Profil du père, arme du crime... Ce que l'on sait du triple infanticide d'Alfortville

Trois fillettes âgées de 4, 10 et 11 ans ont été retrouvées mortes dans un logement d'Alfortville (Val-de-Marne) ce dimanche 26 novembre. Le père de 41 ans a avoué avoir tué ses trois enfants en se rendant dans un commissariat de Dieppe (Normandie).
• Les corps retrouvés sous des couvertures
Après les déclarations du père, les policiers, accompagnés d'un officier de police judiciaire, se sont rendus à son domicile. Ils ont alors découvert les corps des trois fillettes, dissimulés sous des couvertures. Les trois victimes étaient vêtues de leurs pyjamas, précise le procureur de la République, Stéphane Hardouin, ce lundi 27 novembre, lors d'une conférence de presse.
L'une des deux aînées "se trouvait tête-bêche sur le lit" située dans l'unique chambre que compte l'appartement, a-t-il ajouté. Elle présentait des "plaies thoraciques profondes" sans qu'aucune plaie de défense ne soit observée.
Le corps de la seconde aînée a été découvert sur le canapé du salon. Cette dernière présentait également des "plaies thoraciques" ainsi que des plaies "de défense aux mains". Cela "laisse penser à la saisie d'une lame", précise le procureur de la République de Créteil.
La plus jeune victime, découverte sur le deuxième lit de la chambre, ne présentait "aucune plaie" mais le procureur indique que "son visage cyanosé" évoque une "notion d'asphyxie". Les secours ont tenté de la réanimer, en vain.
• Des faits qui se sont "possiblement" déroulés pendant leur sommeil
Selon les premières constatations effectuées sur le corps des victimes, aucun ne présente de "lésions à caractère sexuelle", précise le représentant de l'Etat.
L'appartement, placé sous scellé provisoire, fait l'objet d'une perquisition depuis ce lundi matin pour "trouver toute trace ou indice", notamment "des objets ou les armes susceptibles d'avoir été utilisés".
Sur place, les enquêteurs ont découvert les restes d'un repas. "La position des victimes et leurs tenues vestimentaires nous conduisaient à penser que les faits étaient survenus dans la nuit de samedi à dimanche", indique Stéphane Hardouin. Le procureur ajoute que les faits se sont déroulés "possiblement pendant leur sommeil".
• Le père condamné pour des violences familiales
Concernant la situation familiale, les parents, mariés depuis le 19 juillet 2011, étaient "en instance de divorce", précise le procureur. Dans cette situation, les droits de visite et d'hébergement étaient "exercés à l'amiable" dans l'attente d'une audience devant un juge aux affaires familiales prévue le 12 décembre prochain.
"C'est d'ailleurs en application de cet accord que les enfants se trouvaient au domicile de leur père ce week-end", ajoute Stéphane Hardouin.
En revanche, le procureur de la République précise que la mère de famille avait "signalé à deux reprises par main courante, des difficultés liées à la remise des enfants" mais qu'elle n'a jamais fait état de "violence".
Le père avait été condamné par le tribunal de Créteil le 29 avril 2021 pour des faits de "violence par conjoint", "violence par conjoint avec une arme", "violence sans incapacité par conjoint, au préjudice de la mère" et "violence sans incapacité par ascendant sur un mineur de 15 ans".
Pour cela, il avait été condamné à une peine de 18 mois d'emprisonnement, dont 12 mois assortis d'un sursis probatoire pendant 2 ans. La peine de prison ferme a été exécutée à domicile avec un bracelet électronique.
Une mesure d'interdiction d'entrer en contact avec les victimes et de paraître au domicile familial avait été prise. Elle a été levée pour "permettre la mise en oeuvre des droits parentaux" souhaités par les parents. Après le délai probatoire, le mis en cause avait respecté ses obligations, en particulier celles d'accomplir un stage de responsabilité parentale et de suivi psychologique. Dans ce cadre, la peine a pris fin le 28 août 2023. Au moment des faits, "le mis en cause ne faisait plus l'objet d'aucun suivi judiciaire".
Le père avait aussi fait l'objet d'une enquête pour "viol par conjoint", "classée sans suite au motif infraction insuffisamment caractérisée le 5 juillet 2021".
Une évaluation, effectuée par l'Aide sociale à l'enfance (Ase) en septembre 2022, n'avait pas "préconisé de suivi judiciaire ou administratif en assistance éducative".
• De nouvelles violences en août 2022
Après la découverte, la mère de famille a été entendue par les enquêteurs dimanche soir. Lors de cette audition, elle a affirmé auprès des forces de l'ordre avoir été "victime, avec l'une de ses filles, de nouvelles violences en août 2022", précise le parquet.
Le procureur précise que ces faits n'ont "pas été portés à la connaissance de la police ou de la justice".
L'enquête en cours devra établir les raisons qui l'ont poussé à ne pas déposer de plainte.
Qui plus est, Stéphane Hardouin a précisé avoir "requis une association afin d'accompagner et soutenir cette maman dans cette terrible épreuve".
Le procureur a également autorisé la communication de certaines informations auprès de l'Education nationale afin que "des mesures de soutien psychologique à destination des élèves et enseignants" dans les établissements où étaient scolarisées les victimes.
• Le suspect entendu, une information judiciaire ouverte
Du côté du suspect, le procureur précise que ce dernier, lors de déclarations spontanées au moment de son placement en garde à vue, a reconnu "être l'auteur des crimes, avoir agi seul sans témoin et en utilisant des couteaux".
L'homme doit être entendu ce lundi après-midi après un examen médical. Sa garde à vue a été prolongée pour une période de 24 heures et fera l'objet d'un examen psychiatrique.
Le procureur précise que "en l'état des investigations et dans la mesure où l'intéressé n'a pas été entendu, nous ne disposons pas d'élément objectif susceptible la préméditation". Et d'ajouter: "Mais les choses peuvent encore évoluer".
Compte tenu de la "nature criminelle" des faits, une information judiciaire va être ouverte mardi 28 novembre, indique le parquet. La qualification de cette dernière doit encore être précisée.
• Le domicile de la mère visitée dans la nuit
Lors de sa conférence de presse, le procureur de la République de Créteil a indiqué que le domicile de la mère "a été visité" dans la nuit de dimanche à lundi, alors que cette dernière était auditionnée.
Une enquête en flagrance des chefs de "vol par effraction" et "violation de domicile" a été ouverte et confiée au commissariat de police de Boissy-Saint-Léger, en lien avec le Service de polie judiciaire du 94, saisit de l'affaire criminelle.
Le parquet indique que "d'importants moyens sont engagés afin de confondre le ou les auteurs et d'établir sur cette intrusion "présente un lien avec le retentissement de ce drame familial".











