Une compagnie américaine veut racheter NSO et son logiciel espion Pegasus

Les Etats-Unis pourraient mettre la main sur un objet de scandale. Le groupe d'équipement électrique et de communication de défense floridien L3Harris est, selon les informations d'Intelligence Online, bien placé pour acquérir l'israélienne NSO et son logiciel Pegasus, au coeur d'une polémique en juin 2021 pour avoir servi à l'écoute de politiques et de journalistes.
Le groupe d'Herzliya a vu ses comptes plonger après les mesures de rétorsion adoptées par les pays visés. En particulier, le placement par les Etats-Unis sur sa liste noire édictée par le Bureau of Industry and Security (BIS) avait largement affecté ses affaires, et le contraignent à un rachat.
Propriétés intellectuelles conservées
Les pourparlers avec L3 tournent donc autour d'un rachat et d'une restructuration des activités qui devraient permettre de lever le placement sur liste noire. En particulier, certaines activités les plus sensibles devraient être abandonnées pour adoucir les sanctions du régulateur américain, sans que le détail soit aujourd'hui disponible. Ce, malgré le fait que L3 achèterait le code de Pegasus, et recruterait les ingénieurs présents à NSO.
Sur le volet financier, NSO doit honorer plus de 250 millions de dollars de dettes auprès d'investisseurs privés et institutionnels. L3 devrait pour sa part engager peu de fonds pour racheter la firme, en piteux état.
Seule réclamation d'Israël: la conservation de certaines propriétés intellectuelles au sein du pays. Cela signifie que si NSO pourrait se rapatrier en Floride, L3 devrait tout de même ouvrir une filiale en Israël. Avant d'intégrer les activités de NSO dans sa filiale Trenchant, qui regroupe déjà Azimuth Security and Linchpin Labs, deux australiennes spécialistes du cyber-renseignement.
Arme diplomatique
Dans le Financial Times, un fonctionnaire américain à la Maison Blanche a fait part de ses inquiétudes à l'égard de ce rachat:
"Le gouvernement américain s'oppose aux efforts déployés par les entreprises étrangères pour contourner les mesures de contrôle des exportations ou les sanctions américaines. Une telle transaction, si elle devait avoir lieu, soulève de graves problèmes de contre-espionnage et de sécurité."
Pegasus, qui permet des écoutes via les téléphones mobiles, et de dévoiler leurs données stockées, est un joyau de la politique de cybersécurité israélienne. Le logiciel étant devenu au fil du temps, avant les polémiques de l'année passée, un outil diplomatique puissant pour le pays, pour tisser des liens avec, notamment, les pays du Golfe. De son côté l'administration américaine a fait de la prolifération des dispositifs de surveillance comme ceux de NSO l'une de ses priorités, réfléchissant à en interdire l'emploi par le gouvernement.