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Certains sont passés de 10 projets par mois à un seul: les conseillers en rénovation énergétique voient leur activité s'effondrer (malgré la réouverture de MaPrimeRénov')

BFM Business Emma Rodot avec AFP
Succèsde MaPrimeRénov'

Succèsde MaPrimeRénov' - Pixabay

Les accompagnateurs Rénov' (MAR), chargés d'assister les ménages dans leur projet de rénovation énergétique, enregistrent une nette réduction de leur activité depuis la fermeture du guichet MaPrimeRénov' cet été, malgré sa réouverture en septembre. Le contexte de fraudes pèse aussi dans la balance.

Dans le sillage de la fermeture pendant trois mois du guichet MaPrimeRénov' cet été, et malgré sa réouverture en septembre, les accompagnateurs Rénov' (MAR) notent une chute de leur activité. Ces professionnels agréés par l'Agence nationale de l'habitat, qui accompagnent obligatoirement toute demande de rénovation énergétique d'ampleur depuis 2024, voient la dynamique "cassée" depuis le printemps, a affirmé Sebastian Ruiz, président de la communauté des MAR, auprès de l'AFP.

Alors que l'Anah recevait autour de 10.000 nouvelles demandes d'aides MaPrimeRénov' pour des rénovations d'ampleur chaque mois avant mai 2025, seulement 6.898 dossiers ont été déposés depuis la réouverture du guichet le 30 septembre, dont une grande partie avait passé l'été à attendre.

À titre personnel, Sebastian Ruiz en moyenne "10 nouveaux projets par mois" jusqu'à mars 2025. "Maintenant c'est à peine un projet par mois, donc 90% de moins de prospects", explique cet architecte de métier.

1.500 emplois menacés

Le statut MAR est accessible aux professionnels du secteur, issus du public comme du privé (opérateurs historiques, architectes, auditeurs énergétiques ou sociétés de tiers financement). Depuis début 2024, beaucup d'entre eux eux y ont vu l'opportunité de se spécialiser en consacrant une grande partie de leur activité à la rénovation énergétique. Plus de 3 000 MAR sont ainsi en activité et 630 dossiers étaient en cours d’instruction en novembre, précise l'Anah.

Parmi eux, un emploi (équivalent temps plein) sur deux serait en péril au sein de la communauté des MAR, estime Sebastian Ruiz, son président.

"Il y a des entreprises qui se sont créées en 2025, qui ont investi dans du recrutement, des locaux, de la formation, qui ont emprunté et tout d'un coup ils se sont retrouvés en négatif et sans activité", rapporte ce représentant du secteur, qui estime que cette situation concerne "plus de 50" de ses 200 adhérents.
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Le réseau Renomar, quant à lui, a envoyé un questionnaire à son réseau de 600 professionnels. Résultat : 71% des MAR ont "déjà été contraints de prendre des mesures RH à la suite de la suspension" du guichet, et le tiers restant compte prendre des mesures dans les prochains mois.

La moitié des accompagnateurs ont licencié du personnel, ou envisagent de le faire. Selon les estimations de Renomar, cela représente 200 emplois supprimés et une baisse de 20% des effectifs en 4 mois, au sein du réseau qui compte 1.000 adhérents.

"Il est probable que ce nombre double d'ici janvier si la dynamique actuelle se maintient", s'inquiète Rénomar, qui calcule que 1.500 emplois sont menacés à l'échelle de toute la filière des MAR.

Des délais trop longs et des fraudes encore massives

Le principal problème évoqué par les MAR est le délai d'octroi de subvention par l'Anah et le versement du solde après travaux. Des difficultés qui trouvent écho dans le contexte de fraudes aux aides publiques encore massives (avec 44.000 dossiers frauduleux détectés par l'Anah en 2024), y compris chez les Accompagnateurs Rénov'.

Selon Batiactu, qui s'est intéressé aux cas des départements de l'Indre et des Landes, les fraudes se sont même accentuées depuis l'instauration des MAR, certains étant de mèche avec des entreprises frauduleuses. Cela s'explique notamment par la portée nationale du dispositif: les Accompagnateurs Rénov' peuvent exercer à l'échelle nationale, sans obligation géographique.

Pour le moment, l'année 2026 reste floue pour les professionnels. "Si le marché ne reprend pas très tôt et si le gouvernement et l'Anah n'envoient pas des messages forts, ça va être la catastrophe", alerte Camille Thomas, présidente de Renomar, auprès de l'AFP.

Si les rénovations d'ampleur restent incitées par le gouvernement pour les ménages modestes et très modestes, les aides pour les ménages intermédiaires et supérieurs pourraient être exclues.