BFM

Bahamas: des scientifiques filment un requin des profondeurs préhistorique

BFM Robin Verner
-

- - Capture d'écran

Des scientifiques américains ont pu filmer, au plus près, au début de ce mois de juillet, le spécimen d'une espèce de requins peuplant les fonds marins depuis 200 millions d'années. L'opération a eu lieu au large des Bahamas.

C'est un ballet ancestral, un manège qui dure depuis 200 millions d'années, peut-être plus, qui s'est déployé sous leurs yeux. Au début du mois de juillet, des scientifiques de la mission OceanX sont parvenus à marquer d'une balise un requin griset dans son habitat naturel, c'est-à-dire au tréfonds des mers, pour la première fois de l'histoire de l'océanologie. Mais l'essentiel est sans doute ailleurs: depuis leur sous-marin, ils ont pu contempler et filmer au plus près un spécimen long de 8 mètres dont l'espèce précède, selon le récit que l'équipe a publié de son expédition, la plupart des dinosaures, et que l'amour des profondeurs tient habituellement éloignée des prunelles humaines. 

"Un vrai monstre" 

Dans la vidéo captée depuis le sous-marin par Gavin Naylor et Lee Frey, on voit la bête jaillir devant la nacelle, s'alimenter, puis venir se frotter contre l'appareil dans lequel se tiennent les savants dans le but affiché de le dévorer. Voyant qu'il lui est impossible de manger le sous-marin, cette femelle, d'après les occupants de ce poste d'observation particulièrement exposé, finit par décamper. 

Dans des rires surexcités où perce l'admiration, l'un des experts s'exclame notamment: "C’est un vrai monstre. Elle est immense." Il faut dire que le griset peut accuser un gabarit allant, comme ici, jusqu'à huit mètres de long et est en général plus massif que le requin blanc. Les scientifiques d'OceanX le décrivent comme un prédateur "dominant au sein de l'écosystème des fonds marins". Par bonheur pour l'être humain, et sans doute pour la perpétuation de cette espèce de requins, le griset a le goût du froid. Par conséquent, en principe, il ne sort jamais, de toute sa vie, une tête pour chauffer ses branchies au soleil et s'approche même très rarement de la surface de l'eau. D'où l'intérêt scientifique de pouvoir accrocher une balise sur son corps dans sa zone de résidence normale plutôt qu'après l'avoir remonté hors des vagues. 

Difficile périple 

Mais le récit de ces spécialistes dirigés par Dean Grubbs de l'Université de Floride, souligne la difficulté de la tâche. Après un galop d'essai mené sur la carcasse d'un requin plongé au fond d'un étang, ils ont tenté l'aventure en pleine mer dès août 2018. Mais cette première approche s'est soldée par un échec. Idem en février dernier. Cette troisième campagne s'est tenue au large du Cap Eleuthéra, dans les Bahamas, et la première descente a eu lieu le 26 juin dernier. Mais il en a fallu trois de plus, toutes de nuit, pour qu'ils réussissent dans leur entreprise et fixent sur l'un des requins une balise grâce à un fusil-harpon. C'est un mâle imposant qui en a été l'heureux, et sans doute inconscient, lauréat. 

Gavin Naylor, relatant ce périple sur Twitter, a apporté une dernière précision. Leur rencontre filmée avec une femelle s'est produite à 528 mètres de profondeur.