BFM
placeholder video

Une vie recluse et luxueuse à Moscou: à quoi ressemble le quotidien de Bachar al-Assad, un an après sa chute?

BFM Juliette Brossault
La Russie de Vladimir Poutine a offert l'asile à Bachar al-Assad après sa chute le 8 décembre 2024. Depuis, l'ex-dictateur syrien fait profil bas, intimé à la discrétion par le Kremlin qui assure sa sécurité, tout en profitant de la vie de luxe que lui permet sa fortune.

Le mystère plane autour de la situation de Bachar al-Assad. Depuis sa chute le 8 décembre 2024, l'ancien dictateur syrien est un fantôme. Pas de sons, pas d'images, peu d'informations, et des rumeurs.

Renversé par une offensive éclair menée par le groupe rebelle islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), désormais fondu au sein d'un nouveau gouvernement, le clan Assad a fui précipitamment la Syrie. Après 24 ans de règne, 13 ans de guerre civile et plus de 500.000 morts, Bachar al-Assad et sa famille ont trouvé refuge en Russie. À Moscou, plus précisément.

"Sa présence à Moscou ne semble guère faire de doute", nous indique Thomas Pierret, chercheur spécialiste de la Syrie à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, l'a confirmé en octobre dernier. "L'ancien président syrien Bachar al-Assad se trouve à Moscou pour des raisons humanitaires", a-t-il assuré devant la presse. "Lui et sa famille étaient menacés d'extermination".

Allié de Damas, le Kremlin le protège du sort réservé par ses ennemis, mais ne souhaite pas que ce gênant invité provoque des remous. Silence et discrétion sont de mise.

"Sa présence doit demeurer aussi discrète que possible"

"La Russie a rapidement établi des relations cordiales avec le nouveau pouvoir syrien et dans ce contexte, la présence d’Assad à Moscou est embarrassante pour le Kremlin. Cette présence doit donc demeurer aussi discrète que possible", estime Thomas Pierret. Vladimir Poutine avait déclaré qu’il "souhaitait rencontrer Bachar al-Assad": officiellement, cette rencontre n'a jamais eu lieu.

Tous les soirs dans Le Titre à la Une, découvrez ce qui se cache derrière les gros titres. Zacharie Legros vous raconte une histoire, un récit de vie, avec aussi le témoignage intime de celles et ceux qui font l'actualité.
Des "rues pleines de cadavres": que sait-on des massacres de civils en Syrie?
16:06

En revanche, le 15 octobre, Vladimir Poutine a reçu le nouveau président de transition syrien, Ahhmed al-Charaa, à Moscou. Malgré les intentions qui lui étaient données et le mandat d'arrêt émis en septembre par le ministère de la Justice syrien, l'ex-jihadiste de HTS s'est abstenu de réclamer publiquement la livraison de celui dont il a provoqué la chute, souligne Le Monde. La probabilité que le Kremlin, désireux de montrer les capacités de protection de ses alliés étrangers, accède à cette requête est de facto faible.

Bachar al-Assad et son cercle familial proche, dont ses trois enfants, sont protégés par les services secrets russes, le FSB. "Bachar al-Assad est placé sous une protection extrêmement renforcée", affirme l'OSDH. Ses déplacements sont probablement limités et ses prises de parole, inexistantes.

"Il y a un silence de Bachar al-Assad flagrant depuis son départ", note Myriam Benraad, politologue spécialiste du Moyen-Orient, contactée par BFMTV.

"Il n'y a pas eu d'appel aux loyalistes pour mener un contrecoup face aux rebelles, ni de réorganisation du régime défunt depuis l'extérieur", remarque-t-elle.

Son unique et dernière intervention publique remonte au 16 décembre 2024, soit huit jours après le renversement de son régime. "Mon départ de Syrie n'était pas prémédité et n'a pas non plus eu lieu durant les dernières heures de la bataille, contrairement à certaines allégations", a déclaré le "boucher de Damas" dans un communiqué, expliquant que Moscou avait exigé son "évacuation immédiate vers la Russie le dimanche 8 décembre au soir".

Depuis, rien. Son fils aîné, Hafez al-Assad, a quant à lui fait une apparition surprenante dans une vidéo en février dernier, authentifiée par plusieurs observateurs et par Franceinfo.

Le jeune homme, qui a soutenu une thèse de doctorat en mathématiques à l'université d'État de Moscou avant la chute de son père, s'est filmé se pavanant dans les rues de la capitale russe, à proximité du Kremlin. Dans cette vidéo publiée sur les réseaux sociaux, depuis supprimée, Hafez al-Assad détaillait leur départ précipité de Syrie, sans s'épancher sur leur nouvelle vie.

Bachar al-Assad, victime d'une tentative d'empoisonnement?

Peu d'informations ont circulé sur le quotidien du clan Assad. "Les Russes ne laissent pas fuiter grand-chose", souligne le chercheur à l'Aix-Marseille Université, Thomas Pierret, expliquant comme tous les spécialistes que nous avons contactés ne pas avoir d'éléments de réponse à nous donner, "hormis les quelques rumeurs rapportées par la presse".

Comme la tentative d'empoisonnement qui aurait ciblé l'ancien président syrien en septembre dernier. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), l'ex-dictateur a été transporté dans "un état critique en soins intensifs" dans un hôpital près de Moscou, le 20 septembre, après un "empoisonnement".

"Seuls les auteurs de l'attentat savent si l'opération visait à tuer Bachar al-Assad ou à discréditer le gouvernement russe", et "présenter Poutine comme incapable de le protéger", a déclaré le directeur de l'ONG dans un communiqué.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a de son côté assuré à la presse qu'"aucun empoisonnement n'avait eu lieu". "Bachar al-Assad, n'a aucun problème à vivre dans notre capitale. Si de telles rumeurs circulent, je les laisse sur la conscience de ceux qui les propagent", a-t-il lancé.

