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Hapsatou Sy témoigne après sa plainte pour une agression raciste et dénonce la "responsabilité" de Bruno Retailleau

BFM Arthus Vaillant
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Hapsatou Sy a interpellé le ministre de l'Intérieur à la suite de l'agression qu'elle a subie au jardin d'acclimatation ce jeudi 8 mai. L'ancienne animatrice dénonce la "responsabilité" de Bruno Retailleau.

Plusieurs jours après avoir dénoncé une agression qu'elle dit avoir subie au Jardin d'acclimatation à Paris, Hapsatou Sy a interpellé, ce lundi 12 mai sur BFMTV, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, dénonçant sa "responsabilité".

Pour l'entrepreneuse, l'actuel ministre de l'Intérieur est "un ministre qui est en campagne pour lui-même mais pas pour le peuple". Elle affirme qu'il "n'est pas dans ses fonctions de ministre de l'Intérieur, d'assurer notre sécurité". Ajoutant: ""J'interpelle Bruno Retailleau et je lui demande: Qu'est-ce qu'on fait ? Il faut attendre que je sois tuméfiée ? Ça fait six ans que ça dure."

"Quand on voit des gens d'extrême droite tenir librement des propos qui nous divisent et qui font que l'on a cette ambiance nauséabonde, assez raciste et assumée, d'un certain nombre d'individus dans la rue, ça conduit à des situations comme celle que j'ai vécue", a-t-elle déclaré.

Retailleau, "quelqu'un qui divise énormément"

Bruno Retailleau est "quelqu'un qui divise énormément et qui a pour habitude de porter un discours qui fait qu'il y a des citoyens de première et de seconde zone", poursuit Hapsatou Sy.

Elle ajoute qu'elle se trouve dans cette seconde zone, à savoir "ceux qui ne méritent pas l'attention nécessaire quand il se passe des choses aussi graves que celles que je peux vivre, et ça je trouve ça extrêmement grave."

L'ancienne animatrice de télévision est revenue sur les faits, qui sont survenus ce jeudi 8 mai, alors qu'elle était avec ses enfants âgés de 5 et 8 ans. "Je suis en train de discuter avec mes enfants lorsqu'un homme se retourne et dit: 'Y'a Corinne.'", retrace-t-elle.

"3.000 messages d'injures par jour"

En 2018, l’ancienne chroniqueuse avait été injuriée par Éric Zemmour, alors polémiste, sur le plateau de Salut les Terriens en raison de son prénom.

Ce dernier lui avait intimé de se renommer “Corinne”. Il a été condamné en appel en mars 2024 pour injure à caractère raciste après avoir déclaré que le prénom porté par Hapsatou Sy était “une insulte à la France”

Selon le récit fait par Hapsatou Sy, l'homme est revenu "avec les mêmes propos" et a continué sur "300, 400 mètres". Elle ajoute: "Il va m'expliquer que j'ai eu tort d'attaquer Éric Zemmour, qu'il en est un fervent supporter, que c'était normal que je reçoive de la merde."

L'entrepreneuse dit recevoir "3.000 messages d'injures par jour" et déplore un harcèlement qui dure depuis six ans. Une situation qui l'a conduite à l'hôpital "avec des problèmes neurologiques, des arrêts de travail qui ont duré plusieurs années". Elle poursuit: "J'ai perdu mon métier, j'ai été mise au placard. Ce jour-là, j'ai refusé que devant mes enfants on puisse m'agresser."

"On a l'impression d'être stigmatisés en permanence, que notre vie n'a pas la même valeur que les autres. Des propos extrêmement lourds sont tenus et, à part nous indigner, on n'a pas le pouvoir ni les moyens de faire savoir que ce qu'on vit au quotidien est extrêmement pénible."

"C'est fatigant six ans à me laisser faire"

Durant l'altercation, qui va devenir "une sorte de corps-à-corps", l'animatrice subit "des insultes insupportables", dont le flot va prendre fin grâce à l'arrivée d'un agent de sécurité.

Alors que Hapsatou Sy sort son téléphone afin de prendre en photo le mis en cause, l'homme "continue, assume ses propos qui sont de plus en plus racistes". L'entrepreneuse explique avoir ensuite reçu un coup au poignet "d'un individu d'une violence inouïe" qui tente "d'arracher [son] téléphone".

Elle ajoute: "Il va me répéter 20 fois devant mes enfants d'aller me laver et demande mon adresse pour venir chez moi."

Une plainte pour cyberharcèlement

Des faits contestés par la défense du deuxième mis en cause. Dans un communiqué, le cadre au ministère de l'Intérieur assure être "brièvement intervenu pour apaiser les esprits" alors qu'il venait récupérer son fils dans le parc.

"À aucun moment il n’a invoqué sa qualité de policier. Il a pourtant été filmé sans son consentement par Madame Sy, qui lui a adressé des menaces explicites, notamment : 'Je t’attends à mon adresse dans 15 minutes, tu vas voir', provoquant une réaction isolée, audible dans la vidéo", écrit la défense.

Une plainte a été déposée pour "menaces réitérées" et "divulgation d’informations personnelles", indique l'avocate du mis en cause, indiquant qu'une seconde plainte pour "cyberharcèlement" allait être déposée. Son identité "a été largement diffusée, entraînant un cyberharcèlement intense et des menaces graves, qui l’ont contraint à déménager avec sa famille", poursuit la défense.

"J'aurais probablement fini à l'hôpital"

À la suite de cette seconde altercation, deux hommes vont ensuite s'interposer. Sans eux, "j'aurais probablement fini à l'hôpital", soutient Hapsatou Sy. "Pourquoi? Parce que je n'étais pas prête à me laisser faire. C'est fatigant six ans à me laisser faire."

De cette agression, Hapsatou Sy dénonce également le "silence assourdissant", notamment de la classe politique, "face à l'agression subie". Alors qu'elle a déposé plainte, aucune mesure de garde à vue n'a été ordonnée depuis. "Si j'avais eu le même comportement vis-à-vis de lui, j'aurais déjà été déférée", estime-t-elle.

Ajoutant: "ce que je trouve scandaleux, c'est qu'on ne pose pas de termes sur les agissements de ces gens-là et qu'on n'a pas derrière les actions adéquates." Auprès de BFMTV.com, le parquet de Paris indique que les deux hommes mis en cause par Hapsatou Sy ont également porté plainte pour "dénonciation calomnieuse et diffamation".