Pourquoi les droits de douane américains inquiètent la filière équine normande

Assis dans son fauteuil en haut d'une butée, Charles-Henri Fermé observe avec attention le concours d'obstacles de Canteleu (Seine-Maritime). Il souhaite se positionner sur des chevaux afin de pouvoir ensuite les revendre.
Mais les annonces de hausse des droits de douane vers les États-Unis faites par Donald Trump début avril ont semé le trouble sur la pérennité de l'activité de ce cavalier, propriétaire du haras du Breuil avec sa femme.
"On est inquiets"
Les produits provenant de l'Union européenne sont taxés de 10% supplémentaires depuis que le président américain a annoncé ramener ses tarifs à ce plancher pendant 90 jours pour tous les pays (sauf la Chine). De quoi alarmer la filière équine locale, également concernée puisque les Américains raffolent des chevaux normands.
"On fait une vingtaine de naissances de poulains par an que l'on valorise pour les vendre. Avec ces nouvelles mesures, on est inquiets sur l'avenir. On ne sait pas trop sur quel pied danser: les Américains avec un fort pouvoir d'achat vont continuer d'acheter des chevaux chez nous car ils n'ont pas d'élevage mais on ignore s'ils vont dépenser moins ou s'ils vont venir autant", expose auprès de BFM Normandie Charles-Henri Fermé.
D'autant plus que ces taxes viennent s'ajouter aux frais d'une filière déjà en hausse. "Le coût d'un cheval augmente en permanence et notre marge n'est déjà pas énorme, alors 10% on le sent tout de suite… C'est un vrai changement", confirme Dorothée Amar, cavalière au haras de Néroli.
Une nouvelle hausse dans trois mois?
Ces droits de douane pourraient bien augmenter encore de 10% à la fin des 90 jours de sursis accordés par la Maison Blanche aux pays ayant accepté de négocier.
"20% supplémentaires, ce serait très, très conséquent, craint Elise Grandjacques Van Colen, organisatrice du Jumping international de Canteleu 4*. Pour un cheval de haut niveau, on passe d'un budget de 500.000 à 600.000 euros, et cela me semble aussi compliqué pour des chevaux des catégories entre 40.000 et 80.000 euros."
Malgré les incertitudes, Olivier Delloye tempère et tente de rassurer sur les conséquences de ces taxes. "Les achats américains représentent un peu moins de 10%, ce qui est quand même assez significatif. Mais une bonne moitié d'entre eux n'est pas exportée aux États-Unis et demeure en France", affirme ce directeur de la société de vente de chevaux Arqana, basée à Deauville.
En attendant d'y voir plus clair d'ici trois mois, certains éleveurs normands envisagent à terme de se replier sur d'autres pays pour vendre leurs équidés.













