Une ONG alerte sur une pollution de l'eau au fongicide dans les Hauts-de-France, 26 communes concernées
Un tracteur épand du folpel, un pesticide et fongicide, sur des vignes, avec des maisons résidentielles en arrière-plan, à proximité, à Frontignan, le 7 mai 2025. - NICOLAS GUYONNET / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
L'ONG Générations Futures alerte ce mercredi 28 janvier sur les taux de concentration dans l'eau potable de 83.000 habitants des Hauts-de-France d'un fongicide utilisé dans l'agriculture, les considérant comme non conformes d'après des mesures réalisées depuis plus d'un an.
Cela "concerne 17 unités de distribution de l'eau potable (UDI) alimentant un total de 46 communes" du Pas-de-Calais, de la Somme et du Nord, déplore l'ONG dans un communiqué.
"Au total, ce sont plus de 83.000 personnes qui sont alimentées par une eau non conforme au fluopyram depuis plusieurs mois, voire depuis une année pour certaines communes" estime Générations Futures.
Cependant, l'un des captages "n'est plus utilisé pour approvisionner les habitants en eau" et aucune commune de la Somme n'est concernée par ces dépassements, d'après un communiqué commun de l'Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France et des préfectures du Nord et du Pas-de-Calais.
Des analyses de l'ARS ont permis "d'identifier des traces (de fluopyram)" dans 23 communes du Pas-de-Calais et trois communes du Nord, reconnaissent-elles en revanche. Mais les habitants "peuvent continuer à boire l'eau du robinet", précise leur communiqué.
Dans ces communes, la teneur en fongicide dépasse 0,1 µg/L, selon des mesures officielles, compilées et diffusées par l'ONG sur un site en libre accès, dansmoneau.fr, visant à en faciliter l'analyse.
La "limite de qualité réglementaire" dépassée
Ce taux dépasse la "limite de qualité réglementaire", souligne l'ONG, et dans deux communes, les quantités mesurées atteignent même "plus de 10 fois la limite de qualité réglementaire".
Cela ne signifie pas forcément que cette contamination présente un risque sanitaire, le fluorypam n'étant pas à ce stade considéré comme une substance cancérogène avérée. Aucun taux maximal dans l'eau de ce fongicide n'a ainsi pour l'instant été fixé, rappelle l'ARS.
Néanmoins, l'ONG rappelle qu'en cas d'absence de valeur maximum, la Direction générale de la Santé (DGS) préconise de restreindre la consommation d'eau dès le dépassement de 0,1 µg/L. Début 2025, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) avait élevé cette limite à 0,142 µg/L en raison d'incertitudes liées aux méthodes de mesure.
Or, selon Générations Futures, "la concentration en fluopyram dépasse les 0,142 µg/L dans 10 unités de distribution alimentant 30 communes et 10.438 personnes".
Appel à "réévaluer les autorisations des produits à base de fluopyram"
Le fluopyram, destiné à détruire des champignons parasites, est contenu dans de nombreux produits commercialisés en France pour la culture de fruits, légumes, céréales ou pommes de terre.
L'ONG souligne aussi que ce fongicide "fait partie de la famille chimique des PFAS" et "se dégrade lentement en TFA", un "polluant éternel" omniprésent dans l'environnement.
Générations Futures appelle ainsi les autorités à "réévaluer les autorisations des produits à base de fluopyram".
Pour Pauline Cervan, toxicologue de l'ONG, ces mesures constituent "une énième illustration des conséquences de l'usage intensif de pesticides et de l'inaction des pouvoirs publics" pour protéger l'eau.
Elle déplore aussi que "les techniques en place" soient "le plus souvent insuffisantes pour traiter les pesticides".