Une photo publiée par la présidence syrienne le 8 juillet 2022 montre le président syrien Bachar al-Assad et Asma al-Assad marchant avec leurs enfants, Hafez, Karim et Zein, dans la ville d'Alep, au nord de la Syrie.
Une photo publiée par la présidence syrienne le 8 juillet 2022 montre le président syrien Bachar al-Assad et Asma al-Assad marchant avec leurs enfants, Hafez, Karim et Zein, dans la ville d'Alep, au nord de la Syrie. © SYRIAN PRESIDENCY FACEBOOK PAGE / AFP

Un point d'interrogation est également posé sur l'état de santé de l'ancienne Première dame, Asma al-Assad. En mai 2024, la présidence syrienne annonçait que celle surnommée la "Rose du désert" était atteinte d'une leucémie, après s'être rétablie quelques années plus tôt d'un cancer du sein. Asma al-Assad s'est rendue à Moscou pour se soigner avant même la chute du régime syrien. Fin décembre 2024, le quotidien britannique The Telegraph assurait qu'elle avait été placée à l'isolement dans un établissement de la capitale russe.

Un exil luxueux

Le luxe dans lequel vit Bachar al-Assad - visé par trois mandat d'arrêt français pour complicité de crimes contre l'humanité et complicité de crimes de guerre - et sa famille laisse toutefois peu de doute. Nos confrères allemands de l'hebdomadaire Die Zeit ont touché du doigt la nouvelle vie recluse mais parée d'or de l'ex-dictateur. Selon leurs informations, le "boucher de Damas", vit dans un gratte-ciel de 300 mètres de haut, dans le complexe résidentiel "Ville des capitales", au coeur du riche quartier financier futuriste de Moscou, Moskva-City.

"Les appartements offrent des plafonds d'une hauteur traditionnelle de 3,2 mètres, des vues panoramiques sur la ville et des superficies allant de 103 à 269 mètres carrés", détaille une agence immobilière sur son site. Les résidents de ce complexe résidentiel ont accès à "l'ensemble des infrastructures de loisirs et de commerces" du quartier Moskva-City, dont les "centres commerciaux, restaurants, bars, parc aquatique et centre de remise en forme". "Une véritable ville dans la ville", décrit l'agence immobilière.

Les bâtiments du Centre international d'affaires de Moscou (Moskva City) à Moscou, le 4 septembre 2024.
Les bâtiments du Centre international d'affaires de Moscou (Moskva City) à Moscou, le 4 septembre 2024. © ALEXANDER NEMENOV / AFP

Les journalistes de Die Zeit ont pu visiter l'appartement de l'un de ces gratte-ciel, semblable à ceux occupés par le clan Assad. Lustres en cristal, bois précieux, équipements dernier cri, salle de bain en marbre de Carrare du sol au plafond, baies vitrées "à hauteur de nuages", "vue imprenable sur Moscou"... "Un appartement parfaitement adapté" à ceux "auparavant choyés dans des palais à Damas", résume Die Zeit.

Selon un ancien proche du clan Assad qui a accepté de parler à nos confrères allemands, Bachar al-Assad "occupe trois" de ces appartements de luxe et "séjourne également dans sa villa à l'extérieur de Moscou". Si l'ancien dictateur se rend parfois au centre commercial au rez-de-chaussée du complexe résidentiel, il passe "le reste de son temps à jouer à des jeux vidéo en ligne", selon cette source surnommée H.

Cet homme, qui dit avoir fui après l'éclatement de la guerre civile en 2011, indique que Bachar al-Assad emploie des gardes du corps d'une société de sécurité privée payée par le gouvernement russe pour assurer ses déplacements. Des informations que nous pouvons pas vérifier.

"On dit qu’il consacre son temps à la gestion de son patrimoine immobilier moscovite", avance par ailleurs le spécialiste Thomas Pierret.

Une partie de fortune de la famille Assad conservée en Russie

Le clan Assad, accusé d'avoir pillé les richesses de la Syrie, a accumulé des richesses dans le pays de Vladimir Poutine depuis plusieurs années.

En 2022, un rapport du département d'État américain évaluait la fortune de Bachar al-Assad et sa famille "entre 1 et 2 milliards de dollars". De l'argent "provenant d'activités économiques illicites telles que la contrebande, le trafic d'armes, le trafic de drogue et les activités de racket et d'extorsion" qui est blanchi grâce à un "système de clientélisme complexe" et des "sociétés-écrans".

Selon la politologue Myriam Benraad, autrice du livre La Loi du Talion (Ed. L'artilleur), la famille Assad aurait investi dans des biens immobiliers en Russie dès les années 90, sous le règne du père Hafez al-Assad, resté 29 ans au pouvoir et auquel Bachar al-Assad a succédé.

Le quotidien britannique Financial Times assure qu'entre 2018 et 2019, le régime Assad, "redevable au Kremlin pour son soutien militaire" et visé par des sanctions occidentales, a transféré par avion environ 250 millions de dollars en espèce à Moscou, "près de deux tonnes de billets de 100 dollars et de 500 euros". Selon le quotidien économique, "au moins 18 appartements de luxe" ont alors été achetés à Moscou par "la famille élargie d'Assad".

Les Assad "sont bien installés et profitent de l'argent qu'ils ont volé", assure H.,l'ancien ami de la famille à Die Ziet. "Le peuple syrien ne signifie rien pour eux".