La une de Fluide Glacial sur le "Péril Jaune" choque la Chine

Un chinois en tenue coloniale visite un Paris asiatisé à la Une de Fluide Glacial - Fluide Glacial
Un Français moyen affublé d’un béret qui traîne péniblement un pousse-pousse dans les rues de Paris. A son bord, un Chinois en tenue coloniale tenant à son bras une belle blonde au regard enamouré. Tout autour, des références explicites à une France asiatisée: à "la Pagode de Concarneau", on sert de la "quiche aux nems" et une "entrecôte-frites de soja" tandis que devant le restaurant voisin, spécialisé dans le "bo bun béarnais", un SDF tient une pancarte rédigée en caractères chinois.
Titrée "Péril Jaune: et si c’était déjà trop tard?", la dernière une du mensuel de bande dessinée humoristique n’a pas laissé le pouvoir chinois indifférent. Le Global Times, un quotidien identifié comme pro-gouvernemental, a ainsi réagi à la publication de ce numéro. Dans un éditorial non-signé, il décrit la une de Fluide Glacial comme "une tentative indécente de récupération de l’attention médiatique mondiale" suscitée par l’affaire Charlie Hebdo.
"Vers un siècle de guerre sainte"
Le quotidien ne s'arrête pas là. "Ces moqueries n’atteindront pas les Chinois. Mais tous les peuples ne sont pas d’aussi bonne composition. Le dernier numéro de Charlie Hebdo a été pris très au sérieux par les musulmans du monde entier et considéré comme un affront fait à leur foi". L’auteur estime ainsi que "la liberté d’expression française et la liberté de religion des musulmans sont en violente confrontation" et craint que "si les Européens et les musulmans veulent défendre à tout prix leurs libertés respectives, nous nous dirigions vers un siècle de guerre sainte".
Ses conseils sont simples: "La société française doit se retenir de caricaturer le prophète et interdire l’utilisation de la liberté d’expression contre les religions. Charlie Hebdo, l’enfant indiscipliné de la famille culturelle française, a été l’objet d’une vague de compassion à la suite des récentes attaques et est devenu un symbole de la France et de l’Europe, ce qui n’a aucun sens".
Un contexte international de plus en plus tendu
Le Global Times va même plus loin en précisant "qu’il est plus difficile pour un musulman de changer sa foi que pour l’Europe d’adapter sa compréhension de la liberté d’expression. Si les Français considèrent qu’un tel ajustement serait une disgrâce, leur obsession pour la liberté d’expression s’apparente à une religion. Le reste du monde saura tirer les conséquences qui s’imposent quand éclatera une vague de conflits à cause de Charlie Hebdo".
Cette tribune assez directive s’inscrit dans un contexte international tendu: ces derniers jours au Niger, de violentes manifestations anti-Charlie Hebdo ont fait dix morts et de nombreux blessés. Au Pakistan, des milliers de manifestants ont défilé en réaction à la publication d’une nouvelle caricature de Mahomet à la une du dernier numéro de l'hebdomadaire satirique, brûlant des drapeaux français, ainsi que des effigies de François Hollande et des caricaturistes du journal.
Elle soulève un problème de taille: dans un contexte médiatique globalisé, comment faire cohabiter les différentes conceptions de la liberté d'expression?











