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Letta rencontre Berlusconi, objectif: un gouvernement ce week-end

Enrico Letta rencontre ce samedi Silvio Berlusconi et d'autres dirigeants du centre droit italien pour aplanir les divergences sur la composition du gouvernement de grande coalition qu'il a été chargé de former. /Photo prise le 24 avril 2013/REUTERS/Max R

Enrico Letta rencontre ce samedi Silvio Berlusconi et d'autres dirigeants du centre droit italien pour aplanir les divergences sur la composition du gouvernement de grande coalition qu'il a été chargé de former. /Photo prise le 24 avril 2013/REUTERS/Max R - -

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par James Mackenzie ROME (Reuters) - Enrico Letta rencontre ce samedi Silvio Berlusconi et d'autres dirigeants du centre droit italien pour aplanir...

par James Mackenzie

ROME (Reuters) - Enrico Letta rencontre ce samedi Silvio Berlusconi et d'autres dirigeants du centre droit italien pour aplanir les divergences sur la composition du gouvernement de grande coalition qu'il a été chargé de former.

Le numéro deux du Parti démocrate (PD, centre-gauche), désigné mercredi par Giorgio Napolitano pour mettre fin à deux mois de blocage politique né des législatives de février, veut aller vite et espère être en mesure de soumettre un gouvernement à un vote de confiance des parlementaires dès lundi.

Mais des désaccords sur l'attribution de certains ministères et sur la politique fiscale retardent la composition d'un gouvernement de large entente.

Berlusconi et son parti, Peuple de la liberté (PDL), réclament notamment l'abolition de la taxe sur les résidences principales (ou impôt municipal unique, Imu) réintroduite l'an dernier par le gouvernement de Mario Monti. S'ils obtenaient gain de cause, cela représenterait un manque à gagner fiscal de l'ordre de 8 milliards d'euros cette année.

Vendredi, Enrico Letta, 46 ans, plus jeune président du Conseil depuis Giovanni Goria en 1987, s'est dit déterminé à parvenir à un accord.

La décision de l'agence Moody's de maintenir la note de la dette italienne (à Baa2) lui a apporté un peu de soulagement. Autre encouragement: les taux auxquels l'Italie se financent sur les marchés de la dette, dont la flambée en 2011 avait précipité la chute de Berlusconi, sont tombés à leur plus bas depuis plus de deux ans.

Mais les perspectives demeurent négatives, et Moody's anticipe ainsi une contraction de 1,8% du PIB italien cette année.

Enrico Letta a indiqué que ses priorités allaient à la création d'emplois et à l'aide aux PME, ainsi qu'à la réforme des institutions, et notamment du code électoral. L'égalité des prérogatives accordée aux deux chambres du Parlement a conduit à l'impasse actuelle. Car si le PD est majoritaire à la Chambre des députés, aucun parti ne contrôle le Sénat.

Il souhaite aussi "changer le cap des politiques européennes d'austérité", a-t-il dit le jour de sa nomination, mercredi.

Sur ce point, sa position rejoint celle de Silvio Berlusconi qui entend lui aussi mettre de côté l'obsession de l'Union européenne pour l'austérité afin de privilégier des mesures de relance de la croissance économique et de l'investissement.

Mais la composition du gouvernement montrera plus clairement comment l'équipe Letta pourrait travailler.

LE CONSEIL DE BERSANI

Berlusconi, cerné par les affaires judiciaires (fraude fiscale, prostitution de mineure et abus de pouvoir), prône un gouvernement dans lequel certains de ses proches alliés trouveraient leur place et ne veut pas d'un nouveau gouvernement de "techniciens" prolongeant l'expérience Monti.

Il aimerait ainsi que le ministère de l'Economie soit confié à Renato Brunetta, actuel chef du groupe PDL à la Chambre des députés et ancien professeur d'économie réputé pour sa pugnacité, et qu'Angelino Alfano, secrétaire général du PDL, occupe lui aussi une place de choix, pourquoi pas vice-président du Conseil.

En ce qui le concerne personnellement, "Il Cavaliere" demande à faire partie du groupe qui sera chargé des réformes institutionnelles. Il souhaite notamment que le chef de l'Etat soit élu au suffrage universel direct, à l'instar de ce qui se passe en France depuis 1962.

Dans une interview diffusée vendredi soir par la chaîne de télévision La7, Mario Monti a dit pour sa part avoir conseillé à Enrico Letta de ne placer aucun responsable politique de premier plan à la tête des principaux ministères pour réduire le risque de tensions.

Reste aussi le cas du Parti démocrate, sorti en lambeaux du fiasco de l'élection présidentielle au suffrage indirect.

Une partie de ses membres opposent une forte résistance à l'idée même d'un accord avec Berlusconi, leur ennemi juré depuis 1994.

Samedi, Pier Luigi Bersani, qui a démissionné de la tête du PD après avoir été incapable de tenir ses troupes, a conseillé à Letta de n'accepter aucun accord avec Peuple de la liberté, rapporte une source informée du contenu de leur conversation.

Mais sans accord, l'Italie n'aurait guère d'autre choix qu'un retour aux urnes pour des élections anticipées. Une perspective désastreuse pour le centre gauche qui, à en croire un sondage SWG diffusé vendredi, est désormais devancé de cinq points par le parti de Berlusconi.

Le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) se tient quant à lui à l'écart de ces tractations. Pour Beppe Grillo, la création d'une coalition droite-gauche serait "une orgie digne du meilleur des bunga bunga", ces fêtes privées organisées par Berlusconi.

Avec Roberto Landucci et Paolo Biondi; Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse