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Faux meurtre, braquage, humiliation: sur YouTube, la caméra cachée est passée du potache au trash

BFM Business Julie Ragot
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Auparavant synonyme de blagues innocentes, la caméra cachée a dérivé vers des pratiques plus violentes et spectaculaires, le tout mis en avant sur les réseaux sociaux. Victimes et instigateurs vont parfois jusqu’au procès.

Quinze jours d’incapacité totale de travail et la frayeur de sa vie. C’est ce qu’a subi un jeune homme de 22 ans, victime d’une caméra cachée de Maxime Alexandrov, connu sous le pseudonyme "La Menace". La vidéo, publiée en octobre 2022, met en scène un canular avec pour thème Jeffrey Dahmer, le désormais célèbre tueur en série mis en lumière par Netflix.

Syndrome post-traumatique

Dans cette caméra cachée, La Menace donne rendez-vous à un jeune homme dans une maison digne d’un film d’horreur, avec un corps baignant dans une mare de sang, positionné dans le salon. L’une des personnes piégées prend la fuite, sans laisser le temps au piégeur de s’expliquer sur sa "blague".

"Pour lui, c’est toujours très compliqué. Il a beaucoup de comportements d’évitement, de cauchemars… C’est un vrai syndrome post-traumatique", explique notamment Maître Chloé Mondon, avocate de la victime de la Menace, à Tech&Co.

Jugé par le tribunal de Bordeaux ce 24 février, La Menace a finalement échappé à la condamnation. Mais ce passage devant la justice reflète ce qui constitue presque désormais une norme pour exister dans l’univers de la caméra cachée sur les réseaux sociaux: le trash à l’extrême.

Si le concept de caméra cachée ne date pas d’hier (en télévision, le concept apparaît dès les années 40), il n’a eu de cesse d’évoluer dans les mises en scène réalisées. Rémi Gaillard a par exemple été l’un des pionniers du genre, à la fin des années 2000. Le vidéaste s’amusait alors à parodier Mario Kart, capturer des policiers ou s’introduire sur les stades de football.

Des canulars potaches qui lui ont tout de même valu plusieurs gardes à vue. En 2014, les accusations sont toutefois plus sérieuses: Rémi Gaillard est accusé de banaliser la culture du viol et d’encourager les violences sexuelles après une caméra cachée où l’humoriste mime des actes sexuels sur plusieurs personnes, grâce à un effet d’optique.

Condamnations multiples

D’année en année, les caméras cachées ont repoussé les limites de l’humour, provoquant davantage la polémique que le rire, en particulier à l’étranger. Le youtubeur espagnol ReSet a par exemple été condamné en 2019, en raison d’une vidéo où il s’amusait à piéger des personnes sans-abris en leur offrant des biscuits Oreo fourrés au dentifrice.

Qualifiée de préjudice moral et d’atteinte à l’intégrité physique, la vidéo a conduit le youtubeur à 15 mois de prison avec sursis et 20.000 euros d’amende. Le vidéaste a également reçu l’obligation de fermer ses deux chaînes YouTube pendant cinq ans et a été interdit d’en créer une nouvelle.

En 2019 également, les frères youtubeurs américains Alan et Alex Stokes ont choisi pour leur caméra cachée de réaliser un faux braquage de banque. Une scène qui a causé plus d’une frayeur dans l’établissement et les a conduit à 160 heures de travaux d’intérêt général, assortis d’un an de mise à l’épreuve.

Dans la catégorie braquage, les youtubeurs anglais ne sont pas en reste. Car en matière de caméra cachée, le groupe Trollstation a fait du spectaculaire sa marque de fabrique. A leur actif: fausses alertes à la bombe, faux kidnapping mais surtout un faux braquage du National Portrait Gallery, un musée d’art londonien. La vidéo de 2015 a conduit 4 des membres du collectif à plusieurs mois de prison ferme.

Des versions encore moins censurées

Les créateurs de caméra cachée vont parfois jusqu'à la menace physique. Fin 2022, Noticuz, youtuber américain, publie une vidéo en compagnie du rappeur Nas Ebk. Les deux hommes font alors mine de dérober les bagages de deux passagers dans un aéroport. Mais la situation s'envenime et Nas Ebk finit par sortir un couteau, menaçant le couple.

Malgré les contenus parfois violents de ces séquences, ces dernières restent accessibles sur l'ensemble des plateformes. Ainsi, les internautes peuvent toujours visionner ces braquages de banque ou tentatives de meurtre.

La vidéo Jeffrey Dahmer de La Menace cumule par exemple près de 500.000 vues sur YouTube. Le vidéaste a même créé une plateforme de streaming, "La Menace Uncensored", où des versions encore plus "trash" de ses vidéos sont mises en ligne (contre 4.90 euros par mois). Les caméras cachées sont désormais bien loin du divertissement familial d’antan.