Les enfants-soldats de Daesh racontent l'horreur

Un homme marche parmi les ruines de Raqqa, "capitale" de Daesh pendant trois ans, le 16 janvier 2018 (photo d'illustration) - Delil Souleiman-AFP
Ils ne sont pas encore des hommes mais ils ont combattu dans les rangs de Daesh. Des jeunes incarcérés dans un centre de détention pour mineurs d'Erbil, au Kurdistan irakien, racontent au Figaro les années qu'ils ont passées au sein de l'organisation terroriste.
"Je n'avais pas les moyens d'acheter une femme"
Adel a eu 18 ans en prison. Il a été condamné à un an et trois mois de prison après s'être rendu aux peshmergas kurdes. Le jeune homme assure avoir intégré volontairement les rangs de l'organisation terroriste à l'âge de 15 ans.
"Je les ai rejoints pour leurs idées (...) J'allais à l'école et je n'avais aucun problème. Beaucoup de jeunes étaient, comme moi, fascinés par les hommes de Daesh. Ils m'ont donné un uniforme, une Kalachnikov. J'ai appris à manier les explosifs, les armes, à me battre. J'ai vu beaucoup d'exécutions, de décapitations et de tortures. Des homosexuels étaient jetés du haut des immeubles."
Il évoque également le marché aux esclaves. "Il y avait bien des épouses à vendre à Mossoul. Mais elles étaient surtout destinées aux cadres de Daesh. Avec ma solde de 50 dollars par mois (...) je n'avais pas les moyens d'acheter une femme." Adel doit être libéré prochainement.
"Les Français sont les plus durs"
Basir a été libéré après six mois dans ce centre. Il travaille actuellement dans un garage d'Erbil. Ce jeune homme de 17 ans assure n'avoir fait que "défendre" les membres de Daesh "car la charia est la base de l'islam", selon lui. Il a été suivi trois mois par des travailleurs sociaux puis considéré comme déradicalisé bien qu'il refuse toujours de serrer la main aux femmes ou d'écouter de la musique.
Mustafa, 17 ans, s'est lui aussi engagé volontairement au sein du groupe jihadiste.
"Les hommes de Daesh m'ont proposé de commettre un attentat suicide. J'ai refusé. Ils n'ont pas insisté. Il y avait beaucoup de candidats. Je voulais mourir au combat les armes à la main. J'ai eu une formation en trois étapes: la charia, l'entraînement physique, puis le tir. Ils m'ont donné une Kalachnikov et 50 dollars par mois. J'ai combattu pendant six mois en première ligne à Mossoul. Sur le front, j'ai rencontré beaucoup d'étrangers. Les Français sont les plus durs. Ils sont plus cruels. Ils n'hésitent pas. Ils ne doutent pas. Moi, après avoir vu autant de morts et de massacres, j'ai flanché et j'ai eu peur."
"Ils sont toujours dangereux"
Difficile de faire face pour la directrice de ce centre qui accueille 460 prisonniers pour 120 places. "Nous sommes débordés. Cependant, nous nous efforçons d'apporter de l'aide à ces enfants manipulés, en commençant par les traiter comme des êtres humains", confie-t-elle au Figaro.
"Ces enfants soldats sont un nouveau phénomène pour nous. Ils sont arrivés massivement dès le mois d'août 2017 après la chute de Mossoul. Ils se sont sauvés et ont été arrêtés par les forces kurdes. Nous avons toujours connu l'extrémisme en Irak mais nous n'étions pas préparés à de tels profils en si grand nombre."
Dans ce centre de réhabilitation et de déradicalisation, ils apprennent un métier avant d'être libérés. Mais rares sont ceux à exprimer des regrets. Même l'un des surveillants, membre de l'antiterrorisme, n'y croit pas. "Ils répètent tous la même chose. Ils sont toujours dangereux."













