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Enregistrement de la BRAV-M: les policiers mis en cause plaident la "fatigue"

BFM S.Bo avec AFP
Des policiers de la BRAV-M interviennent lors d'une manifestation contre la réforme des retraites, le 23 mars 2023 à Paris

Des policiers de la BRAV-M interviennent lors d'une manifestation contre la réforme des retraites, le 23 mars 2023 à Paris - Thomas SAMSON © 2019 AFP

Dans un audio attribué à des membres de cette unité, des insultes et des propos humiliants sont proférés à l'encontre de jeunes manifestants tout juste interpellés.

Les policiers de la Brav-M enregistrés à leur insu ont plaidé "la fatigue physique et morale" pour expliquer leurs propos menaçants et humiliants envers des manifestants interpellés à Paris lors d'un cortège sauvage contre la réforme des retraites, selon des rapports internes consultés par l'AFP.

L'AFP a eu accès aux rapports de sept agents de la Brigade de répression de l'action violente motorisée intervenus le soir des faits, dans la nuit du 20 au 21 mars. Ces comptes rendus ont été rédigés entre le 25 mars, au lendemain de la révélation de l'audio par Le Monde et Loopsider, et le 31 mars, une semaine après. Ils sont adressés à leur commandant divisionnaire, chef de la 21e compagnie d'intervention dont sont issus les fonctionnaires.

Leur équipage, la "Brav-Mike 4", avait pris son service à 10H30, selon le gardien de la paix Yann C. Il est passé 23h quand lui et ses collègues interpellent sept jeunes, soupçonnés d'avoir mis le feu à des poubelles, et les regroupe à l'angle des rues du Béarn et des Minimes.

"Fatigue physique et morale"

Dans son rapport, le brigadier Benoît A., estime que, ce soir-là, "la fatigue physique et morale était à son seuil le plus élevé, nous contraignant à agir bien au-delà de nos capacités". Le gradé décrit "des vacations de 14 heures, voire 16 heures" durant lesquelles "nos besoins fondamentaux et vitaux n'ont pas été respectés, s'hydrater et se restaurer était très compliqué", écrit-il.

"Certains d'entre nous, moi inclus, ont dû prendre des médicaments afin de bloquer leur transit intestinal car il était impossible d'accéder et d'avoir le temps de se rendre aux toilettes", ajoute-il.

"A bout", "de plus en plus fatigué et irritable", "à fleur de peau", le policier Pierre L. reconnaît qu'il n'a pas agi "avec le professionnalisme habituel". C'est lui qu'on entend lancer à l'un des interpellés: "C'est le premier qui bande qui encule l'autre?". Le fonctionnaire n'y voit "aucune connotation sexuelle" mais "un combat de coqs verbal". Il ne voulait pas "laisser l'individu se sentir supérieur et gagner cette joute".

Les agents justifient leurs propos

Les policiers disent aussi avoir agi en réaction aux "provocations" et à l'"arrogance" de l'un des interpellés, Souleyman, principale cible des policiers dans l'enregistrement. La quasi-totalité des membres de l'équipage, comme le gardien de la paix Victor L., expliquent leur comportement en réaction à "son arrogance et ses provocations dans son ensemble". "Tu as pleuré comme une fillette", le moque le brigadier Benoît A. Une remarque sexiste "maladroite", reconnaît-il après coup.

Concernant la gifle que Souleyman dit avoir reçue, à laquelle un claquement audible dans l'enregistrement peut correspondre, Pierre L. assure avoir simplement agi en le "repoussant par le visage". "Tu en reveux peut-être une pour te remettre la mâchoire droite ?", l'entend-on dire dans l'audio.

Souleyman, étudiant tchadien de 23 ans, est installé en France depuis quatre ans. Le policier Yannis A. ironise sur son voyage et se demande s'il s'est "accroché à l'aile de l'avion". Une manière, affirme-t-il dans son rapport, de "décompresser sur les propos incohérents de Souleyman".

"Demain tu as une OQTF (obligation de quitter le territoire, ndlr) et c'est fini", lui lance aussi le policier Théo R. Ce n'était pas "une intimidation", écrit-il, mais "pour l'informer des risques judiciaires". Et quand il apprend que le jeune homme habite Saint-Denis, le même s'amuse: "Ca tombe bien on y va mercredi, on va le retrouver".

"Je voulais dire par là, vu que c'est son lieu d'habitation, et que nous y sommes parfois, il n'est pas impossible que nous croisions son chemin, sans pour autant dire que nous allons le harceler", justifie-t-il.

Ecartés de la voie publique mais pas suspendus

Certains évoquent également le "comportement très agité" voire "virulent" de Salomé, une jeune femme également membre du groupe interpellé.

Souleyman, 23 ans, et Salomé 22 ans, ont porté plainte contre les policiers. La plainte de Souleyman, qui rapporte qu'un policier l'a "attrapé par le sexe" et insulté en lui disant "t'as même pas de couilles", vise aussi des faits d'agression sexuelle et des infractions à caractère raciste.

Depuis la révélation des faits, les fonctionnaires ont été écarté de la voie publique et n'interviennent plus sur les manifestations, mais n'ont pas été suspendus. Deux enquêtes, administrative et judiciaire, ont été ouvertes et confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

"Je pense que cette enquête-là sera menée assez vite", avait déclaré le préfet de police Laurent Nuñez, dimanche. "Je le souhaite pour pouvoir prendre des décisions administratives le cas échéant."