"On sentait le sol trembler": à quoi ressemblaient les derniers essais nucléaires américains en 1992?

Le drapeau des États-Unis (illustration) - FABRICE COFFRINI / AFP
Une annonce surprise pour quelqu'un qui cherche à obtenir le prix Nobel de la Paix. Le président américain Donald Trump a ordonné, ce jeudi 30 octobre, la reprise des essais d'armes nucléaires dans le pays.
"En raison des programmes d’essais menés par d’autres pays, j’ai demandé au département de la Guerre de commencer à tester nos armes nucléaires sur un pied d’égalité. Ce processus commencera immédiatement", a-t-il notamment déclaré sur son réseau social, Truth Social. Cette annonce est intervenue juste avant sa rencontre avec son homologue chinois, Xi Jinping, dans le cadre de la tournée du président américain en Asie.
En évoquant les "autres pays", le locataire du bureau ovale fait surtout référence à la Russie. Vladimir Poutine s'est, récemment, félicité de la réussite de deux tests: un missile de croisière "d'une portée illimitée" selon lui et un drone sous-marin à capacité nucléaire.
Neuf essais pour l'opération Julin
Les derniers essais nucléaires américains remontent à plus de 30 ans. Il s'agissait de l'opération Julin, menée entre 1991 et 1992. Les neuf essais de cette opération se sont déroulés en souterrain. En effet, ces tests, sous la terre, sont devenus obligatoires pour empêcher des retombées radioactives atmosphériques, après la ratification du Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires en 1963.
Cette opération Julin a commencé le 18 octobre 1991 avec un test nommé "Lubbock" d'une puissance explosive de 53 kilotonnes, sur le site d'essais du Nevada.
Parmi les neuf essais réalisés dans le cadre de cette opération Julin, certains avaient pour but d'évaluer les capacités et la puissance nucléaires mais d'autres, comme le test Hunters Trophy le 19 septembre 1992, "visaient à étudier les effets des armes nucléaires, et non leurs performances, généralement analysées dans des puits verticaux", d'après le laboratoire national américain Lawrence Livermore.
"On sentait le sol trembler"
Wendee Brunish, une physicienne qui a travaillé sur l'opération Julin, explique que son rôle était de s'assurer qu'aucune radiation n'aille en dehors du site d'essai. "Elle était chargée d'informer les autres scientifiques du moment où ils pourraient récupérer leurs données après le tir", précisait le laboratoire national américain de Los Alamos en 2021.
"Nous étions dans cette grande salle de guerre [...] avec tous ces contrôleurs, concepteurs et physiciens spécialistes du diagnostic. Le coup de feu était tiré, nous attendions environ cinq ou dix minutes, puis tout le monde se tournait vers moi et me demandait 'Quand pouvons-nous y retourner'?", se souvient-elle.
"On sentait le sol trembler", raconte Wendee Brunish, qui précise qu'ils se trouvaient à une quinzaine de kilomètres du lieu de tir. Pour éviter les radiations sur les animaux et notamment les antilopes, des bruits très puissants étaient diffusés avant les tirs.
L'opération Julin s'est achevée le 23 septembre avec l'essai dit "Divider" avec une puissance explosive de 5 kt.
La Russie dispose de 4.309 ogives nucléaires déployées
"Les essais nucléaires souterrains ont, finalement, été interdits en 1996 par le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, qui interdit toutes les explosions nucléaires sur la terre", indiquent les Nations-Unies.
Difficile de savoir, encore, à quoi ressembleront les essais évoqués par Donald Trump ce jeudi et s'il s'agit d'une véritable annonce ou d'une méthode de dissuasion.
Ce dernier s'est d'ailleurs félicité de l'arsenal nucléaire américain. "Les États-Unis possèdent plus d’armes nucléaires que tout autre pays. La Russie arrive en deuxième position et la Chine loin derrière en troisième, mais elle rattrapera son retard d’ici cinq ans », a-t-il déclaré.
Ça n'est pas totalement vrai. Selon l'Institut de recherche international sur la paix de Stockholm (Sipri), la Russie dispose de 4.309 ogives nucléaires déployées ou stockées contre 3.700 pour les États-Unis et 600 pour les Chinois.












