+10°C par rapport aux normales de saison: peut-on parler de "canicule hivernale"?

Le thermomètre affiche encore des températures très douces ce mardi 9 décembre sur l'ensemble du territoire français. 19°C sont attendus sur la côte basque cet après-midi, 17°C à Tarbes, 16°C sur l'arc méditerranéen. Même le Nord sera gâté avec une quinzaine de degrés en Normandie et en région parisienne.
La douceur en provenance du nord du continent africain est accentuée par un temps dépressionnaire circulant sur le proche Atlantique. Cette configuration amplifie la remontée d'air doux à très doux sur le territoire. Parfois le terme "canicule hivernale" est employé pour décrire cette situation, comme l'avait fait le climatologue Jean Jouzel en 2021 au micro de RMC. Mais est-ce correct?
L'utilisation de ce terme s'explique par les températures très au-dessus des normales de saison, de huit à douze degrés alors que l'on se trouve en plein cœur de l'hiver météorologique. Si ces anomalies se produisaient en plein cœur de l'été on parlerait alors de canicule.
L'équivalent de 36°C en été
Au Mans par exemple, il a été relevé 19,1°C ce lundi, soit dix points plus hauts que les normales de saison. En plein été, cela équivaut à 36°C. Le précédent record pour la préfecture de la Sarthe était de 18,3°C. Il avait été établi en décembre 2000 sur cette station ouverte depuis 1944.
À Nevers, le mercure a atteint 18,1°C et à Bourges, il a fait 17,4°C. De la même façon, il fera 36°C si la température était aussi élevée au milieu de l'été.
La neige est en souffrance. Quelques jours après les chutes impressionnantes constatées il y a deux semaines, il n'y a quasiment plus rien dans le Nord-Est, que ce soit les Vosges ou le Jura.
L'objectif de l'expression "canicule hivernale" a pour but de sensibiliser les Français au dérèglement climatique. Jamais au cours du demi-siècle passé le pays n'a connu des hivers aussi doux. Depuis les années 50, on estime que les températures hivernales ont gagné deux degrés.
Une formule alarmiste
La notion n'est cependant pas employée par Météo-France, la référence en la matière, qui préfère parler de grande douceur hivernale. "Il est un peu abusif de parler de 'canicule hivernale'. Une canicule correspond à un terme sanitaire. Ce sont des températures qui peuvent entraîner la mort d'une personne", indique François Jobard, météorologue à Météo-France pour BFMTV.
Celui-ci reconnaît en revanche les similitudes du phénomène avec la canicule. "Il y a bien une succession de journées où l'on a des températures supérieures de plus de 5°C aux normales de saison et ça n'est pas anodin", ajoute-t-il.
En 2024, grâce au réseau de stations Météo France, on a pu relever 16 records de froid contre dans le même temps 485 records de chaleur, que ce soit en plein cœur de l'été ou en plein cœur de l'hiver. Toutes les saisons sont concernées, c'est un rapport de un à 30. Pour un record de froid, il y a dans le même temps 30 records de chaleur.











