Manifestation à Tunis dans l'attente d'un gouvernement

Les forces de sécurité tunisiennes ont tiré en l'air et fait usage d'un canon à eau lundi dans le centre de Tunis pour disperser un millier de manifestants réclamant la mise à l'écart du parti au pouvoir. /Photo prise le 17 janvier 2011/REUTERS/Zohra Bens - -
par Tarek Amara et Christian Lowe
TUNIS (Reuters) - Les forces de sécurité tunisiennes ont tiré en l'air et fait usage d'un canon à eau lundi dans le centre de Tunis pour disperser un millier de manifestants réclamant la mise à l'écart du parti au pouvoir.
Trois jours après la fuite précipitée du président Zine Ben Ali, son Premier ministre Mohamed Ghannouchi, maintenu à son poste par le président par intérim Fouad Mebazaa, s'apprête à annoncer la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Mohamed Ghannouchi est membre du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), un parti dénoncé par un millier de manifestants lundi matin avenue Bourguiba aux cris de "A bas le RCD" ou "A bas le parti de la dictature".
Les forces de l'ordre sont intervenues à l'aide d'un canon à eau, de tirs de sommation et de gaz lacrymogènes pour tenter de les disperser.
Les nouveaux dirigeants s'efforcent de stabiliser rapidement la situation politique pour écarter le risque de nouvelles émeutes et étouffer les derniers fidèles de Ben Ali.
Les forces spéciales tunisiennes ont ainsi livré bataille dimanche avec des membres de l'ancienne garde de Ben Ali près du palais présidentiel à Carthage, en banlieue nord de Tunis, a-t-on appris de source militaire.
Des coups de feu ont été entendus dans la nuit, jusqu'à 03h00 du matin dans le faubourg d'El Omrane, rapporte un correspondant de Reuters.
Des habitants disent avoir vu des individus en voiture, à moto ou à pied tirer des coups de feu, apparemment à l'aveugle, avant de disparaître. Des habitants sont montés sur les toits à la recherche de francs-tireurs signalés par des rumeurs.
NOUVELLE PAGE
Dans une brève allocution, Mohammed Ghannouchi a déclaré dimanche que le nouveau gouvernement d'unité "ouvrira une nouvelle page de l'histoire de la Tunisie".
Selon des sources proches des négociations, les opposants Najib Chebbi, Moustafa Ben Jaafar et Ahmed Ibrahim participeront au nouveau gouvernement dans lequel les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur sortants conservent leur poste.
Nadjib Chebbi, chef de file du Parti démocratique progressiste (PDP), devient ministre du Développement régional. Moustafa Ben Jaafer, président du Forum pour le travail et la liberté, est à la Santé tandis qu'Ahmed Ibrahim, du parti Ettajdid, récupère le portefeuille de l'Enseignement supérieur.
Ahmed Friaa a été nommé à l'Intérieur la semaine dernière à la suite du limogeage de son prédécesseur sur ordre de Ben Ali.
Mais la présence d'anciens membres du gouvernement est dénoncée par la rue. "Ce sont les mêmes qu'avant", dit ainsi un homme, qui refuse de donner son nom.
Des chars ont été stationnés dans Tunis et des soldats ont été déployés pour protéger les bâtiments publics, rouverts pour la première fois depuis jeudi dernier.
A la tombée de la nuit, les habitants de la capitale ont érigé des barrages de fortune dans les rues à l'aide de branches d'arbre et de poubelles afin de lutter contre les pillages.
"Nous nous sommes déployés dans les rues en portant des vestes blanches pour pouvoir nous reconnaître entre nous. On a signalé notre présence à la police en lui précisant que nous étions habillés en blanc car c'est le couvre-feu (...) certains ont apporté des bâtons et nous avons ramassé des pierres", a dit un homme à Reuters.
Les émeutes qui ont conduit au départ de Ben Ali se sont calmées et les dirigeants politiques, dont la plupart soutenaient auparavant le président déchu, tentent de prouver leur détermination à organiser les élections promises.
Les opposants exigent un certain nombre de garanties: la tenue d'un scrutin présidentiel libre censé avoir lieu dans deux mois maximum, des délais suffisants pour mener campagne, l'instauration d'un régime démocratique desserrant l'étreinte du
RCD.
Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser













