais aussi la date choisie: le 14 mai 1941, 3.700 juifs du Marais et de la région parisienne avaient été raflés et emmenés de force au camp d'Auschwitz-Birkenau.

• En fuite, les suspects ont quitté la France

Dans la foulée, une enquête portant sur l'infraction de "dégradations volontaires sur un bien classé et en raison de l'appartenance à une nation, ethnie, race ou religion" est ouverte par le parquet et confiée à la Sûreté Territoriale de Paris.

Selon une information du Canard Enchaîné, confirmée à BFMTV par une source proche du dossier, les investigations progressent. Des ressortissants bulgares, soupçonnés d'être les auteurs des tags, ont été identifiés.

À la suite de ces révélations, le parquet de Paris a confirmé que "l’exploitation de la vidéosurveillance a(vait) permis de retracer le cheminement de trois personnes dans la nuit de la commission des faits jusqu'à un hôtel du 20e arrondissement".

Ces trois personnes cagoulées se sont ensuite rendues "vers la gare routière de Bercy", pour rejoindre "la Belgique". "Les investigations ont également établi que les réservations avaient été effectuées depuis la Bulgarie", relate encore le ministère public.

• L'hypothèse d'une ingérence russe

Derrière cette opération semble se dégager l'ombre d'une ingérence russe. C'est en tout cas l'hypothèse privilégiée par les enquêteurs à ce stade. Dans son communiqué, le parquet indique seulement que "les investigations se poursuivent dans le cadre de l’enquête préliminaire".

Quoi qu'il en soit, le mode opératoire rappelle grandement l'affaire des tags d'étoiles de David sur des murs, déjà à Paris, en octobre 2023.

Dans cette affaire, un couple de Moldaves a été interpellé. Tous deux avaient été rétribués pour effectuer ces tags. La responsabilité des dégradations a finalement été imputée par les autorités françaises aux services de sécurité russes (FSB).

• Une piste accueillie avec plus ou moins de prudence

Directeur du Mémorial de la Shoah, Jacques Fredj accueille les révélations du jour "avec prudence".

"Bien évidemment, si ces informations sont confirmées (...), je trouve cela particulièrement affligeant", s'est-il offusqué sur BFMTV. "Affligeant que l’on joue sur cette thématique. Affligeant qu’une puissance étrangère joue avec un sujet aussi grave (...) que la montée de l'antisémitisme."

Et l'homme d'ajouter: "Je ne voudrais que ce qu’il s’est passé avec ces mains rouges cache la véritable campagne d’antisémitisme que nous subissons en France depuis le 7 octobre", poursuit-il.

Selon les chiffres dévoilés par Gabriel Attal, ces actes ont explosé (+300%) depuis le 7 octobre, date de l'offensive sanglante du Hamas en Israël et de la première réplique de l'État hébreu à Gaza.

"Que ces actes aient été commandités de l'étranger ne retire donc rien à leur caractère antisémite et l'outrage à la Mémoire de la Shoah est malheureusement inchangé", observe pour sa part le président du Crif, Yonathan Arfi, dans un entretien à l'Agence France-Presse (AFP).

Ariel Weil, maire de Paris Centre, secteur où se situe le Mémorial de la Shoah, préfère lui aussi ne pas trop s'avancer. "Si la piste est confirmée, cela montre que ce sujet est particulièrement inflammable" en France, avertit l'élu.

L'intéressé n'exclut pas une possible volonté d'influer sur les Jeux olympiques, sachant que le musée est inclus dans le périmètre des épreuves. "Il n’est pas interdit de penser, si la piste est confirmée, qu’il y a aussi une volonté de montrer que les Russes ou d’autres grandes puissances étrangères sont capables d'interférer avec l’organisation de grands événements", s'interroge-t-il.

En marge d'une conférence de presse en Allemagne, Stéphane Séjourné a dressé des parallèles directs entre l'affaire des mains rouges et celle des étoiles de David. Dans les deux cas, ce sont "des commanditaires payés pour déstabiliser et appuyer sur les clivages de la société française", a déclaré le ministère des Affaires étrangères.

Et Stéphane Séjourné de déplorer des "manœuvresde déstabilisation", tout en appelant à attendre "les résultats de l'enquête", toujours en cours.