Prostitution des mineures: des victimes de plus en plus jeunes, un "fléau" à Marseille et Toulon

"La première fois qu'on les croise dans les couloirs, on a l'impression que ce sont des enfants. Elles ont 13 et 14 ans." Ces jeunes filles sont en réalité victimes de proxénétisme. Le journaliste Claude Ardid a co-écrit le livre-enquête "À cœurs perdus, enquête sur la prostitution des mineures", avec Nadège Hubert. Ils y dressent un état des lieux du fléau, notamment à Toulon et Marseille.
Une enquête rédigée après une immersion de cinq jours au sein de la brigade de répression du proxénétisme à Marseille, en fin d'année dernière. "Il ne fallait pas qu'on reste plus longtemps parce que c'est terrifiant", note Claude Ardid, invité sur BFM Toulon Var.
"Pour l'aire toulonnaise, il y avait entre 200 et 300 gamines, adolescentes qui se prostituaient".
Des victimes de plus en plus jeunes
Le journaliste a également réalisé le documentaire "Jeunesse à vendre", en 2018, pour France 5, sur le même sujet. Il a été forcé de constater que les victimes sont de plus en plus jeunes: "La moyenne d'âge c'était 15, 16 ans. Là, sept à huit ans après, les gamines ont entre 12 et 14 ans." La plus jeune qu'ils ont pu croiser avait seulement 11 ans.
Après la fermeture du site varois "coco.fr", d'autres du même type ont pris sa place. "Tout est facile, on leur demande si elles sont majeures, il suffit simplement de cocher une case", explique Claude Ardid. Nul besoin d'une pièce d'identité, ni d'aucune preuve.
"Vous avez des dizaines et des dizaines de clients qui peuvent accéder aux profils des jeunes filles et aux numéros de téléphone. Le client appelle directement, il prend rendez-vous, et dans l'heure il est dans la chambre d'hôtel ou dans le Airbnb", détaille-t-il.
"La prostitution ça démarre à une vitesse foudroyante"
Les auteurs ont pu assister à l'arrêt d'un réseau de proxénètes, où les coupables n'avaient que 15 ou 16 ans. Dans leur livre, ils dépeignent le processus bien rodé de ces hommes.
"C'est un fléau à Marseille, parce qu'il y a des gamines qui viennent à Marseille, pas pour se prostituer, mais elles fuguent. Elles s'imaginent qu'elles vont faire la fête: c'est le rap, c'est le soleil, c'est la musique, c'est l'alcool... Les gamines elles croient ce qu'elles voient", souligne-t-il, en pointant du doigt notamment les émissions de téléréalité qui renvoient cette image du Sud, et plus particulièrement de Marseille.
"Quand elles arrivent à la gare Saint-Charles, nous on l'a vu, il y a des groupes de prédateurs qui sont là, qui les attendent, qui les observent et puis qui leur parlent: 'je vais te payer un sandwich, un mcdo, tu ne sais pas où dormir, je peux t'héberger'. Et là au bout de deux ou trois jours, une fois que la phase de séduction est passée, on leur pique les papiers, on leur pique les portables, pour vraiment les séquestrer, on les enferme dans des chambres d'hôtel, dans des Airbnb, et là, la prostitution ça démarre à une vitesse foudroyante", raconte-t-il dans son livre.
Parmi les témoignages présents dans l'ouvrage, ceux de mamans qui récupèrent leurs filles traumatisées, qui tombent parfois dans la drogue.













