BFM

Mali : une possible opération de libération des otages inquiète leurs proches

BFM Mathias Chaillot avec Violette Voldoire
Selon une spécialiste des risques sécuritaires, la France veut faire passer le message qu'il n'y a aucune négociation possible, pour inciter les ravisseurs à libérer les otages.

Selon une spécialiste des risques sécuritaires, la France veut faire passer le message qu'il n'y a aucune négociation possible, pour inciter les ravisseurs à libérer les otages. - -

Un responsable de la force internationale au Mali affirme que la France mène une opération de libération des otages, ce que Paris ne confirme pas. Sur RMC, une expert estime qu’il s’agit d’un message adressé aux ravisseurs : « on ne négocie pas ».

La France est-elle, oui ou non, en train de mener une opération de libération des sept otages français dans le nord du Mali ? Le général Shehu Abdul Kadir, le commandant de la Misma (mission internationale de soutien au Mali) l’affirmait lundi soir sur BFM TV : « Nous y travaillons (...) Je ne veux pas vous révéler la teneur de nos plans, on garde ça pour nous pour l'instant. Les autorités compétentes vous préviendront ». Mais Paris ne confirme ni n'infirme l'opération militaire, alors que les forces spéciales se sont déployées lundi à Kidal pour traquer les groupes armés qui ont fui Gao, Tombouctou et Kidal. Plusieurs sources françaises ont invité à prendre avec précaution cette déclaration que l'une d'elle a qualifiée « d'intempestive ». « Il voulait sans doute parler globalement de la mission, de son objectif de reprendre le contrôle du nord du pays », a déclaré une source militaire française. Libérer les otages « ne fait pas partie des missions de la Misma, qui ne serait pas forcément prévenue le cas échéant », a déclaré une autre source française. Samedi à Bamako, le président François Hollande a tout de même affirmé que les forces françaises étaient « tout près » des otages et qu'il était encore temps pour leurs ravisseurs de les libérer.

« Le message est clair : on ne négocie pas »

Consultante chez Terrorisc, structure de conseil sur les risques politiques et sécuritaires, Anne Giudicelli estime que tout ceci est un message envoyé aux preneurs d’otage. « Le message est clair : "on ne négocie pas et vous êtes aujourd’hui, vous les groupes terroristes, en position de faiblesse", c’est-à-dire que la fermeté française qui s’est concrétisée par l’action militaire démontre à ces groupes que les otages qu’ils détiennent ne peuvent plus jouer le rôle soit de bouclier humain, soit de pompe à financement. Ils n’ont donc plus aucune utilité. Le message français, c’est de dire "ces otages ne vous servent plus à rien, car de toute façon nous irons jusqu’au bout" ».

« Le temps de la discussion est venu »

Mais les proches des otages, eux, voient d’un mauvais œil une possible opération. Une seule solution, affirment-ils : le dialogue. René Robert, le grand-père de Pierre Legrand, un employé d'Areva enlevé par AQMI en septembre 2010 au Niger, parle au nom du collectif des familles des otages retenus au Nord-Mali. « Nous sommes évidemment inquiets car l’action militaire ne nous semble pas la plus opportune, considère-t-il. C’est une démocratie, dans les démocraties on tient compte de la vie des personnes, donc on ne peut pas imaginer que l’on fasse une tentative qui a priori ne leur laisserait aucune chance de survie. Le temps de la discussion est venu, pour que le problème de nos otages se termine au mieux pour eux et pour nous ».