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Europe : ces peuples qui disent non dans la rue

BFM La Rédaction, avec Thomas Chupin
Une manifestation contre l'austérité a opposé policiers et lanifestants mardi soir à Madrid.

Une manifestation contre l'austérité a opposé policiers et lanifestants mardi soir à Madrid. - -

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Le monde selon Trump
Mardi soir, une manifestation du mouvement des Indignés a dégénéré à Madrid. Au Portugal, 100 000 personnes ont manifesté ce week-end alors que la grève générale se poursuit en Grèce. Les mesures d’austérité provoquent un « ras-le-bol » de la population déjà touchée par la crise.

Plusieurs milliers de manifestants du mouvement des Indignés se sont une nouvelle fois rassemblés mercredi soir près du Congrès des députés à Madrid, aux cris de "Gouvernement démission", face à un fort dispositif policier. Avant mardi, une première manifestation avait été marquée par des affrontements ayant fait plus de 60 blessés, dont 27 policiers et l'interpellation de 35 personnes.

En Grèce, Athènes a vu hier son énième journée de grève générale, ponctuée d'un gros rassemblement de 70 000 personnes dans le centre-ville. Le week-end dernier, le Portugal a vu sa première manifestation de masse (au moins 100 000 personnes), qui a d'ailleurs fait reculer le gouvernement sur une de ses propositions d'austérité (augmentation des cotisations payées par les salariés et abaissement de celles payées par les entreprises).

« Sentiment de ras-le-bol et de désespoir »

La crise, la baisse des pensions de retraite et de chômage, la baisse des salaires dans le secteur public... Grèce, Espagne et Portugal sont le théâtre de manifestations de plus en plus massives, et parfois de plus en plus violentes. Le résultat d’un « ras-le-bol » et d’un « désespoir », selon Jesus Castillo, économiste chez Natixis, spécialiste de l’Europe du Sud : « Il y a un sentiment de ras-le-bol et de désespoir en se disant "mais qu’est-ce qu’on doit faire de plus, parce que tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant n’a pas l’air de fonctionner". On a des baisses des salaires des fonctionnaires, des non-renouvellements de poste, des baisses des dépenses sociales. La population voit ses droits se réduire, et au final, avec des résultats qui ne sont pas encore probants. Vous prenez le taux de chômage de l’Espagne, il était de 8% au milieu de l'année 2008, aujourd’hui, on est à pratiquement 25%. La rémunération des salariés en Grèce a diminué de 20%, aujourd’hui je crois que la situation de la Grèce que l’austérité ne marche plus ».

« Il n’y a rien qui marche »

Selon Petro Linardos, chercheur à l’Institut du travail à Athènes la contestation est importante : « On croit encore à la contestation générale. Ce n’est pas suffisant pour avoir une politique alternative mais ça reste un facteur important, estime-t-il. Au mois de juin 2011, une énorme manifestation a failli faire tomber le gouvernement. Quand il y a 1 demi-million de personnes autour du Parlement ça fait quand même un effet. Les gens savent plus que jamais que l’austérité fait plonger l’économie, qu’on ne voit rien à l’horizon. C’est un ras-le-bol. Il n’y a rien qui marche ».

« Une mobilisation naturelle »

Alors que les gouvernements ne semblent pas vouloir s'écarter de la ligne "austérité", les manifestations semblent être la seule solution face au désarroi des populations. « Dans la situation sociale dans laquelle se trouvent ces pays-là c’est une mobilisation qui est naturelle, estime Bernadette Segol, secrétaire générale de la confédération européenne des syndicats. Les gens sont tellement touchés dans leur vie quotidienne qu’il faut bien qu’ils montrent que ça ne va pas. C’est une mobilisation dans le temps. Il n’y a pas besoin de groupes extrémistes pour déchaîner cette colère ça peut dégénérer c’est un risque. Mais ces manifestations vont enfoncer le clou pour dire que les politiques qui sont menées ne servent à rien. Il faudra bien un jour qu’on s’en rende compte ».