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"Il n'a peur de rien": Vladimir Poutine plus populaire que jamais en Russie?

BFM Marie Gentric et Laura Champion avec Juliette Brossault
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Selon l'institut de sondage russe indépendant, Levada, le taux de popularité de Vladimir Poutine était de 87% en avril dernier. Une popularité extrême qu'il convient de relativiser face à la répression menée sur les opposants.

Si sur la scène internationale Vladimir Poutine est persona non grata, il peut se targuer d'afficher une popularité au sein de sa population à faire pâlir ses adversaires occidentaux. Selon le centre analytique Levada, un institut de sondage russe indépendant classé "agent de l'étranger", le maître du Kremlin n'a presque jamais été autant apprécié qu'aujourd'hui.

Après plus de trois ans de guerre en Ukraine, en avril 2025, son taux de popularité a atteint 87%. "Sa popularité augmente en ce moment, c'est lié aux pourparlers avec l'Ukraine, il y a un espoir de paix, et c'est très bien vu par les Russes", avance à BFMTV, Denis Volkov, le directeur de Levada.

"La majorité de la population n'est pas touchée par la guerre"

Ce dernier souligne dans les colonnes de Challenges que désormais "60% de la population affiche sa préférence pour des négociations de paix, plutôt qu'une prolongation du conflit", alors que ce chiffre tournait "autour de 50%" jusqu'ici.

Mais "le soutien déclaré aux forces armées et à l'opération militaire reste stable", tempère-t-il. "L'écrasante majorité de la population n'est pas touchée par la guerre, ne court aucun risque et continue de vivre normalement".

En Russie, seules les régions de Koursk, de Belgorod et de Briansk, à la frontière avec l'Ukraine, font l'objet d'attaques de drones et d'incursions ukrainiennes. Si des blessés et des morts civils sont à déplorer dans ces régions, le reste du territoire n'est pas directement atteint par la guerre.

"Ralliement autour du drapeau russe"

Un tel soutien à Vladimir Poutine s'explique ainsi par "le ralliement autour du drapeau russe, sur ce qui est perçu comme un conflit entre la Russie et l'Occident" mais également par "l'impact des narratifs officiels dans les médias".

Même l'économie du pays joue en la faveur du dirigeant russe, au pouvoir depuis 25 ans, selon le directeur du centre Levada qui parle d'une "stabilité". Notamment auprès des moins aisés qui ne sont pas directement touchés par le train des sanctions occidentales. Une affirmation qui a de quoi étonner quand on sait que l'inflation dépasse désormais les 10% en Russie.

Beaucoup d'experts estiment que l'économie russe est "en surchauffe" et pourrait connaître un "retour de bâton" dans un futur proche, explique le journaliste Régis Genté, reconnu pour ses analyses de la Russie, à la télévision suisse RTS. "Les Russes veulent bien accepter la réalité de la guerre, mais à condition que cela n'affecte pas leur portefeuille", note-t-il.

Selon l'institut de sondage Levada, près de 70% des Russes estiment que le pays va dans la bonne direction.

"Il n'a peur de rien, c'est ce qui me plaît chez lui"

Dans les rues, les Moscovites multiplient les éloges au sujet de leur président. "C'est très cool que le monde entier le respecte, et ait peur de lui", se réjouit Nikita au micro de BFMTV.

"Poutine est super viril, c'est un vrai homme, il est courageux, il n'a peur de rien, c'est ce qui me plaît chez lui", abonde Daria.

Quand un autre passant, Ivan, loue un "soutien aux militaires" apporté par Vladimir Poutine. "Vous vous souvenez dans quelle situation était l'armée russe après la chute de l'URSS, et bien Vladimir Poutine est arrivé, et il a apporté beaucoup de soutien aux militaires", affirme-t-il.

Dans une boutique moscovite, les achats d'articles à l'effigie du président russe sont quotidiens. Poupées russes, calendriers, figurines ou encore des t-shirts, le produit phare, le maître du Kremlin est partout. "Je suis fan de Poutine, il est vraiment stylé sur ce t-shirt", s'exclame un client. "Il y a beaucoup de demandes", confirme Aziza Akimbaeva, manageuse d'une boutique de souvenirs.

"Les Russes n’osent plus dire ce qu’ils pensent"

Cette extrême popularité affichée nécessite toutefois d'être relativisée, selon la politologue Vera Grantseva. Depuis "l'instauration d'un régime autoritaire", après l'élection présidentielle de 2012 et la répression des manifestations contre son élection - "la popularité de Poutine est devenue très difficile à mesurer, car les Russes n'osent plus dire ce qu’ils pensent", souligne-t-elle auprès de Public Sénat.

Avant d'ajouter: "Ce n’est pas seulement lié à la répression violente des opposants, mais aussi à une forte propagande, un contrôle du Kremlin sur tous les médias dont les informations génèrent un brouillard dans l’esprit des gens".

"Aujourd’hui, la majorité des Russes ne croient plus en rien, ni dans les politiques, ni dans la démocratie", déclare-t-elle. Vera Grantseva précise que contrairement aux Occidentaux, "les Russes ne parviennent pas à transformer ce désespoir en mécontentement politique, car s’opposer au régime, c’est risquer sa vie".