Mali : sur qui la France peut-elle compter ?

A l’aéroport de Bamako, des militaires français se préparent à intervenir au sol. - -
Tombouctou, Konna, Gao, Douentza, les unes après les autres, les principales villes du nord du Mali sont abandonnées par les islamistes. Les intenses bombardements des avions Rafale auraient fait plus d’une soixantaine de victimes parmi les combattants rebelles depuis le début de l’offensive française, il y a cinq jours. Simple « retrait tactique », un « plan de redéploiement » selon le groupe Ansar Dine, un des principaux mouvements rebelles. En attendant, les terroristes ont réussi à prendre d’autres villes, notamment Diabali, à 400 km au nord de Bamako.
Depuis, l’ONU a fait état déjà de 30 000 déplacés, 500 000 depuis le début de l’offensive des insurgés, en mars 2012, et les premiers blessés commencent à arriver dans les hôpitaux : 86, touchés par les bombardements, pris en charge par le Comité international de la Croix-Rouge à Mopti, dans le centre, et Gao. Ce mardi, la France a procédé au cours de la nuit à de nouvelles frappes aériennes contre les rebelles. Pour le moment, Paris dispose de 750 hommes dans le pays, un chiffre qui « va encore augmenter » selon le Président de la République.
« Un symbole, c’est tout »
Mais la France n’a pas pour autant « vocation à rester seule aux côtés du Mali », a réaffirmé lundi Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères.
Tout d’abord, l’Afrique doit rapidement prêter main forte à Paris et se mettre en première ligne. Le Nigéria doit envoyer 600 hommes, le Niger, le Burkina Faso, le Togo et le Sénégal 500, le Bénin en enverra 300. Au total, 2 800 militaires supplémentaires seront déployés, ce qui fera de cette force interafricaine le premier contingent au Mali, puisque la France envisage d’envoyer 2 500 hommes. François Hollande a ainsi affirmé que le déploiement des forces de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) prendre « une bonne semaine ».
Mais l'inquiétude se porte sur la formation de ces armées. « On devait lancer une opération qui précisément devait les former, donc les troupes sont tout sauf opérationnelles, regrette Jean-Marc Tanguy, le rédacteur en chef du magazine Raids Aviation. La plupart des pays qui s’affichent dans cette liste ne combattent pas dans le désert. Après, c’est vrai qu’en terme d’affichage, ce que recherche la France, c’est d’internationaliser la coalition, néanmoins la réalité est celle-ci : les troupes africaines qu’on couche sur le papier, en disant "vous voyez, on va aligner une très grande force et la France ne sera finalement pas en premier", c’est un symbole, c’est tout ».
« Il va falloir réoccuper le terrain »
Mais au-delà des forces africaines, d’autres pays d’Europe ainsi que les Etats-Unis ont ou vont apporter leur contribution. Le conseil des ministres européens des Affaires étrangères se réunira exceptionnellement dans les trois prochains jours, et plusieurs pays ont déjà fait des propositions. Le Royaume-Uni, la Belgique et le Danemark fournissent des avions de transport, l'Allemagne « examine » une aide logistique, humanitaire et médicale, et le Canada enverra un avion-cargo militaire C-17. Quant aux Etats-Unis, ils apportent déjà un soutien à la France dans le domaine du transport, des communications et du renseignement.
Une aide « globalement insuffisante et pas assez riche en terme de capacité, pour Jean-Marc Tanguy. Les capacités logistiques sont importantes, mais pas suffisantes ». Selon lui, ce sont les troupes au sol qui vont rapidement manquer. « Il va bien falloir des fantassins pour faire du quadrillage de zones, parce qu’on parle de zones très étendues. L’action de freinage qui est effectuée actuellement par la force aérienne française est une chose, mais après, il va falloir réoccuper ce terrain pour qu’il ne soit pas conquis à nouveau par les islamistes du nord Mali. Et ça, ça nécessite beaucoup d’effectifs ».











