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"Une campagne systématique d'intimidation": en Iran, des familles de victimes sous pression des autorités

BFM J.Bro avec AFP
Une image tirée d'une vidéo diffusée par Iran Press le 12 janvier 2026 montre des manifestants pro-gouvernementaux rassemblés sur la place Enghelab (Révolution) dans le centre de Téhéran (Iran) pour manifester leur soutien à la République islamique.

Une image tirée d'une vidéo diffusée par Iran Press le 12 janvier 2026 montre des manifestants pro-gouvernementaux rassemblés sur la place Enghelab (Révolution) dans le centre de Téhéran (Iran) pour manifester leur soutien à la République islamique. - Photo par - / IRAN PRESS / AFP

Après la répression du mouvement de contestation contre le pouvoir en Iran qui a fait plusieurs milliers de morts, les autorités recourent à des méthodes d'intimidation et d'extorsion visant les familles endeuillées.

Quand Hossein Mahmoudi, 36 ans, a été tué lors des manifestations contre le pouvoir en Iran, sa famille n'a pas pu faire son deuil, confrontée comme de nombreuses autres à "une campagne d'intimidation" des autorités selon des ONG.

Il a été abattu par balles par les forces de sécurité le 8 janvier à Falavarjan, près de la ville d'Ispahan (centre) mais ce n'est qu'une semaine plus tard que sa famille a pu récupérer son corps, relate Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, qui a enquêté sur son cas.

Et les autorités n'ont accepté de le rendre qu'après avoir extorqué à la famille l'engagement de ne pas prendre la parole publiquement et une somme équivalente à 2.400 euros, selon IHR.

Des ONG affirment que, à l'instar de la famille d'Hossein Mahmoudi, de nombreuses personnes tentant de récupérer les corps de leurs proches vivent des situations similaires dans les morgues du pays, débordées par l'afflux de dépouilles, comme l'illustrent des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

"Une campagne systématique d'intimidation et de contrainte"

Après la répression qui a fait plusieurs milliers de morts à la suite du récent mouvement de contestation en Iran, les autorités recourent désormais à des méthodes d'intimidation et d'extorsion visant les familles endeuillées, affirment les groupes de défense des droits humains.

"Les familles des personnes tuées ou détenues sont la cible d'une campagne systématique d'intimidation et de contrainte", alerte Amnesty International.

"De nombreuses familles ont été informées que les dépouilles de leurs proches ne leur seraient rendues qu'en échange de sommes d'argent exorbitantes, et à condition qu'elles signent des engagements ou fassent des déclarations publiques mensongères expliquant qu'ils étaient membres" de la milice paramilitaire des Bassidj, dénonce l'ONG.

Amnesty a également affirmé avoir connaissance d'au moins un cas dans lequel une famille n'avait "pas pu récupérer la dépouille plus de deux semaines après sa mort, car elle n'avait pas les moyens de payer la somme exigée par les autorités".

La rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Mai Sato a affirmé vendredi avoir reçu des informations similaires, et a dénoncé des "pratiques cruelles qui ajoutent au deuil l'extorsion".

Les autorités iraniennes reconnaissent que des milliers de personnes ont été tuées lors des manifestations, avançant un bilan de plus de 3.000 morts, mais affirment que la grande majorité était des forces de sécurité ou passants tués par des "émeutiers", comme elles qualifient les manifestants.

Les ONG affirment pour leur part que le bilan est bien plus élevé, potentiellement des dizaines de milliers de morts, et que des manifestants ont été tués par les forces de sécurité qui leur ont directement tiré dessus. Des estimations émanant de médecins basés hors d'Iran, font état d'au moins 33.000 morts, rappelle The Guardian soulignant "les efforts concertés des autorités pour dissimuler l'ampleur réelle du bilan".

"Les témoignages provenant des morgues, des cimetières et des hôpitaux du pays révèlent des corps transportés dans des camions de glaces et des camions de viande; des piles de morts enterrées à la hâte; et des centaines de corps qui disparaissent apparemment du réseau d'établissements médico-légaux iraniens", décrit le média britannique.

"Verser des sommes d'argent ou signer des aveux forcés"

Le groupe de défense des droits humains Hengaw, basé en Norvège, a documenté le cas d'Ali Taherkhani, 31 ans, abattu selon l'ONG par les forces de sécurité dans la ville de Takestan, au nord-ouest de Téhéran. Les autorités n'ont remis le corps de Taherkhani à sa famille qu'après l'avoir contrainte à payer l'équivalent de 18.000 euros et à retirer les banderoles de condoléances.

Son inhumation s'est déroulée sous haute sécurité, avec seulement quatre membres de la famille autorisés à y assister, tandis qu'un grand nombre d'agents armés étaient présents, a indiqué Hengaw. "De nombreuses familles n'ont pu identifier les corps de leurs proches qu'après des jours de recherches parmi de nombreuses dépouilles dans les chambres froides des morgues", a ajouté l'ONG.

"Pour récupérer les corps, la plupart des familles ont été contraintes soit de verser des sommes d'argent, soit de signer des aveux forcés affirmant que leur enfant était membre du Bassidj, ou déclarer faussement que la personne avait été tuée par des manifestants", a-t-elle précisé.

Les autorités ont tenu à veiller à ce que les funérailles, qui, en islam, doivent avoir lieu le plus tôt possible, ne se transforment pas elles-mêmes en manifestations. Des images largement diffusées le 11 janvier depuis Behesht-e Zahra, le principal cimetière de Téhéran, ont montré des personnes en deuil scandant des slogans contre le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Les familles subissent des pressions des autorités "pour enterrer leurs proches au milieu de la nuit et en présence des forces de sécurité", a déclaré Amnesty, ajoutant avoir également reçu des informations faisant état d'inhumations collectives visant à empêcher la tenue de funérailles individuelles.

Patrouilles dans les rues, arrestations dans les hôpitaux...

Plus globalement, Amnesty International a dénoncé dans son dernier communiqué du 23 janvier, "une répression fortement militarisée pour dissimuler les massacres". Sur l'ensemble du territoire. Des "unités lourdement armées" ont été déployées, patrouillant dans les villes et sur les routes. Les contrôles routiers, les fouilles de véhicule et de téléphones portables sont légion.

Des milliers de personnes ont ainsi étéêtées après le mouvement de contestation, que ce soit "lors de raids nocturnes à domicile, aux points de contrôle, sur leurs lieux de travail" et même dans les hôpitaux.

"Un défenseur des droits humains en Iran a déclaré à Amnesty International que les forces de sécurité de la province d'Ispahan avaient ordonné au personnel médical des hôpitaux de les informer de tout patient blessé par balles ou par des plombs", est-il précisé dans ce communiqué. Le personnel médical est également menacé de poursuite pour avoir soigné des manifestants blessés.

Le sort de nombreuses personnes arrêtées demeure inconnu à ce stade. Amnesty International souligne que, selon "des sources bien informées", des détenus ont été soumis "à la torture", "à des passages à tabac, des violences sexuelles, des menaces d'exécutions sommaires" ou encore "au refus délibéré de leur fournir une alimentation, de l'eau et des soins médicaux adéquats".