Pourquoi les tempêtes de 1999 étaient si violentes?

Les deux tempêtes de décembre 1999, qui fait tant de victimes et de dégâts en France, étaient d'une violence exceptionnelle. - Mychelle Daniau - AFP
C’était il y a 15 ans et personne n’a oublié. Deux tempêtes d’une force inouïe balayaient une très grande majorité de la France. "Lothar", le 26 décembre 1999, et "Martin", les deux jours qui suivirent, allaient être à l’origine de la mort de 92 personnes, partout dans l’Hexagone. Les dégâts, eux, ont été considérables, allant jusqu'à profondément changer le visage des forêts françaises.
Ces deux dépressions de décembre 1999 forment, aujourd’hui encore, la plus grosse tempête hivernale que la France ait connue en plus de 30 ans. Une catastrophe qui poussa notamment Météo France à réformer son dispositif d'alerte, comme l’explique Pascal Brovelli, directeur adjoint de la prévision au sein de l'organisme national. Retour sur deux phénomènes d’une ampleur tout à fait exceptionnelle.
Des tempêtes "au caractère explosif"
Qu’est-ce qui a fait que les dépressions Lothar et Martin ont été aussi violentes en cette fin d’année 1999? "Il s'agissait de tempêtes océaniques, des phénomènes de plusieurs centaines de kilomètres de diamètre", se remémore Pascal Brovelli, directeur adjoint de la prévision au sein Météo France, interrogé par l’AFP.
A l’intérieur de ces phénomènes, sont apparus des "dépressions se renforçant avec des flux très forts et très rapides en haute altitude, prenant parfois un caractère explosif". Preuve en est, des rafales de vent de plus de 500 km/h avaient pu être mesurées vers 9.000 m d’altitude. Ce qui est absolument colossal. "L'observateur en était estomaqué", se souvient à ce titre ce spécialiste.
Des vents jusqu'à 198 km/h enregistrés sur l'île d'Oléron
"Lothar reste la tempête la plus sévère observée depuis 1980, car la plus étendue, touchant près de 60% du territoire, sur la moitié nord de la France", souligne ce prévisionniste. En revanche, Martin, "entrée plus au sud, au niveau de la Vendée" avait été plus violente avec des rafales "jusqu'à 198 km/h, sur l'île d'Oléron".
Près de 10 ans plus tard, la France était traversée par une autre tempête violente, Klaus, avec des vents atteignant les 190 km/h. "Mais l'emprise géographique avait été moindre, avec environ 18% du territoire", compare Pascal Brovelli.
D'une certaine manière, des tempêtes d'une telle intensité ont lieu chaque hiver: "Ce n'est pas exceptionnel", assure-t-il. Ce qui avait vraiment fait la différence, à cette période, était ce "caractère explosif, qui parfois éclate en amont, sur l'Atlantique".
Et à l'avenir?
Réchauffement climatique oblige, risquons-nous de revivre plus souvent ce genre de catastrophe? Difficile à dire. "Autant le réchauffement climatique est avéré, autant on ne constate pas une recrudescence des tempêtes", affirme encore le directeur adjoint de la prévision de Météo France.
Quoi qu'il en soit, le public est aujourd'hui mieux informé qu'il n'avait pu l'être à l'époque. "En 1999 les prévisions ont été plutôt bonnes, même si les prévisions étaient de l'ordre de 130 km/h quand on a observé du 160 km voire jusqu'à 198 km/h, mais pour les prévisionnistes c'était des valeurs hors normes et il était inenvisageable d'annoncer ce genre d'intensités", déclare Pascal Brovelli.
"Malgré tout, la prévision de 130 nécessitait déjà la plus grande vigilance mais la communication vers le grand public et même les autorités n'était pas bien adaptée: c'était un message textuel, qui ne permettait pas de donner un signal clair".
Un service de vigilances mis en place depuis
Météo France est aujourd'hui en mesure d'alerter plus facilement et plus clairement les habitants d'un potentiel risque. Moins de deux ans après les tempêtes de 1999, un mécanisme de vigilances, aujourd'hui connu de tous, a été mis en place. Doté d'un code de quatre couleurs, vert, jaune, orange et rouge, il a pour objectif de liste le caractère dangereux des phénomènes météo à venir dans les 24 prochaines heures.
"Depuis, on a eu 21 cas de 'vigilance rouge', surtout pour pluies et inondations, deux pour 'vents violents' (Klaus, et Xynthia en 2010)", énumère le météorologiste.
Pour ce faire, l'organisme national estime être en mesure de détecter "90% des phénomènes" avec "au moins trois heures d'avance". Reste à anticiper la violence des événements à venir. "Les tempêtes sont bien vues par nos modèles de prévision numériques, ce qui demande le plus d'expertise c'est ensuite de repérer celles qui seront les plus intenses", conclut-il.











