Visage cerné, aubergine et pancakes: comment sont choisis les nouveaux émojis

Des petits nouveaux dans la bande. Comme annoncé dans un communiqué le 3 mars dernier, huit nouveaux émojis vont être ajoutés à la liste d'icônes sur les appareils d'Apple.
Au programme? Un émoji avec des cernes sous les yeux, une empreinte digitale, une tache de peinture, un navet (ou un radis selon les interprétations), un arbre sans feuille, une harpe, une pelle et le drapeau de l'île de Sark, située entre le Royaume-Uni et la Normandie. Ils s'ajoutent donc aux plus de 3.600 émojis déjà présents.
Mais comment sont choisies ces nouvelles icônes? Et par qui? En réalité, le bonhomme avec des cernes sous les yeux a suivi un véritable parcours du combattant avant d'arriver sur nos smartphones.
Un processus long et fastidieux
La décision repose sur une seule entité: le Consortium Unicode. Cette association américaine à but non lucratif se charge depuis 25 ans de standardiser l'ensemble des caractères, afin qu'ils apparaissent de façon similaire sur nos différents appareils. Représentants des grandes entreprises de la tech, ingénieurs et linguistes se réunissent ainsi quatre fois par an pour faire le tri parmi les propositions et contrôler chaque dessin.
Si vous voulez absolument intégrer un émoji, comme le drapeau breton, vous pouvez ainsi proposer votre émoji à l'association, qui étudiera la proposition. C'est ainsi que sont apparus les visages de différentes couleurs de peaux, proposés par plusieurs associations, ou l'émoji d'une femme voilée, proposée par une lycéenne qui souhaitait voir davantage de diversité sur les claviers des téléphones.
Mais attention, pour convaincre le Consortium Unicode, mieux vaut être motivé. L'organisme réclame en effet des explications détaillées et la raison d'être de ce potentiel nouvel émoji. Il faut prouver que le dessin est populaire sur internet, et donc qu'il sera utilisé. On peut par exemple regarder la popularité du mot sur Google trend, ou du hashtag sur les réseaux sociaux.
L'émoji doit également avoir de multiples significations. Ainsi, l'icône araignée peut évoquer l'animal ou bien des sensations négatives. D'autres émojis ont par ailleurs connu de nouvelles significations tels que les dessins de pêche et d'aubergine, régulièrement utilisés pour évoquer du contenu sexuel ou pornographique. Récemment, l'icône cuillère a été utilisée par des agents fédéraux en signe de protestation contre Donald Trump.
Les crêpes et le drapeau breton écartés
Enfin, l'émoji doit être unique, et ne pas pouvoir être confondu avec un autre. Ainsi, l'émoji crêpe a été refusé, jugé trop ressemblant avec l'icône pancakes. Un croquis doit également être présenté. Toutefois, les logos, les marques ou les personnalités spécifiques sont bannies, prévient le Consortium sur son site.
Une fois le dossier complété, il est ensuite analysé par les membres du Consortium. L'auteur à l'origine de l'argumentaire peut être appelé à témoigner pour justifier sa requête. S'il est validé, il doit ensuite être intégré dans une mise à jour d'Unicode, le catalogue des émojis.
Fabricants et réseaux sociaux doivent ensuite l'adapter à leurs standards et l'ajouter dans une mise à jour. C'est ce que fera Apple avec la mise à jour 18.4 qui intégrera les 8 nouvelles icônes. Au total, il peut s'écouler plus de deux ans entre la proposition d'un émoji et son utilisation par le grand public.
Malheureusement, tous les émojis ne connaissent pas un sort aussi heureux que l'émoji au visage cerné. Les drapeaux breton et basque, proposés en 2017 et 2020, ont par exemple tous les deux été écartés.