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Paris: le musée du Quai Branly enquête sur la provenance des objets africains de sa collection

BFM L.R avec AFP
Quelques unes des oeuvres du royaume d'Abomey avant leur retour au Bénin, au musée du Quai Branly à Paris le 10 septembre 2021

Quelques unes des oeuvres du royaume d'Abomey avant leur retour au Bénin, au musée du Quai Branly à Paris le 10 septembre 2021 - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Acquis durant la période coloniale, une partie des 72.000 objets africains du musée du Quai Branly à Paris font l'objet d'une enquête sur leur provenance en vue d'éventuelles restitutions.

C'est 46.000 objets africains du musée du Quai Branly à Paris, acquis souvent par la force ou la coercition, mais pas toujours, durant la colonisation qui font l'objet d'un travail au long cours sur leur provenance en vue d'éventuelles restitutions.

Cette enquête est menée depuis 2019 par les conservateurs et chercheurs du musée en collaboration avec leurs homologues africains. Deux postes à plein temps, dédiés à ces recherches en provenance, ont été créés en 2023 et l'année dernière, selon le musée.

Fruit de cette collaboration, l'exposition "Mission Dakar-Djibouti (1931-1933), contre-enquêtes", qui débutera le mardi 15 avril, met pour la première fois en lumière les conditions d'acquisition de 3.600 objets collectés dans les années 30 par une célèbre mission ethnographique.

Une dizaine de pays demandent une restitution

Les recherches dans le cadre de la préparation de cette exposition ont permis au Mali, qui avait fait une demande de restitution à la France, d'identifier 81 objets, dont plusieurs réquisitionnés par la mission, répondant aux critères de restitution (acquis par la force ou la coercition), tandis qu'une trentaine d'autres sont encore à l'étude, selon le musée.

À ce jour, une dizaine de pays ont adressé des demandes à la France, selon le ministère de la Culture, qui distingue les requêtes "ciblées" sur des biens particuliers (Sénégal, Mali, Algérie...) et celles trop générales pour être instruites (Tchad ou Ethiopie).

En France, les collections publiques étant inaliénables, pour chaque demande de restitution et après examen de la provenance des oeuvres ou biens culturels, une loi est nécessaire pour permettre leur sortie.

Fin 2020, le Parlement a ainsi adopté un texte autorisant le retour définitif au Bénin de 26 oeuvres du trésor royal d'Abomey, prises de guerre françaises en 1892, intervenu en 2021.

"Les choses n'avancent pas aussi vite que prévu"

Paris avait déjà remis en 2019 à Dakar un sabre et son fourreau attribués à El Hadj Omar Tall, grande figure militaire et religieuse ouest-africaine du XIXe siècle, d'abord dans le cadre d'un prêt de longue durée. La loi permettant au Sénégal d'en récupérer la pleine propriété a été votée par le Parlement fin 2020.

Les autorités françaises ont consenti d'autres prêts de longue durée ("dépôts", l'objet restant la propriété de l'État français), comme celui du tambour parleur ivoirien, le Djidji Ayokwe, restauré sous l'égide du Quai Branly.

Fin 2020, une couronne de la reine Ranavalona III, qui était conservée au musée de l'Armée à Paris, a été remise à Madagascar selon la même modalité.

Une proposition de loi pour transformer le prêt du tambour ivoirien en restitution a été adoptée cette semaine en commission des Affaires culturelles du Sénat. Elle sera examinée le 28 avril en séance publique afin de répondre à la demande de la Côte d'Ivoire, qui réclame 148 oeuvres au total.

Pour éviter ces lois spécifiques, le président Emmanuel Macron s'était engagé à faire adopter une loi-cadre permettant de restituer des biens culturels sans passer par le Parlement. Adopté pour les biens spoliés par les nazis et les restes humains, ce projet est au point mort pour les objets coloniaux.

"Les choses n'avancent pas aussi vite que prévu, ce qui ne nous empêche pas d'instruire ces questions", a dit à l'AFP le président du musée du Quai Branly, Emmanuel Kasarhérou. "En ouvrant la porte aux restitutions", le discours de Ouagadougou du président Macron en 2017 a marqué un "tournant" dans la doctrine française et donné "une impulsion au travail du musée", a-t-il souligné.