"Peu de marge pour absorber d'autres droits de douane": face aux menaces de Trump, les entreprises européennes risquent de chercher de nouveaux clients "dans des pays moins problématiques"

La menace du président américain Donald Trump d'imposer de nouveaux droits de douane aux pays s'opposant à son projet de rachat du Groenland place les entreprises européennes en première ligne, alors que celles-ci commençaient à peine à digérer les accords commerciaux durement négociés l'an dernier entre Bruxelles et Washington.
Le locataire de la Maison Blanche a déclaré samedi 17 janvier qu'il relèverait, à compter du 1er février, les surtaxes sur les produits en provenance du Danemark, de la Suède, de la France, de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande, de la Grande-Bretagne et de la Norvège, jusqu'à ce que les États-Unis soient autorisés à acquérir le Groenland. Cette décision a été dénoncée par les principaux États membres de l'Union européenne (UE), qui parlent d'un chantage.
Les ambassadeurs de l'UE sont parvenus dimanche à un accord général pour intensifier les initiatives visant à dissuader Donald Trump d'imposer ces droits de douane, tout en préparant un ensemble de mesures de rétorsion au cas où ces surtaxes seraient imposées, ont indiqué des diplomates du bloc.
Forte secousse
La décision prise par le président américain a provoqué une onde de choc dans le secteur industriel, en particulier en Allemagne, où l'on souligne que les droits de douane actuels coûtent déjà des milliards d'euros aux entreprises. Elle a également secoué les marchés financiers, qui redoutent un retour de la volatilité sur fond de guerre commerciale comme cela a été enregistré en 2025 avant la conclusion en milieu d'année d'un accord.
"Cela ravive les craintes d'un possible démantèlement des alliances de l'Otan et d'une perturbation des accords commerciaux conclus l'année dernière avec plusieurs pays européens", souligne Tony Sycamore, analyste marchés chez IG.
Les huit pays européens cités par Donald Trump, dans un message publié sur son réseau Truth Social, sont déjà visés par des droits de douane de 10% à 15% imposés l'an dernier sur toutes leurs marchandises, auxquels s'ajouteraient de nouvelles surtaxes dès le mois prochain.
Réponse à l'étude
Le bloc monétaire, dont les échanges de biens et de services avec les États-Unis sont estimés à 1.500 milliards de dollars en 2024, semble de son côté prêt à riposter. L'Europe compte de grands constructeurs automobiles en Allemagne, des fabricants de médicaments au Danemark et en Irlande, ainsi que des entreprises de biens de consommation et de luxe en Italie et en France. Lors d'un sommet en urgence, qui se tiendra jeudi à Bruxelles, les dirigeants de l'UE devraient examiner différentes options, dont une série de droits de douane sur les importations américaines d'un montant de 93 milliards d'euros, qui pourraient entrer en vigueur automatiquement le 6 février, après une pause de six mois.
Une autre mesure envisagée est le recours à l'"instrument de lutte contre la coercition", un outil jamais utilisé, qui pourrait limiter l'accès aux marchés publics, aux investissements ou aux activités bancaires, ou encore restreindre le commerce des services, domaine dans lequel les États-Unis ont un excédent avec l'Union européenne. "La voie la plus probable est un retour à la guerre commerciale qui a été suspendue dans les accords de haut niveau conclus par les États-Unis avec le Royaume-Uni et l'UE au cours de l'été", estime Carsten Nickel, directeur adjoint d'études chez Teneo.
"La question clé à suivre est de savoir si l'UE tentera de limiter la confrontation à une guerre commerciale plus 'classique' ou si les appels à une ligne plus dure prévaudront", a-t-il ajouté.
Pour Susannah Streeter, responsable de la stratégie d'investissement chez Wealth Club, le risque d'une guerre commerciale créerait "un niveau supplémentaire de décision difficile" pour les entreprises qui exportent vers les États-Unis.
"Elles ont déjà dû s'employer à absorber les droits de douane actuels, et il y aura peu de marge pour en absorber d'autres, de sorte que cette nouvelle tranche de droits de douane finira probablement par être répercutée sur les clients américains", a-t-elle déclaré.
"Étant donné la nature chaotique des relations commerciales avec les États-Unis, de nombreuses entreprises chercheront à diversifier leurs sources de revenus et à trouver de nouveaux clients dans des pays moins problématiques", a-t-elle ajouté. Neil Shearing, chef économiste chez Capital Economics, souligne, pour sa part, que certains pays de l'UE - Espagne, Italie et d'autres - ne figurent pas sur la liste des États menacés de nouveaux droits de douane, ce qui pourrait conduire à un "réacheminement" des échanges vers ces pays afin d'éviter les nouvelles surtaxes.
"Cela peut se retourner contre Trump"
Les analystes notent également que les nouveaux droits de douane, en cas d'application, pénaliseraient probablement aussi les États-Unis en faisant grimper les prix et en provoquant un afflux d'importations avant leur entrée en vigueur, tout en encourageant les entreprises à rechercher de nouveaux marchés.
"Pour l'Europe, il s'agit d'un mauvais casse-tête géopolitique et d'un problème économique modérément important. Mais cela pourrait aussi se retourner contre Trump", prévient Holger Schmieding, chef économiste chez Berenberg.
"La logique laisse encore entrevoir une issue qui respecte le droit à l'autodétermination du Groenland, renforce la sécurité dans l'Arctique pour l'ensemble de l'Otan et évite largement les dommages économiques pour l'Europe et les États-Unis", a-t-il ajouté.












