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"Prisonnière de sa condition": Ludivine Sagnier veut rendre sa liberté à Emma Bovary sur scène

BFM S.H. avec AFP
L'actrice française Ludivine Sagnier pose avant la 50e cérémonie des César du cinéma à l'Olympia, à Paris, le 28 février 2025.

L'actrice française Ludivine Sagnier pose avant la 50e cérémonie des César du cinéma à l'Olympia, à Paris, le 28 février 2025. - Thomas SAMSON / AFP

Ludivine Sagnier interprète l'héroïne de Flaubert dans une adaptation scénique du réalisateur Christophe Honoré transposée dans les univers du cirque et du cinéma.

Dans Bovary Madame, Ludivine Sagnier veut rendre grâce à l'héroïne de Flaubert, "prisonnière de sa condition", qu'elle incarne dans cette adaptation scénique du réalisateur Christophe Honoré transposée dans les univers du cirque et du cinéma.

L'actrice, qui a joué au cinéma dans le film "Huit femmes" de François Ozon (2002) ou dans la série à succès "Lupin" avec Omar Sy, incarne dans cette interprétation très libre intitulée "Bovary Madame", l'héroïne du roman de Gustave Flaubert taxé à l'époque (1857) d'immoralité.

"On a longtemps réduit Madame Bovary au fait que ce soit une femme adultère". Or "ce qui est intéressant, c'est de dépoussiérer cet a priori et de considérer qu'elle n'est pas un bourreau, mais peut-être une victime", raconte la comédienne à l'AFP, rencontrée après la pièce jouée à la Scène nationale de l'Essonne la semaine dernière et programmée à Annecy de mercredi à vendredi.

"C'est une jeune femme rêveuse, mais prisonnière du XIXe siècle, de cette petite société de province" près de Rouen où se situe l'action. "Elle a un besoin vital d'émancipation, mais n'a aucune conscience du droit qu'elle a à clamer sa liberté", ajoute-t-elle.

Christophe Honoré aime travailler sur la littérature et avait déjà monté "Le côté de Guermantes", inspiré de Marcel Proust à La Comédie-Française.

Cette fois-ci, il a choisi de lui donner corps dans le monde du cirque: entrée et sortie de piste, décors de scène en arrondis, gradins, trapèze. "Emma" y est entourée et bousculée par une troupe de cinq circassiens et une énergique Mme Loyale pour narratrice.

Scène des comices agricoles, scène du bal, scène du fiacre: plusieurs numéros se succèdent, mélangeant le grotesque de tartes à la crème, le suspens d'un numéro de couteaux, ou encore le comique d'une performance-mime à cheval.

Ils contrastent avec les rêves d'une Emma Bovary fragile, "bête de foire" malmenée par les hommes de son entourage, de l'ennuyeux mari Charles, au pharmacien Homais, en passant par l'amant "prédateur" Rodolphe, dont le "modus operandi" pour séduire ses victimes s'avère bien rôdé (ici tous interprétés par des comédiens fidèles au cinéaste).

"Sourire de Lupin"

La mise en scène est aussi un clin d'oeil à "Lola Montès" (1955), film de Max Ophüls qui raconte l'histoire d'une danseuse et courtisane du XIXe siècle déchue dont l'existence de femme libre était exhibée chaque soir sur la piste d'un cirque.

Christophe Honoré ajoute au jeu d'acteurs ses propres images, projetées sur écran: des vidéos en direct issues des "caméras de surveillance" qui ne quittent jamais l'héroïne, coincée par les hommes, y compris en coulisses, ou des images plus douces de forêt et de champs aux couleurs surexposées, comme une rêverie.

En robe d'époque ou corset noir de trapéziste, "Emma" interprète des chansons d'amour - Françoise Hardy, Nicole Croisille. "J'aime beaucoup. C'est très périlleux de chanter en public, ce n'est pas mon métier, mais cette fragilité peut complètement s'inscrire dans (mon) personnage", commente l'actrice.

Après cette pièce, en tournée dans plusieurs villes en régions jusqu'à Paris au printemps, Ludivine Sagnier, 46 ans, reprendra le chemin des plateaux de cinéma pour un film qui devrait se passer lui aussi au XIXe siècle, selon elle.

On la verra également à l'automne dans la quatrième saison de "Lupin", série dans laquelle elle interprète la compagne du célèbre gentleman-cambrioleur.

Le tournage de cette saison s'est terminé à l'été, peu de temps avant le vol spectaculaire de joyaux de la Couronne au musée du Louvre estimés à 88 millions d'euros.

"Lupin, lui, aurait mieux fait: il aurait fait tout seul... puis aurait fait un grand sourire à la caméra", ironise-t-elle.