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Margaret Thatcher, la Dame de fer qui n'aimait pas les gants de velours

BFM Philippe Gril avec Reuters
Margaret Thatcher

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Le monde selon Trump
Comme Winston Churchill, Margaret Thatcher, décédée ce lundi, aura marqué l'histoire de la Grande-Bretagne et au-delà, du 20e siècle. Sous sa houlette, le Royaume-Uni a fait un saut douloureux dans le libéralisme. Idolâtrée autant que détestée, la Dame de fer était une personnalité unique.

Margaret Thatcher, décédée lundi à l'âge de 87 ans, a profondément transformé la société britannique en onze ans de règne qui ont valu à la « Dame de fer » une haine et une idolâtrie aussi tenaces l'une que l'autre. Vingt-trois ans après avoir été chassée du pouvoir lors d'une « révolution de palais » en 1990, l'ancien Premier ministre continuait de susciter les passions, portant sans relâche la « bonne parole » dans le monde entier, devant des auditoires généralement plus acquis à ses vues que ses compatriotes.
Sa brève hospitalisation en décembre 2005 l'avait replacée un temps sous les feux de la rampe, mais c'est surtout sur son héritage politique que les historiens comme les citoyens britanniques continuent de se quereller.

Une semaine de vacances par an

Fille d'épicier, celle que la presse soviétique a baptisée un jour la « Dame de fer » fut la première - et à ce jour la seule - femme britannique à avoir dirigé le gouvernement, où elle a en outre établi un record de longévité. Surtout, elle a imposé sa marque au pays plus que tout autre depuis Winston Churchill, héros de la Seconde Guerre mondiale.
Portant en permanence un sac à main, la coiffure impeccable, Margaret Thatcher a mené sa croisade sans état d'âme ni faiblesse, martelant ses convictions d'une voix traînante si caractéristique qu'elle fit le délice des imitateurs et des caricaturistes.
Bourreau de travail, elle alignait des journées de 18 heures et la politique était sa seule passion. Elle buvait peu, mangeait encore moins, ne fumait pas et s'accordait de mauvaise grâce une semaine de vacances par an.

Un an de grèves… qui ne la feront pas céder

Le 3 mai 1979, après un « hiver du mécontentement » qui signa la fin d'un gouvernement travailliste impuissant face aux grèves et aux syndicats, elle remporte les élections générales avec une majorité de 43 sièges à la Chambre des communes. D'emblée, elle s'attelle à un ambitieux programme de réformes économiques et sociales. Son but est d'enrayer le déclin industriel, de juguler l'inflation, de soulager la pression fiscale et de réduire le rôle de l'Etat.
En 1981, un sondage fait d'elle le Premier ministre britannique le plus impopulaire de tous les temps. Mais six ans plus tard, elle remportera ses troisièmes élections générales d'affilée avec une confortable majorité de 101 sièges. Dans sa guerre pour le libéralisme économique, Margaret Thatcher livre une féroce bataille contre des syndicats traditionnellement influents. En 1984, les mineurs cessent le travail. Ils tiendront un an. Elle ne cédera pas.
Autre volet marquant de sa politique : la privatisation de monopoles d'Etat déficitaires. Sous son autorité, les compagnies nationales du gaz, du pétrole, de l'acier et du téléphone sont passées dans le secteur privé. Sans parler des aéroports et de la compagnie aérienne nationale, British Airways.

Autoritarisme

C'est sous son règne que débutèrent les travaux de creusement du tunnel sous la Manche. Pendant que la Dame de fer pestait contre tout abandon de souveraineté au profit de l'Europe, la Grande-Bretagne perdait un peu de son insularité. Après quinze ans de règne sans partage sur le Parti conservateur et onze sur le gouvernement, elle quittait le 10 Downing Street en 1990 sous la pression de ses adversaires et notamment d'un de ses anciens ministres Michael Heseltine, qui avait dénoncé son autoritarisme. Elle devait se retirer de la Chambre des communes en 1992.
Selon sa fille Carol, qui a publié des mémoires en feuilleton dans la presse durant l'été 2008, Margaret Thatcher souffrait de troubles mentaux depuis 2001. L'année suivante, ses médecins lui avaient conseillé de ne plus prendre la parole en public. Le décès de son mari Denis, en 2003, avait constitué pour elle une épreuve particulièrement difficile.