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Russie: Poutine bannit les gros mots des médias et de la culture

BFM Adrienne Sigel
Des écrans de télévision exposés dans un magasin de Moscou, le 17 avril 2014.

Des écrans de télévision exposés dans un magasin de Moscou, le 17 avril 2014. - -

Le président russe part en guerre contre les gros mots. Il vient de signer une loi interdisant leur utilisation dans les médias et les arts.

Vladimir Poutine vient de donner un nouveau tour de vis à la liberté d'expression en Russie. Le président russe a signé, lundi 5 mai, une loi visant à interdire l'usage des gros mots non seulement dans les médias, mais également dans les films, à la télévision et au théâtre, rapporte le site internet de la BBC.

A compter du 1er juillet, les organisations qui oseront outrepasser cette interdiction s'exposeront à une amende de 50.000 roubles, soit 1.000 euros. Une contravention abaissée à 50 euros pour les particuliers. La censure concernera également les livres, qui devront signaler la présence de gros mots dans leurs pages par un avertissement en couverture. La mesure, qui n'est pas rétroactive, est visiblement prise au sérieux, puisqu'en cas de litige sur le caractère vulgaire ou non d'un mot, des experts seront chargés de trancher et d'arbitrer.

Une mesure qui "rappelle le conservatisme de l'URSS"

Comme le souligne la BBC, la loi risque d'être difficile à respecter pour les entreprises russes, car selon des études sociologiques citées par le site d'information russe Vesti, l'emploi des gros mots est plus que courant au sein de la plupart d'entre elles.

Selon le Moscow Times, cette nouvelle loi a été accueillie avec un mélange de "critique" et de "choc" en Russie , le juron étant une composante à part entière de l'art national. "Certains des meilleurs poètes et dramaturges utilisent de nombreux gros mots, du classique Alexander Pouchkine au post-moderniste contemporain Vladimir Sorokin", rappelle ainsi le journal. La BBC estime pour sa part que la mesure "rappelle le conservatisme de l'époque soviétique, quand le Parti communiste demandait aux artistes et aux écrivains d'éviter les modes occidentales 'décadentes' et de s'en tenir aux valeurs traditionnelles".

Un nouvel aspect de la censure

Si, pour l'heure, le doute demeure sur l'application de la loi aux utilisateurs russes des réseaux sociaux internationaux comme Twitter et Facebook ou aux films importés, ce nouveau texte s'inscrit dans une vaste entreprise de renforcement du contrôle des médias et d'Internet en Russie. Ainsi, fin avril, la chambre basse du Parlement russe avait adopté une série de lois renforçant le contrôle des autorités sur les blogs. Et depuis février, une autre loi permet, sur ordre d'un procureur, de bloquer l'accès à des sites internet, notamment ceux tenus par des opposants.

Pour tenter d'endiguer toute polémique face au texte de loi signé lundi, l'administration Poutine a pris les devants. Le ministre de la Culture Vladimir Medinski a ainsi assuré que cette nouvelle mesure concernerait la culture de masse mais pas l'art.