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L'ex-directeur de Sciences Po Paris et son ancienne compagne jugés pour violences conjugales mutuelles

BFM S. B. avec AFP
Mathias Vicherat le 28/03/2022

Mathias Vicherat le 28/03/2022 - Thomas SAMSON / AFP

L'ancien directeur de Sciences Po Paris et son ancienne compagne comparaissent ce jeudi 24 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris pour des violences conjugales dont ils s'accusent mutuellement.

Près d'un an après le scandale qui avait secoué Sciences Po Paris, Mathias Vicherat, ancien directeur de l'établissement, ainsi que son ex-compagne, la réalisatrice Anissa Bonnefont, comparaissent tous deux ce jeudi 24 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris pour des violences conjugales dont ils s'accusent mutuellement.

Il est reproché à Mathias Vicherat deux faits de violences. Anissa Bonnefont est quant à elle renvoyée devant la 10e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris pour "violences régulières" à l'égard de l'ancien directeur de Sciences Po.

Ils s'accusent réciproquement de violences conjugales

Mathias Vicherat, 46 ans, "conteste formellement les faits qui lui sont reprochés", a déclaré à l'AFP l'une de ses avocates, Me Louise Bouchain. Anissa Bonnefont pour sa part reconnaît "des gifles", mais se dit victime d'une relation violente dans laquelle elle aurait été "mise sous contrôle" par son conjoint, a affirmé à l'AFP l'un des conseils, Me Guillaume Barbe, qui la défend avec Me Sébastien Schapira.

"Il lui a quand même démis l'épaule une fois, un doigt, mais il y a aussi trois strangulations et 50 jours d'ITT parce qu'il lui a 'arraché' le poignet", a-t-il détaillé, se disant "fasciné par la capacité de (Mathias Vicherat) à se dire innocent" des violences rapportées par son ex-compagne.

"On interdit à cette femme sa qualité de victime, on piétine une femme qu'on a déjà frappée", a également martelé Me Barbe, dénonçant "un retour en arrière" dans le traitement des violences faites aux femmes.

Mathias Vicherat et Anissa Bonnefont, qui s'accusaient réciproquement de violences conjugales, avaient été placés en garde à vue le 3 décembre 2023, avant d'être remis en liberté le lendemain. Aucun n'a finalement porté plainte. Une enquête préliminaire avait été ordonnée par le parquet de Paris, conduisant à leur renvoi devant le tribunal.

1.200 pages d'échanges SMS et WhatsApp

Après avoir un temps "proposé" sa "mise en retrait provisoire" de Sciences Po, Mathias Vicherat avait finalement présenté sa démission le 13 mars 2024 afin, disait-il, de "préserver" l'institution.

Selon un autre de ses avocats, Me Patrick Klugman, "au cours de l'année 2023 il a subi de manière régulière des violences dans le cadre de crises de jalousie de sa compagne". Des violences "habituelles" qui ont généré "une ITT psychologique de 30 jours", a souligné Me Klugman, assurant que son client n'avait "jamais répliqué, ni verbalement, ni physiquement".

"On n'a pas l'habitude, dans ces dossiers de violences conjugales, de voir un homme battu. Et pourtant, c'est la réalité de ce dossier-là", a-t-il avancé, ajoutant que "la seule chose (que Mathias Vicherat) souhaite aujourd'hui, c'est que son innocence soit reconnue et que son honneur soit rétabli".

Au total, plus de 1.200 pages d'échanges SMS et WhatsApp, constatés par huissier, ont été versées à la procédure par la défense de Mathias Vicherat.

Dans un message adressé à la communauté de Sciences Po, Mathias Vicherat avait contesté "les actes de violence qui ont été rapportés par la presse et sur les réseaux sociaux" et estimait que "la justice permettra(it) d'établir la réalité des faits".

Peu après son arrivée à la tête de Science Po, il avait décrété "priorité absolue" la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Sciences Po Paris cumule déboires et scandales autour de ses dirigeants depuis une dizaine d'années. Mathias Vicherat avait succédé en novembre 2021 à la tête de Sciences Po Paris à Frédéric Mion, contraint de démissionner en février de cette année-là pour avoir dissimulé les soupçons d'inceste visant le politologue Olivier Duhamel.