Oublis et "blue washing": les ONG pas convaincues par le One Ocean Summit

Manifestation contre le One Ocean Summit le 11 février 2022 à Brest - FRED TANNEAU / AFP
La grande conférence internationale sur la protection des océans, le One Ocean Summit se termine ce vendredi, après trois jours de rencontres et des engagements de la part des pays participants. Mais le rendez-vous n'a pas convaincu les ONG et associations de protection de l'environnement, qui restent sur leur faim.
"On a eu beaucoup de bla-bla et peu d'actes lors de ce sommet", a déploré auprès de l'AFP François Chartier, chargé de campagne océans à Greenpeace France. "On a un président Macron qui annonce qu'il est le champion des océans et qui derrière ne fait rien, voire défend des activités industrielles extrêmement destructrices", a-t-il ajouté.
"Les pêcheurs n'ont pas été conviés au sommet"
Ce vendredi, quelque cent cinquante personnes s'étaient rassemblées à Brest à l'appel de cette ONG et de l'association Pleine mer pour dénoncer "une opération de blue washing". Pour plusieurs organisations de protection de l'environnement, certains sujets primordiaux n'ont ainsi pas été évoqués, ou pas avec les bons acteurs.
"La surpêche n'a pas eu de place particulière au sein de ce sommet, et pourtant c'est aujourd'hui identifié comme la première menace qui pèse sur l'océan et sur la vie marine", a déclaré à la sortie du sommet Lamya Essemlali, présidente de l'ONG Sea Shepherd France. "Les pêcheurs n'ont pas été conviés au sommet et à notre sens c'est important d'en discuter avec eux puisque c'est avec eux que l'on trouvera les solutions", déplore-t-elle.
"Il n'y a pas un seul pêcheur artisan qui a été invité à ce sommet", déclare également Thibault Josse, coordinateur de l’association Pleine Mer à RFI. "On réunit des multinationales, des gouvernements mais pas ceux qui vivent de la mer. Les scientifiques nous disent pourtant que la surpêche est l'impact le plus important pour la biodiversité marine aujourd'hui. Or, c'est un sujet oublié du sommet".
Des annonces "de surface"
Sea Shepherd se dit aussi inquiet de la promesse d'installation d'une cinquantaine de parcs éoliens en mer d'ici 2050. "Pour nous c'est une ambition extrêmement dangereuse" car des zones particulièrement fragiles existent sur les littoraux français avec "des parcours migratoires pour les oiseaux et les mammifères marins, des zones de nidification, de repos", explique Lamya Essemlali. Elle demande que les projets d'installation soient complètement "transparents" sur ces sujets.
L'ONG Greenpeace dénonce de son côté dans un communiqué des annonces "de surface" et "le double jeu d’Emmanuel Macron, qui continue en parallèle de défendre certaines activités néfastes au premier rang desquelles le développement de l’industrie minière en eaux profondes".
France Nature Environnement (FNE) a également remis jeudi une pétition signée par un demi-million de personnes pour dénoncer le "massacre des dauphins communs" au large des côtes françaises, pris dans des engins de pêche. La France "ne respecte pas le règlement européen de la pêche en ne réduisant pas drastiquement les captures accidentelles de dauphins", déclarait jeudi dans Libération Elodie Martinie-Cousty, pilote du réseau océans mers et littoraux de FNE.
"Il est maintenant nécessaire d’aller plus loin"
Les dirigeants politiques qui se sont succédé à Brest se sont engagés sur plusieurs dossiers, dont des avancées vers des traités mondiaux de protection de la haute mer et contre la pollution du plastique. D'autres sujets ont été abordés, comme la réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur maritime, qui n'est pas concerné par l'Accord de Paris sur le climat. Ou encore, comme l'a réclamé Emmanuel Macron, la suppression des subventions publiques encourageant la surpêche et la pêche illicite, sujet en cours de discussion à l'Organisation mondiale du commerce.
Il a aussi promis d'en faire plus pour protéger les tortues avec des dispositifs évitant qu'elles restent coincées dans les filets. La présidente d'honneur du WWF France Isabelle Autissier a salué cette annonce, tout en "restant vigilant sur la mise en oeuvre réelle de cette promesse".
"Le traité sur la haute mer fait largement consensus parmi les États présents, ce qui était déjà le cas lors de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) en septembre dernier, tout comme l’objectif de protéger 30% des océans d’ici 2030", reconnait Greenpeace. Mais si "les déclarations vont dans le bon sens, il est maintenant nécessaire d’aller plus loin: nous attendons des mesures concrètes sur les mécanismes de conservation et de gouvernance", déclare François Chartier dans le communiqué de Greenpeace.
"La biodiversité n'est pas une variable d'ajustement, elle n'est pas facultative, l'océan est le premier organe de régulation du climat, le premier puits de carbone et le premier producteur d'oxygène", a de son côté rappelé Lamya Essemlali.











