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Les Bélarusses découvrent le fromage français grâce à l'embargo russe

BFM M. P. avec AFP
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L'embargo alimentaire des produits de l'Union européenne en Russie a une conséquence inattendue sur le quotidien des Biélorusses. Les habitants de "la dernière dictature d'Europe" découvrent ainsi le camembert, le jambon espagnol ou les pâtes italiennes, devenus abordables.

Les fromages français, le chocolat belge et suisse, le sucre candi allemand et de vraies pâtes italiennes: les Biélorusses découvrent ces délices fabriqués en Union européenne, grâce à l'embargo alimentaire russe.

Frappée par de lourdes sanctions occidentales, la Russie, que les Etats-Unis et l'UE accusent d'être impliquée dans le conflit en Ukraine, a interdit début août l'importation des produits alimentaires des pays qui la sanctionnent, en signe de représailles.

Face à cet embargo sans précédent, les fournisseurs se sont massivement tournés vers le Bélarus (ou Biélorussie) voisin, où le camembert et le jambon espagnol étaient jusqu'ici un rêve inaccessible. Ils étaient vendus uniquement dans des supermarchés haut de gamme à des prix deux à trois fois plus élevés qu'en Europe.

La découverte du brie et du parmesan

"Merci Vladimir Poutine!", lance l'ingénieur Vladimir Nesterovitch, en achetant une boîte de gâteaux italiens pour son fils à 1,70 euro, dans un supermarché de Minsk.

Alors que les prix de certains produits alimentaires en Russie se sont envolés depuis la mise en place de l'embargo, les Biélorusses ordinaires peuvent se régaler désormais avec du brie ou du parmesan sans trop dépenser.

Bannis soudainement du vaste marché russe, les exportateurs européens soucieux de vendre leurs produits coûte que coûte baissent donc les prix en Biélorussie. "Je n'avais jamais mangé de fromages fabriqués à l'étranger", avoue Alexandre Vasiliev, maître de conférence à Minsk.

Pêches et poivrons à un euro le kilo

"Maintenant j'achète du mascarpone et je l'étale sur mon pain chaque matin. Il s'avère qu'il est délicieux et je n'ai pas faim jusqu'à l'heure du déjeuner", raconte Vasiliev. Différentes sortes de mascarpone ont fait un tabac parmi les clients, confirme une responsable des ventes de ce supermarché de la capitale bélarusse, tout comme les pêches et les poivrons proposés à 1 euro le kilo. "Pendant cette saison, j'achète autant de fruits et de légumes importés que je veux", se réjouit le retraité Andreï Fokine.

Ce boom des ventes d'aliments importés intervient en dépit des rappels réguliers de la télévision publique biélorusse, selon laquelle les produits locaux sont les meilleurs.

Entre 80 et 85% de produits nationaux

Dirigé d'une main de fer par le président autoritaire Alexandre Loukachenko depuis 1994, le Bélarus a été frappé à plusieurs reprises par des sanctions de l'UE qui l'accuse notamment de réprimer l'opposition.

Selon le programme national de sécurité alimentaire, entre 80% et 85% des produits consommés dans ce pays de 9,5 millions d'habitants doivent être fabriqués au Bélarus. Les Biélorusses, qui dépensent en moyenne plus de 40% de leurs revenus pour la nourriture, ne se plaignent aujourd'hui que du prix des alcools produits en Europe. "C'est honteux pour Poutine de ne pas avoir décrété d'embargo sur l'alcool aussi!", s'exclame M. Nesterovitch.